Déconfinement du parc Astérix : « Ils désinfectent à chaque tour de manège », le village gaulois a rouvert ses portes

REPORTAGE Après deux mois et demi de fermeture à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus, le parc Astérix a choisi d’ouvrir un lundi pour se relancer en douceur

Romarik Le Dourneuf

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Seul Obélix n'est pas masqué lors de la réouverture du parc Astérix après deux mois et demi de confinement.
Seul Obélix n'est pas masqué lors de la réouverture du parc Astérix après deux mois et demi de confinement. — R. Le Dourneuf/20 Minutes
  • Ce lundi, le parc Astérix a accueilli de nouveau des visiteurs. 3.000 étaient attendus pour cette première journée de fonctionnement.
  • Plus d’un million d’euros ont été investis en matériel et en personnel pour assurer la sécurité sanitaire des visiteurs.

« Obélix, il a l’air moins gros que dans les histoires ! » A entendre la petite Manon, 5 ans, le héros gaulois a su éviter les kilos du confinement. A 9h30, ce lundi matin, Obélix est le premier personnage de l’univers d’Uderzo et Goscinny à accueillir les visiteurs déjà présents à l’entrée du parc Astérix. Il prend le temps de poser pour la photo à qui le demande, il faut dire qu’ils ne sont pas nombreux.

« Les portes ouvraient à 9h mais les attractions ne commencent qu’à 10h, donc les gens ne sont pas encore arrivés », commente une employée tout en désinfectant le comptoir des huttes qui font office de caisses. Comme tout le personnel du parc de loisirs, elle est masquée. Cela ne suffit pas à cacher son sourire : « Nous sommes tous heureux de la réouverture, en plus il fait beau, on aura du monde. »

Les visiteurs arrivent au compte-gouttes

S’ils sont arrivés avec un masque sur le nez, Chloé et son frère Théo se permettent de l’enlever pour immortaliser la rencontre avec Obélix. Ils ne craignent rien, un menhir les sépare du personnage, habile marque de distanciation. « C’est plus sympa qu’un marquage au sol, commentent Pénélope et Philippe, leurs parents, et on est tellement heureux d’être là pour l’ouverture. » La petite famille trépignait depuis deux semaines à l’idée de pouvoir venir, ils ont finalement pu réserver leurs billets jeudi dernier. A les écouter, on oublierait presque l’existence du coronavirus, pourtant, ils en ont conscience : « On a tout à fait confiance dans l’organisation. Les parcs d’attractions, c’est quand même les pros de la gestion de foule. »

Il suffit de marcher quelques minutes à l’intérieur du parc Astérix pour se rendre compte que les mesures sanitaires sont partout et totalement intégrées à l’univers du site. Les affichages qui rappellent les gestes barrières sont mêlés aux panneaux d’indications, à côté de chaque poubelle se trouve un récipient réservé aux masques et gants usagers, des distributeurs de gel sont disséminés à l’entrée de chaque boutique et attraction comme devant Le Grand Splatch l’un des manèges les plus prisés ce matin où un groupe d’adolescents arrive au pas de course.

Les gestes barrières recommandés au parc Astérix.
Les gestes barrières recommandés au parc Astérix. - R. Le Dourneuf/20 Minutes

« On attendait ça depuis longtemps », sourit Evan, 17 ans. Lycéen comme toute sa bande, il entend profiter de la fermeture de son école pour venir s’éclater. « On s’est dit que les gens allaient avoir trop peur pour venir, donc on veut profiter qu’il n’y ait pas trop de monde pour faire moins de la queue. On n’a pas peur du coronavirus. » Son ami Matteo explique qu’ils n’ont qu’une idée fixe, en profiter pour faire un maximum d’attractions. A 10h, ils sont parmi les premiers à monter dans une barque pour braver les eaux.

« Ils désinfectent à chaque tour »

Un peu plus loin, alors que le village ne semble pas encore tout à fait réveillé, Laure, la trentaine, affiche sa bonne mine avec son masque à la main près d’Oziris, l’un des manèges à sensations du parc : « Il est indiqué que le masque n’est pas obligatoire dans les allées. Je le mettrais avant d’entrer dans la file d’attente. » Dans les 42 attractions du parc, le port du masque est obligatoire. Laure n’attendra pas longtemps, il n’y a pas encore foule devant l’attraction. Elle y croise Lucas et ses amis, qui sortent tout juste du manège, l’excitation dans la voix et des tremblements dans les jambes. Adeptes des sensations, ils ont roulé pendant 4h30 pour rallier le parc depuis la Saône-et-Loire : « On se demandait comme ça allait se passer. Et franchement, c’est nickel. Ils désinfectent à chaque tour, ils laissent un wagon vide à chaque passage pour respecter les distances, on a du gel en entrant et ils nous redonnent une dose individuelle en sortant. » Le groupe d’amis est ravi, mais Leslie met tout de même un bémol à l’expérience : « Il faut parfois tenir son masque, s’il n’est pas bien mis, on a l’impression qu’il va s’envoler. »

Le masque est obligatoire sur toutes les attractions du parc Astérix.
Le masque est obligatoire sur toutes les attractions du parc Astérix. - R. Le Dourneuf/20 Minutes

A 11h du matin, si les visiteurs commencent à affluer entre les attractions, les groupes de jeunes se multiplient, comme les familles. Certains quartiers sont encore vides, ceux des boutiques de souvenirs qui ne sont pas toutes encore ouvertes. Dans l’une d’elles, Ludivine attend derrière le plexiglas de sa caisse : « Pour le moment c’est vide. Mais il est encore tôt, les gens veulent profiter au maximum des attractions, ils arriveront après manger. » Elle en profite alors pour vérifier toutes les mesures de sécurité appliquées dans l’échoppe : marquage au sol, protection pour les employés, désinfection du matériel toutes les vingt minutes : « Cela fait trois semaines que nous avons commencé à mettre en place le protocole. Depuis la semaine dernière, tout est prêt. »

Ouverture le lundi pour recommencer en douceur

A quelques mètres, Antoine flâne et admire le décor. Il est arrivé la veille et a dormi dans un des hôtels du parc : « Il y a de quoi être rassuré, en arrivant, on nous a demandé d’attendre dans la voiture pour l’enregistrement. Ils nous ont appelés quand c’était notre tour. Les masques sont obligatoires pour tous et il y a des distributeurs de gel partout. Même pour le petit-déjeuner, c’était un buffet mais on n’avait pas le droit de se servir, c’est le personnel qui prépare nos assiettes. Tout se passe bien, parce qu’il n’y a pas encore beaucoup de clients. En revanche, avec plus de monde, ça risque d’être compliqué. »

Plus de monde, Guy Vassel, directeur général adjoint du parc Astérix, ne le craint pas, au contraire il l’attend : « Nous avons fait le choix d’ouvrir un lundi pour recommencer en douceur. Mais toutes les attractions sont ouvertes et seulement trois spectacles ne se produisent pas parce qu’ils sont en lieu clos. » Pour les hôtels, Guy Vassel assure qu’ils peuvent assumer 80 % de leur capacité habituelle et il se félicite des nuitées déjà effectuées la veille de la réouverture, plus d’une centaine de chambres. « Aujourd’hui, entre les réservations, les abonnés à l’année et les contremarques, nous attendons au moins 3.000 personnes. Ce n’est pas autant que l’année dernière à la même période – environ 6.000 –, mais c’est un bon début », se réjouit-il.

Après deux mois et demi de fermeture, avec 90 % du personnel au chômage partiel, il espère un bel été pour la fréquentation du parc et se montre confiant : « Nous avons une clientèle à 92 % française, il sera compliqué pour beaucoup de vacanciers d’aller à l’étranger, donc nous espérons les récupérer. » Pour cela, le directeur général adjoint explique que l’administration du parc a dépensé plus d’un million d’euros supplémentaires en matériel et personnel pour garantir une « assurance tous risques » aux visiteurs face au Covid-19.

Les mesures concernent aussi les restaurants et les hôtels

Lorsqu’il repart s’assurer du bon fonctionnement de ces protocoles à travers le parc, il est déjà 12h30, l’heure pour beaucoup de chercher un sanglier ou deux pour se restaurer. La terrasse de la Guingette, snack gaulois, est déjà noire de monde. L’espacement des tables est respecté et les visiteurs s’en tiennent aux règles affichées tout autour de la place. Face à eux se dresse Le Cirque, immense chapiteau qui accueille le plus grand restaurant du parc. A l’intérieur, le personnel attend les clients, pour l’instant absents. Seule une dizaine est venue prendre un couvert sur les 400 disponibles. « Comme il y a peu d’attente aux attractions, les gens en profitent et mangent sur le pouce. Ça va venir petit à petit », assure Loïc, le manager du restaurant. Il a sacrifié 300 couverts pour respecter la distanciation physique entre les tables et au service. En plus des masques obligatoires pour tous déplacements à l’intérieur, de la désinfection des poignées de portes, des tables et des chaises à chaque usage, le buffet est désormais inaccessible aux clients qui sont servis à la demande par le personnel. « Et toutes les assiettes sont protégées par de la cellophane avant d’être mises à disposition. »

Une fois le tour des menus effectué, il est temps de ressortir du restaurant pour profiter des joies du parc. Il est 13h30, la place est noire de monde. Des visiteurs venus profiter de loisirs « Made in Gaule. »