Marseille : Deux policiers condamnés à quatre ans de prison pour violences policières toujours en exercice

INFO 20 MINUTES Deux policiers condamnés en mai dernier pour une « agression gratuite » d’un adolescent dans les quartiers Nord de Marseille exercent toujours, sans avoir fait l’objet d’aucune sanction administrative malgré un rapport de l’IGPN accablant

Mathilde Ceilles

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Illustration de la police dans les quartiers Nord de Marseille.
Illustration de la police dans les quartiers Nord de Marseille. — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Deux policiers récemment condamnés pour des faits de violence policière exercent toujours à Marseille, sans avoir fait l’objet de sanctions.
  • L’avocate de la victime interpelle le ministre de l’Intérieur.
  • Une enquête administrative menée par l’IGPN à leur sujet vient d’être terminée, selon les autorités.

EDIT : Peu de temps après la publication de cet article, la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône a annoncé avoir suspendu ces policiers ce jeudi

« Est-ce qu’on peut continuer à exercer dans la fonction publique quand on a été condamné pour des violences policières aussi graves ? Je me pose la question. » Me Linda Sennaoui ne décolère pas. L’avocate a récemment appris que Lionel P. et Thomas B. exerçaient toujours dans les quartiers Nord de Marseille. Les deux policiers marseillais ont été condamnés le 14 mai dernier par le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir roué de coups son client, le jeune Ishaq G., 16 ans au moment des faits, dans ces mêmes quartiers Nord.

Le tribunal a prononcé envers ces deux fonctionnaires de police une lourde peine : pas moins de quatre ans de prison, dont deux ferme. Lors de l’audience, en mars dernier, la procureure de la République avait qualifié les faits « d’agression gratuite, par pur plaisir, par pure volonté de se payer un gamin de 16 ans dans les quartiers Nord de Marseille. »

Un rapport accablant de l’IGPN

Lors du délibéré, le tribunal correctionnel de Marseille avait motivé sa décision par sa volonté de condamner un « délit grave ». Une décision qui s’appuyait notamment sur un rapport accablant de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) rendu le 5 avril 2019 que 20 Minutes a pu consulter, et qui conclut à la responsabilité pleine et entière des deux policiers. Une décision immédiatement contestée par les deux membres des forces de l’ordre, qui ont fait appel et clament leur innocence. « L’appel est suspensif et mes clients sont présumés innocents », rappelle leur avocat, Me Laurent-Franck Lienard.

Lors de ce délibéré, le tribunal correctionnel de Marseille avait laissé à la hiérarchie des deux policiers le soin de décider d’une éventuelle interdiction professionnelle. Or, à l’heure où ces lignes sont écrites, aucune sanction n’a été prise envers les deux fonctionnaires de police. Une situation inacceptable pour le jeune Ishaq G. et sa famille.

« Une enquête administrative vient d’être terminée »

« Pourquoi, depuis avril 2019, date de rendu du rapport de l’IGPN, on les a laissés sur le terrain ? », s’interroge Me Sennaoui. L’avocate a décidé d’interpeller en début de semaine le ministre de l’Intérieur. Dans un courrier du 8 juin adressé à Christophe Castaner et que 20 Minutes a pu se procurer, Me Sennaoui fait part de son « incompréhension » vis-à-vis du fait qu'« aucune conséquence n’a à jour été tirée sur le plan disciplinaire », malgré le rapport accablant de l’IGPN et la récente condamnation en première instance.

« Personne dans la hiérarchie marseillaise ne semble vouloir traiter ce dossier », déplore-t-elle. Dans ce courrier, l’avocate rappelle d’ailleurs que les deux fonctionnaires de police, « à l’audience […] ont même été soutenus par leur responsable hiérarchique venu témoigner, ce qui eu égard à la gravité des faits [lui] semble discutable. »

Contacté, le service d’information et de communication de la police nationale indique à 20 Minutes qu' « une enquête administrative diligentée par l’IGPN vient d’être terminée. Ses conclusions viennent d’être transmises à la direction générale de la police nationale. » « C’est le schéma normal, lance Me Laurent-Franck Lienard. Il appartient à la direction générale de la police nationale de décider de la suite, et on va aller tranquillement défendre ces gens-là. »

Une plainte pour menace

Une plainte a été récemment été enregistrée par l’antenne marseillaise de l’IGPN après que le frère d’Ishaq ait fait l’objet de menaces devant le tribunal de Marseille, le jour du délibéré, par des policiers venus dans le public assister à l’audience. Selon nos informations, l’enquête sur ce dossier est toujours en cours.