Mobilisation à Toulouse : « On ne demande ni médailles, ni primes mais les moyens de bien soigner », clament les soignants

SOCIAL Alors que la crise sanitaire s’éloigne, les soignants étaient dans la rue ce mardi partout en France pour demander des avancées pour les salariés des hôpitaux et des Ehpad

Béatrice Colin

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Personnels soignants: Premières manifestations nationales d'ampleur post-confinement — 20 Minutes
  • Partout en France, des milliers de soignants ont manifesté ce mardi pour demander des avancées pour les salariés des hôpitaux et des Ehpad.
  • Alors que le Ségur de la santé a débuté, ils réclament plus de moyens humains et des hausses de salaire.
  • A Toulouse, plusieurs milliers de personnes ont battu le pavé jusqu’à l’Hôtel-Dieu, siège du CHU de Toulouse.

A Toulouse, des blouses blanches par milliers ont décidé de marcher vers l’Hôtel-Dieu en ce mardi après-midi ensoleillé. Certains sont du public, d’autres du privé, de la traumato ou de la psychiatrie, du Tarn ou du fin fond de la Haute-Garonne. Peu importe, tous ont un point commun :  ces soignants sont venus crier leur mal-être dans les rues de la Ville rose et sous les fenêtres de la direction du CHU de Toulouse. Tous réclament plus de moyens et une « rupture » alors que la crise sanitaire s’éloigne.

« Durant la crise, les applaudissements ont fait du bien, mais maintenant ce qu’il faut c’est le soutien de la population. Ce qu’il faut c’est plus de moyens humains. Durant la crise, on avait presque 10 soignants pour 10 patients Covid, c’est maintenant qu’on se retrouve en effectif réduit et tous les malades que nous n’avions pas pu recevoir durant la crise on les a maintenant », déplorent de concert Jean-Pierre, Ingrid et Joëlle. Infirmiers et aide-soignante à Rangueil ou Purpan, tous les trois regrettent qu’aujourd’hui « on ne parle plus de qualité de soins ».

« On a du mal à faire de la qualité physique ou relationnelle avec le peu de temps qu’on a. Or on sait qu’une demi-heure d’attention à un patient peut parfois éviter une ampoule de morphine. Par contre quand il s’agit d’avoir de nouvelles accréditations, là il trouve les moyens », regrette « JP ». Comme ses collègues, il pense que le gouvernement et les directions des centres hospitaliers jouent sur leur « conscience professionnelle ». « Ils savent pertinemment qu’on restera pour le patient ».

Infirmière intérimaire sans prime

Cet investissement, Charlotte l’a prouvé durant la crise de coronavirus. Cette infirmière intérimaire dans deux cliniques de l’agglomération toulousaine est montée à Paris pour renforcer les équipes de réanimation surchargées par les cas de Covid-19. Elle y a rencontré Marie, une aide-soignante. Au cours de cette période si spéciale, presque en vase clos, elles ont noué une amitié, au point que Marie était à Toulouse en vacances cette semaine. Et c’est ensemble qu’elles sont venues manifester leur volonté de voir changer les choses.

On travaille 12 heures durant lesquelles on n’a pas le temps d’aller aux toilettes, on manque de moyens et ça augmente le stress et l’erreur peut arriver vite »

Charlotte poursuit : « Or dans notre métier, cela signifie que vous pouvez tuer quelqu’un. Tout ça pour 12,5 euros de l’heure alors qu’en faisant du baby-sitting j’en touche 15 de l’heure. » La jeune femme reconnaît qu’elle est aujourd’hui « blasée ». Et cela se ressent jusque dans ses choix professionnels. « Il y a le manque de matériel et de personnel qui fait qu’aux urgences on se retrouve avec des personnes de 90 ans dans le couloir et des familles qui sont agressives. Nous, on n’est pas fiers. Du coup, on s’investit moins, on voit que cela ne change pas alors c’est nous qui changeons, c’est pour ça que je suis en intérim », reconnaît cette infirmière. Ce qui ne l’a pas empêchée d’aller au front dans cette « guerre » contre le coronavirus. Mais en tant qu’intérimaire elle n’a pas eu droit à la prime.

Une infirmière dans la manifestation toulousaine du 16 juin 2020.

Mais plutôt que de parler de primes, toutes les deux préféreraient qu’on augmente les salaires de base. « Il faudrait avoir un salaire plus décent pour ce que l’on fait. Lorsqu’ils font grève à la SNCF, ils arrêtent les trains, nous si on fait grève, on est réquisitionné, on aurait fait ça durant le Covid, on aurait peut-être eu cette augmentation de 300 euros », relève Marie.

100.000 embauches nécessaires dans l’hôpital public ?

Des moyens humains réclamés depuis des années par les syndicats très mobilisés ces dernières semaines pour que la reconnaissance ne reste pas au stade des mots et des applaudissements.

« On ne demande pas de médailles, on ne demande pas de primes, on ne demande pas de chèques vacances mais réellement les moyens de bien soigner, on demande aujourd’hui les moyens pour que les personnels de santé ne soient pas maltraités au travail comme ils le sont depuis des années et comme ils ont pu l’être encore plus ces derniers mois avec une absence de matériel de protection pour nombre d’entre eux », plaide Pauline Salingue, déléguée syndicale CGT au CHU de Toulouse.

Elle estime qu’il faudrait embaucher au niveau national près de 100.000 personnes dans les hôpitaux publics, dont 1.500 à Toulouse.