Coronavirus : 81 % des 18-30 ne se reconnaissent pas dans l’appellation « génération Covid »

INFO 20 MINUTES Les 18-30 ans ont néanmoins conscience que leur génération payera le plus lourd tribut à la crise économique qui s’annonce, d’après notre dernier baromètre « #MoiJeune, Déconfiné et demain ? » « 20 Minutes » – OpinionWay

Charlotte Murat

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56% des jeunes de 18 à 30 ans estiment que c'est leur génération qui payera le plus lourd tribut à la crise économique.
56% des jeunes de 18 à 30 ans estiment que c'est leur génération qui payera le plus lourd tribut à la crise économique. — 20 Minutes/Canva
  • Si certaines voix se sont élevées pour regretter qu’avec le confinement on ait sacrifié l’avenir économique de la jeunesse pour sauver la santé des plus âgés, les jeunes réfutent toute idée de sacrifice au nom de la solidarité, selon le dernier  baromètre « #MoiJeune, Déconfiné et demain ? » 20 Minutes – OpinionWay.
  • Ils sont néanmoins conscients que c’est leur génération qui payera le plus lourd tribut à la crise, sans pour autant se reconnaître dans le terme de « génération Covid ».
  • Car, estiment-ils, ils héritent d’un système qui était déjà à bout de souffle et la crise serait arrivée quoi qu’il arrive.

Fallait-il provoquer une grave crise économique en confinant la population ? Devait-on sacrifier l’avenir de la jeunesse, qui devra payer le coût de cette crise, pour préserver la santé des leurs aînés ? Si cette question, notamment posée  par le philosophe André Comte-Sponville ou le journaliste et écrivain François de Closets, vous heurte, elle heurte également les premiers concernés. 70 % des 18-30 ans pensent en effet que c’est choquant de dire qu’on a sacrifié leur génération pour sauver les plus âgés, selon notre dernier baromètre « #MoiJeune, Déconfiné et demain ? » 20 Minutes-OpinionWay*.

Le confinement est ainsi considéré comme une mesure juste pour 85 % des jeunes, tandis qu’ils ne sont que 22 % à considérer qu’il était disproportionné. « Ça a plus relevé de la solidarité que du sacrifice », considère Théo, membre de la communauté MoiJeune**. « Une vie humaine est une vie humaine », abonde Gaëlle. Ainsi, 64 % des 18-30 ans privilégient la santé de tous, contre 34 % qui favorisent les libertés individuelles. « Est-ce que les plus âgés sauront nous rendre la pareille dans la période difficile qui s’annonce ? À voir », s’interroge Elise.

C’est leur génération qui payera

Car si les jeunes réfutent toute idée de sacrifice, ils sont néanmoins conscients des difficultés qui les attendent. Selon notre étude, 60 % des 18-30 ans pensent qu’ils auront une vie moins facile que leurs parents. Un chiffre qui monte à 70 % pour la tranche d’âge 28-30 ans. Et 56 % des jeunes interrogés estiment que c’est leur génération qui payera le plus lourd tribut à la crise. « J’ai perdu mon stage, je me retrouve donc sans revenus et sans expérience professionnelle. A 26 ans, je vis chez mes parents et je commence à angoisser pour trouver un boulot », témoigne Cyril.

Cette classe d’âge qui devra supporter le coût économique de la crise sanitaire, a déjà été baptisée « génération Covid » par certains commentateurs. Un terme dans lequel ne se reconnaissent pourtant pas 81 % des jeunes interrogés. Et cela parce qu’ils n’héritent pas uniquement des conséquences du coronavirus. « Le Covid n’est pas responsable de la crise qu’on va traverser, c’est le système actuel qu’il faut blâmer, explique Marine. Il repose sur la surconsommation à tout prix, et le moindre grain de sable dans la machine oblige à sacrifier les jeunes générations. »

« Résoudre des problèmes que l’on n’a pas causés »

Lucides sur leur avenir, 36 % des 18-30 ans, préfèrent utiliser le terme « galère » pour qualifier leur génération et 35 % la décrivent effectivement comme « sacrifiée ». En revanche, 29 % préfèrent se présenter comme la « génération des solutions ». « Nous commençons notre vie d’adulte à une période où l’on va devoir commencer par résoudre des problèmes environnementaux, sanitaires, économiques, sociétaux que l’on n’a pas causés, rappelle Caroline. Repenser l’éducation, les objectifs de vie, les fondamentaux, voilà qui serait bénéfique. On voit aujourd’hui que la consommation ne rend pas heureux, ne nous sécurise pas. Pourquoi ne pas placer le bien-être humain comme nouveau but ? » « Privilégions la solidarité, renchérit Mélissa. Car le confinement nous a fait réaliser que, dans n’importe quelle société, l’individualisme ne peut pas fonctionner. »

Alors que 43 % des jeunes ne préfèrent (pour le moment ?) pas penser aux conséquences de la crise et profiter de la vie et de leur liberté retrouvée, ils sont tout de même 37 % à assurer vouloir s’engager (encore plus) pour contribuer positivement au monde d’après. L’urgence ? Atténuer les effets de la crise économique n’est une priorité que pour 28 % d’entre eux, tandis que 72 % des jeunes estiment que le combat principal pour les deux ans à venir reste l'environnement.

* Baromètre « #MoiJeune, Déconfiné et demain ? », 20 Minutes – OpinionWay, réalisé en ligne du 5 au 8 juin 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 774 jeunes âgés de 18 à 30 ans, selon la méthode des quotas.

** Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MoiJeune », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici