Marseille : De plus en plus de capsules de gaz hilarant jonchent les rues

PROTOXYDE D'AZOTE Plusieurs photos publiées sur les réseaux sociaux montrent l'ampleur de l'utilisation de protoxyde d'azote comme drogue par les plus jeunes

Adrien Max
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Des dizaines de capsules jonchent le sol du parking de la plage de Corbières à Marseille.
Des dizaines de capsules jonchent le sol du parking de la plage de Corbières à Marseille. — Medhi
  • Depuis le début du déconfinement, de plus en plus de capsules de gaz hilarant jonchent les rues de Marseille.
  • Beaucoup s’inquiètent de la pollution engendrée par le jet de ces capsules sur la voie publique.
  • Le détournement de l’utilisation de ce gaz par les adolescents peut aussi avoir de graves conséquences neurologiques.

Des capsules aussi mauvaises pour la santé que pour l’environnement. Plusieurs photos circulent sur les réseaux sociaux sur lesquelles on peut apercevoir des dizaines de capsules de protoxyde d’azote jonchant les rues de Marseille. Medhi a justement posté l’une d’elles sur le groupe Facebook  « Marseille Poubelle la Vie ».

« Je suis joggeur et je cours souvent du côté de l’Estaque. J’avais déjà eu l’occasion d’apercevoir ces cartouches de gaz, mais jamais dans ces proportions. Là, on aurait dit le supermarché, il y en avait sur pratiquement chaque place de parking », relate-t-il. Un phénomène qui semble s’être accru depuis le déconfinement, selon lui. « J’en avais vu quelques-unes à la fin de l’été dernier, surtout pendant les week-ends. Depuis le déconfinement, j’en vois beaucoup plus et même en semaine. Il y en a partout, jusque dans le quartier de Saint-Henry. Et ce n’est que ce que je constate lorsque je cours », explique Medhi.

Problème écologique

Face à ce constat, il a décidé de prendre une photo et de la poster sur le groupe Facebook Marseille Poubelle la vie, afin d’alerter sur la pollution engendrée. « C’est plus la dimension écologique que sanitaire qui m’a fait réagir. Surtout qu’il y a des poubelles, et ce n’est pas comme si c’était compliqué de garder quelques capsules dans sa voiture avant de les jeter », estime Medhi qui a constaté que la consommation de ces capsules se faisait souvent en voiture.

« Les mecs viennent se poser sur le parking face à la mer, et je n’ai rien contre ça. Ils sont mieux là que dans une cage d’escalier, mais il y a des poubelles tout le long. Au niveau sanitaire, je ne sais pas si c’est pire que quelqu’un qui boit du Ricard tous les jours, mais on attend de lui qu’il jette ses gobelets dans la poubelle. Là, c’est pareil. Je ne veux pas occulter les deux aspects, mais le côté écologique m’a interpellé », explique Medhi.

Des capsules de protoxyde d'azote jonchent le sol près du conseil départemental des Bouches-du-Rhône.
Des capsules de protoxyde d'azote jonchent le sol près du conseil départemental des Bouches-du-Rhône. - Guillaume

Guillaume a lui aussi posté une photo avec ces capsules, cette fois devant le conseil départemental. Preuve que le phénomène est visible dans toute la ville. « Ce mercredi matin, en sortant du métro Saint-Just, je suis tombé sur ce dépôt de capsules, au pied du Conseil départemental, cette grande architecture où se trouve le centre névralgique de beaucoup de nos services publics. Je me suis souvenu des nombreux posts déjà présents sur la page Marseille Poubelle la Vie sur d’autres sites de cette si belle ville. Deux problèmes de société se posent face à cette nouvelle activité. Le premier est la consommation de produit potentiellement dangereux, et le deuxième pour l’environnement », considère-t-il.

Une problématique écologique qui n’est rien d’autre que le prolongement d’un problème sanitaire déjà connu. Ces capsules de protoxyde d’azote, vendues librement, servent habituellement au siphon pour la chantilly, par exemple. Mais leur utilisation est détournée par les plus jeunes pour inhaler ce gaz à la fois anesthésique et hilarant.

Et sanitaire

« Ce n’est pas un phénomène nouveau, commente Christophe Boulanger, addictologue à Marseille. Il est à l’origine consommé par les étudiants en médecine, ce gaz sert dans le cadre d’anesthésie pédiatrique. Son utilisation, si elle est répétée et en grande quantité, peut découler sur des conséquences graves. Notamment neurologiques, avec l’atteinte du système nerveux, mais aussi du cerveau. Son utilisation peut également provoquer des anémies ». Selon le spécialiste, l’inhalation de ce gaz ne peut pas rendre dépendant, mais il est absolument nécessaire que les utilisateurs, détournant l’utilisation première de ce gaz, soient informés des possibles risques.

Une situation qui a fait réagir Samia Ghali, élue des 15e et 16e arrondissements de Marseille, où se situe la plage de Corbières. « Je souhaite que sa vente soit réglementée le plus rapidement possible et qu’une limite d’âge soit fixée à l’achat. J’ai donc décidé de saisir les ministres de l’intérieur et de la Santé pour trouver ensemble un moyen de prévention efficace contre ce nouveau fléau », annonce-t-elle sur ses réseaux sociaux.

Les capsules de protoxyde d'azote peuvent être commandées directement via UberEats, en même temps que les ballon pour l'inhalation.
Les capsules de protoxyde d'azote peuvent être commandées directement via UberEats, en même temps que les ballon pour l'inhalation. - Capture d'écran UberEats

La consommation de protoxyde d’azote ne se cantonne pas à Marseille, le phénomène est national. La facilité pour s’en procurer n’y est peut-être pas étrangère : il est même possible de s’en faire livrer par des plateformes de livraison à domicile chez certaines épiceries. A tel point que les autorités des Alpes-Maritimes, mais aussi de départements du nord de la France, ont alerté quant à l’utilisation détournée de ces capsules de protoxyde d’azote.