Rennes : Passé par la case prison, un ancien détenu crée un « jeu de lois »

NOUVELLE VIE Agé de 40 ans, Arbi a passé sept ans en prison. Il espère informer les jeunes sur la réalité des prisons avec son jeu 

Camille Allain

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Arbi a passé sept ans en prison pour trafic de stupéfiants. Il a imaginé un jeu de société pour informer sur le milieu carcéral.
Arbi a passé sept ans en prison pour trafic de stupéfiants. Il a imaginé un jeu de société pour informer sur le milieu carcéral. — C. Allain / 20 Minutes
  • Détenu pendant plus de sept ans, Arbi a été libéré en mars et a quitté le centre pénitentiaire de Rennes Vezin pendant le confinement.
  • Depuis des années, ce Rennais de 40 ans prépare un jeu de société sur le milieu carcéral. Il sera intitulé « RPS » pour « Remise de peine supplémentaire ».
  • Lui qui a été condamné pour trafic espère sensibiliser les jeunes aux risques de la délinquance.

C’est l’histoire d’un homme qui affirme avoir changé. L’histoire d’un homme à qui la vie n’a pas fait de cadeau, mais qui a voulu rebondir. L’histoire d’un homme qui explique avoir beaucoup réfléchi dans sa cellule de 9 m². Du haut de ses 40 ans, Arbi présente bien. Plein d’aplomb, celui qui est arrivé en France il y a 25 ans pour fuir l’Albanie vient de sortir de prison, après plus de sept ans passés derrière les barreaux. Alors que toute la France était confinée, Arbi retrouvait enfin la liberté à Rennes après une longue peine purgée pour un important trafic de stupéfiants.

En prison, Arbi a été déplacé dans plusieurs centres de détention de l’Ouest et a passé un an à l’isolement. Son tort ? Avoir fréquenté une surveillante pour ce qu’il appelle aujourd’hui « un amour défendu ». Tout juste sorti de taule, l’ancien détenu s’est jeté à corps perdu dans un projet qui l’habite. Créer un jeu de société sur le milieu carcéral. Son objectif est clair : « Faire connaître la prison pour éviter que les gamins y tombent. »

A l’isolement, certains pètent un câble. Moi, ça m’a calmé »

L’idée de créer son jeu intitulé « RPS » pour « Remise de peine supplémentaire » a germé quand Arbi a été placé à l’isolement pendant près d’un an. Privé de sortie et de tout contact, le garçon a réussi à obtenir un calendrier en carton que le médecin de la prison lui avait légué, en plus d’un stylo quatre couleurs. Chaque jour, Arbi a griffonné quelques mots sur son calendrier, décrivant son quotidien en prison. L’idée lui est alors venue d’en fabriquer un jeu de société pour faire connaître le milieu carcéral. « A l’isolement, certains pètent un câble. Moi, ça m’a calmé. Ça m’a remis les idées en place. Dans mon jeu, je n’invente rien, ce ne sont que des choses que j’ai vécues. J’explique ce qu’est un parloir, une remise de peine, un crime. On a beau faire les caïds en prison, on prend un coup sur la tête. On ne maîtrise plus grand-chose ».

Son projet a rapidement convaincu son entourage. « Je l’ai rencontré quand il était à Vezin il y a un an. Il était habité par son projet », explique Rachel Cardiz. Celle qui intervient pour l’association de réinsertion Face est habituée à rencontrer des jeunes détenus. Ce jeu, elle y croit dur comme fer. « J’ai joué avec. C’est abouti, cela montre ce qu’on risque. La prison, ce n’est pas le Club Med et le mieux placé pour en parler, c’est bien quelqu’un qui y est passé ». S’il souhaite tant voir son jeu être publié, c’est qu’Arbi croit qu’il peut éviter à des gamins d’emprunter le même chemin que lui. « Je veux aller dans les collèges, les lycées, les centres de jeunes pour en parler. La réinsertion en prison, ça ne marche pas. Les conseillers ont 80 ou 90 dossiers à gérer. Ils n’ont pas les moyens. La prévention doit se faire avant ».

« Aujourd’hui, tout ça, c’est fini »

Alors qu’il était jeune majeur, lui aurait sans doute eu besoin d’être épaulé pour éviter de vriller et de tomber dans le trafic. « Je suis arrivé en France à 16 ans pour fuir l’Albanie. J’étais émerveillé par la France mais je ne parlais pas un mot de français. La seule chose à laquelle je pensais, c’était de jouer au foot ».

L’adolescent qu’il était a même porté les couleurs du Stade Rennais​. Avant-centre au sein de l’équipe 3, il apercevait régulièrement Shabani Nonda, Paul Le Guen et même Zinédine Zidane quand il était venu jouer la coupe Intertoto avec la Juve. Quelques blessures et mauvaises rencontres plus tard, le footballeur a rangé son ballon pour tomber dans le trafic de stupéfiants. « Aujourd’hui, tout ça c’est fini. Ma famille a galéré pendant sept ans à venir me voir au parloir. Je ne veux plus leur infliger ça. J’ai fini ma "carrière". Maintenant, je roule à la bonne vitesse, je me tiens bien », assure-t-il. S’il trouve le financement, Arbi aimerait voir son jeu sortir cet été.