Déconfinement à Paris : Les chiffres de la délinquance repartent à la hausse mais sont inférieurs à ceux de 2019

CRIMINALITE Depuis le 11 mai et le déconfinement, la délinquance reste à un niveau bas dans la capitale. Et si les chiffres repartent à la hausse, ils sont bien loin d’atteindre le niveau pré-confinement

Caroline Politi

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Depuis le confinement, la délinquance reste à un niveau bas
Depuis le confinement, la délinquance reste à un niveau bas — LUCAS BARIOULET / AFP
  • Pendant le confinement, la délinquance a connu une chute aussi brutale que spectaculaire à Paris. Et ce, quel que soit le délit.
  • Depuis le déconfinement, les chiffres restent inférieurs à la moyenne. Le nombre de cambriolages a baissé de 79 % notamment.
  • L’interrogation demeure sur la réalité des chiffres des violences conjugales.

C’est l’un des effets secondaires de l’épidémie de coronavirus : à Paris, après des mois de hausse ininterrompue, les chiffres de la délinquance ont connu une chute aussi brutale que spectaculaire pendant le confinement. Entre la mi-mars et la mi-mai, les cambriolages ont diminué de 70 % et même de 85 % pour les résidences principales dans la capitale. Même constat pour les vols avec violence : moins 71 % pour la période. En avril, les vols à la tire ont presque été divisés par six, le trafic et la revente de stupéfiants par deux, par rapport à la même période de l’an dernier. De même, en avril, les plaintes déposées pour viol à Paris ont baissé de moitié par rapport à l’an dernier (86 contre 42, majeurs et mineurs confondus). En deux mois, l’épidémie de coronavirus est parvenue à faire ce que les autorités n’auraient pu espérer, en un si court laps de temps, des politiques publiques.

« Les chiffres sont logiquement bons, le confinement a mis un frein brutal à l’activité délinquantielle mais pas de manière pérenne puisque le contexte était exceptionnel », note Yvan Assioma, délégué du syndicat Alliance à Paris. Les Français contraints de rester chez eux, les logements vacants se font plus rares. Et la désertification de la voie publique alliée à un contrôle accru des attestations a rendu les déplacements plus difficiles pendant le confinement.

Selon la préfecture de police de Paris, le nombre de plaintes enregistrées pendant cette période a diminué de 76 %. Et si le confinement a pu affecter les conditions de dépôt, force est de constater que depuis le 11 mai, le retour des plaignants dans les commissariats reste très progressif. Le nombre de plaintes enregistrées les deux dernières semaines de mai reste en baisse de 40 % par rapport à la même période en 2019, annonce la préfecture.

Peu de cambriolages depuis le déconfinement

Depuis le 11 mai, la délinquance reste à un niveau bas dans la capitale. Certes, si l’on s’en fie aux chiffres publiés chaque mois par le service statistique du ministère de l’Intérieur, à Paris, toutes les catégories – ou presque – de crimes et délits sont repartis à la hausse en mai mais sont bien loin d’atteindre le niveau pré-confinement. Ainsi, entre le 11 et le 31 mai, 136 cambriolages ont été recensés à Paris, contre 643 sur la même période l’an dernier, indique la préfecture de police. Soit une chute de 79 %. S’ils ont fortement baissé, certains restent néanmoins ultra-violents. Fin mai, trois individus masqués se sont ainsi présentés au domicile d’une riche famille d’expatriés américains dans le 16e arrondissement. Après avoir d’abord frappé et menacé la nourrice avec une arme de poing, puis ligoté les deux enfants et menacé leur père qui tentait d’intervenir, les malfrats sont repartis avec une trentaine de sacs de produits de luxe pour un montant estimé à 800.000 euros.

Le constat, s’il n’est pas aussi marqué, est le même pour les vols avec violence. Bien qu’en augmentation depuis le déconfinement, les faits constatés restent en baisse de 33 % par rapport à la même période en 2019, soit 635 faits contre 954, selon la préfecture de police. « Ces derniers jours, certains délits ont retrouvé un niveau similaire à celui précédant le confinement, assure néanmoins Yvan Assioma. Les vols à l’arraché ou les vols de montre de luxe, par exemple, ont repris très fort et très rapidement. »

Dès le 11 mai, même. Ce soir-là, à 19h30, deux voleurs ont fait irruption dans un magasin du 11e arrondissement et agressé la gérante pour repartir, quelques minutes plus tard, avec son téléphone et sa Rolex estimée à 10.000 euros. Une demi-heure plus tard, dans le 17e arrondissement, un homme est abordé par un individu voulant photographier sa voiture, vert pomme. Il accepte mais ce dernier se rue sur lui et lui arrache sa montre d’une valeur de 77.000 euros avant de s’enfuir en courant. Dans la même soirée, dans le 16e arrondissement, une femme braquée par deux hommes armés s’est également fait voler sa Rolex estimée à 7.000 euros et son téléphone.

Incertitude sur la réalité des violences conjugales

Si certains délits pourraient rester encore à un niveau historiquement bas dans les prochaines semaines – la distanciation sociale et le nombre très limité de touristes compliquent le « travail » des pickpockets –, certaines inconnues demeurent. A commencer par les violences conjugales. Pendant le confinement, le nombre d’interventions pour des différends familiaux a augmenté de 33 % mais les plaintes ont baissé de 27 % par rapport à la même période l’an dernier (350 faits contre 479 en 2019). Depuis le déconfinement, cette baisse s’est accélérée : entre le 11 et le 31 mai, la préfecture de police a relevé 93 faits contre 151 en 2019, soit une baisse de 38 % alors que les interventions restent en hausse de 30 %.

Mais les professionnels le savent bien, ces chiffres, à la différence de ceux de la délinquance, ne riment probablement pas avec une baisse effective des violences mais plutôt à un report des plaintes. Si d’une manière générale, les violences conjugales sont dénoncées des mois après leur commission, le confinement et le déconfinement très progressif, ont probablement accentué ce décalage.