Et si les départements retrouvaient une jeunesse dans la nouvelle décentralisation ?

ECONOMIE Un expert géographe propose de redécouper les départements et de leur donner une compétence économique plus importante

Gilles Durand

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Illustration d'un puzzle des départements.
Illustration d'un puzzle des départements. — Stevens Frederic / SIPA
  • Pour Laurent Chalard, « les départements restent la brique administrative essentielle de la France » contre « les élites parisiennes qui souhaitent les voir disparaître ».
  • Son analyse, qui s’inscrit dans le cadre d’un nouvel axe de décentralisation lancé par le gouvernement, en février.
  • Il propose de les redécouper pour coller aux nouveaux bassins de vie de la population.

Redécouper les départements français et leur redonner du pouvoir. C’est l’idée d’un géographe membre du think tank (groupe de réflexion) European centre for international affairs. Pour Laurent Chalard, « les départements restent la brique administrative essentielle de la France, même si, depuis une vingtaine d’années, les élites parisiennes souhaitent les voir disparaître ».

De fait, les départements ont vu leur rôle s’amenuiser ces dernières années, réduits à gérer les aides sociales sans avoir de réels leviers économiques en contrepartie. Son analyse, qui s’inscrit dans le cadre d’un nouvel axe de décentralisation lancé par le gouvernement en février, plaide, au contraire, pour une redistribution des compétences avec la région.

Faible densité et métropoles peu puissantes

« Les réformes territoriales sont dictées par les directives européennes avec un modèle d’Etat fédéral comme en Allemagne, souligne-t-il. Or, avec sa faible densité et ses métropoles peu puissantes, il est difficile pour la France de reproduire ce modèle économique ». Selon lui, « les nouvelles grandes régions surdimensionnées ont du mal à insuffler leur influence. On a besoin d’un échelon intermédiaire, notamment pour gérer de façon cohérente le développement industriel ».

Et de citer un exemple : « Dans la région Grand Est, la Haute-Marne est spécialisée dans la métallurgie alors que sa voisine, l’Aube, l’est dans le textile. Or, vu de la capitale régionale, Strasbourg, où la tertiarisation s’est accentuée, ces deux secteurs industriels ne sont pas perçus comme porteurs d’avenir. »

Pour l’expert, cette nouvelle décentralisation est aussi nécessaire à la survie des villes moyennes qui « aujourd’hui, vivent essentiellement de leurs emplois de fonctionnaires préfectoraux ».

Un redécoupage nécessaire

Mais ce renforcement des pouvoirs doit se traduire aussi par un redécoupage plus cohérent. Depuis 1790, date de création des départements français, le visage économique et social du pays a changé.

Avec l’extension des zones urbaines, notamment depuis 1970, l’influence de certaines villes dépasse désormais le territoire départemental. « On le constate dans les trajets domicile-travail notamment », explique le géographe qui s’est appuyé sur les données de l’Insee concernant les bassins de vie.

D’où la proposition d’effectuer une soixantaine de modifications plus ou moins majeures. « Ce serait le cas, par exemple, pour les communes d’Isère et de l’Ain aujourd’hui largement sous influence lyonnaise. Ça aurait plus de sens qu’elles rejoignent le Rhône », souligne Chalard, précisant que « ce transfert ne peut s’effectuer qu’avec l’aval des habitants ».

Anomalies historiques et géographiques

Façonné par l’Histoire, parfois plus que par la géographie, le canevas départemental présente aussi de nombreuses « anomalies » : les enclaves comme celles de Valréas par exemple ou le découpage de la Moselle et la Meurthe-et-Moselle à cause de l’annexion allemande en 1870.

Enfin, dans les zones montagneuses, des évidences géographiques sautent aux yeux, selon Laurent Chalard. Un cas parmi d’autres : la vallée de l’Urbaye étant tournée vers Gap, Barcelonnette a plus de logique à se trouver dans les Hautes-Alpes que dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Reste à savoir si les pouvoirs politiques des conseils départementaux seront du même avis.