Violences policières : Face à une émotion « très grande, très légitime », Philippe veut apaiser la polémique

TENSIONS Le Premier ministre était en déplacement à Evry en Essonne pour rencontrer forces de l’ordre et habitants

20 Minutes avec AFP

— 

Edouard Philippe, le 9 juin 2020 en visite à Evry.
Edouard Philippe, le 9 juin 2020 en visite à Evry. — AFP

Edouard Philippe a cherché ce mardi à calmer la polémique qui enfle sur les violences policières en appelant au « respect et à la confiance » vis-à-vis de la police mais aussi à « l’exigence », dans un contexte de « très grande » émotion et de manifestations après la mort de George Floyd aux Etats-Unis et d’Adama Traoré en France.

Le Premier ministre a passé la matinée à Evry (Essonne), où il a d’abord rencontré des policiers au commissariat avant de se rendre dans une association « citoyenne » engagée contre le racisme. Il était notamment accompagné du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, envoyé la veille en première ligne par Emmanuel Macron, lui-même pressé par l’opposition de se prononcer sur ce sujet sensible, pour annoncer des mesures destinées à améliorer la déontologie des forces de l’ordre.

Des images « inacceptables » et « monstrueuses »

S’exprimant pour la première fois sur ce sujet depuis le début des manifestations antiracistes et antiviolences policières, Edouard Philippe a reconnu que l’émotion était « très grande, très légitime, très partagée » après la mort de George Floyd, dont les funérailles se dérouleront mardi à Houston, au Texas, après son décès le 25 mai lors de son interpellation à Minneapolis. Les images vidéo montrent « la mort d’un homme dans des conditions inacceptables et, à vrai dire, monstrueuses », a jugé le chef du gouvernement.

Des rassemblements en hommage à George Floyd sont prévus mardi dans de nombreuses villes en France, après des manifestations qui ont déjà réuni des milliers de personnes pour dénoncer les violences policières également en France, en particulier après la mort d’Adama Traoré, en 2016 lors de son interpellation.

Un devoir « d’exigence »

Edouard Philippe a souligné que la mission des policiers et gendarmes, qui « sont en première ligne » pour « nous protéger tous », était « redoutablement difficile ». Car ils sont « confrontés à des tensions, à des menaces à des risques ». « Nous leur devons respect et confiance », comme le fait « l’immense majorité des Français », mais « nous avons également un devoir d’exigence vis-à-vis d’elle », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a ainsi rappelé, au début de son intervention, la nécessité de respecter la première phrase de la déclaration des droits humains : « les hommes naissent libres et égaux en droit, libres et égaux en droit ». « C’est l’exact inverse d’une société qui serait fondée sur l’appartenance à une religion sur la couleur de peau ou sur des distinctions qui n’auraient rien à voir avec cette idée fondamentale », a-t-il ajouté.

Des annonces de l’Intérieur pour contrer le racisme

Christophe Castaner a prôné lundi une « tolérance zéro » du racisme dans les forces de l’ordre, dont la suspension sera « systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré » en la matière. En 2019, « une trentaine d’enquêtes judiciaires ont été engagées contre des policiers sur des propos racistes », a-t-il indiqué mardi sur BFMTV. Le ministre a aussi annoncé l’abandon de la méthode d’interpellation policière controversée de la « prise par le cou, dite de l’étranglement », une décision qui a laissé « dubitatifs » des syndicats de police.

Après sa visite au commissariat d’Evry, Edouard Philippe a reconnu que certains policiers avaient fait part de « leur émotion et parfois de leur incompréhension devant un certain nombre de critiques dont ils sont l’objet ».

Pas de discussions « dans un salon de thé »

Juste avant l’intervention du Premier ministre, la sœur d’Adama Traoré a elle tenu une conférence de presse à Paris pour réclamer des « actes de Justice » sur la mort de son frère, appelant à de nouveau manifester samedi. « On ne demande pas que des discussions se fassent dans un salon de thé de l’Elysée », a déclaré Assa Traoré, en déclinant l’idée d’un rendez-vous avec la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

A Evry, Edouard Philippe s’est également rendu dans les locaux de l’association Génération 2, pour un échange sur l’engagement citoyen. « Il faut démultiplier les lieux de rencontre avec la police », a déclaré sa présidente Aïsseta Cissé.