Rapport de la police des polices : Une année 2019 marquée par les manifestations de « gilets jaunes »

BŒUFS CAROTTES Le mouvement des « gilets jaunes » a entraîné une sursollicitation de l’IGPN, tant en ce qui concerne les enquêtes judiciaires que les enquêtes administratives

Thibaut Chevillard

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Illustration lors d'une manifestation des "gilets jaunes".
Illustration lors d'une manifestation des "gilets jaunes". — Mathieu Pattier/SIPA
  • La police des polices a publié ce lundi son rapport annuel pour l’année 2019.
  • Alors que l’année écoulée a été marquée par de nombreuses manifestations des « gilets jaunes », l’IGPN a été chargée d’un nombre inédit d’enquêtes. Elle a également reçu, via son site Internet, un nombre record de signalements.
  • Le ministre de l’Intérieur a par ailleurs indiqué que la police nationale avait sanctionné près de 1.700 agents en 2019.

En 2019, les «gilets jaunes » se sont mobilisés tous les samedis à l’occasion de manifestations souvent émaillés d’affrontements avec les forces de l’ordre. Conséquence : la police des polices a été chargée, l’année dernière, d'un nombre inédit d'enquêtes. 1.460 enquêtes judiciaires lui ont été confiées par les parquets, contre 1.180 en 2018, soit une augmentation d’un quart. 

Une part importante (66,2 %) de ces enquêtes concerne d’ailleurs des faits survenus lors « d’interventions ou d’interpellations dans le cadre de manifestations », indique l’inspection générale de la police nationale (IGPN) dans son rapport annuel publié ce lundi. 399 dossiers traités concernent des faits survenus lors de manifestations de « gilets jaunes » dont 274 ont été transmis à la justice.

Le parquet de Paris a particulièrement alimenté l’IGPN en enquêtes. Il a sollicité ce service « sur toutes les plaintes relatives à l’usage de la force, et ce, quelle que soit la gravité des faits ». Un choix qui peut, « par un effet de masse et d’engorgement, mettre en péril la capacité de traitement des dossiers dans un délai raisonnable », alerte la police des polices, répondant ainsi implicitement aux critiques récurrentes, formulées par ses détracteurs, concernant la lenteur des investigations qu’elle mène.

Enquêtes administratives

A la demande du ministre de l’Intérieur, du directeur général de la police ou du préfet de police, l’IGPN peut également se voir confier des enquêtes dites « administratives », c’est-à-dire disciplinaires. En 2019, 224 ont été ouvertes, contre 290 en 2018.

Les enquêtes conduites directement par les « bœufs carotte » sont celles « d’une très grande complexité », qui concernent « les faits les plus graves ». Le service a relevé, à l’issue de ses investigations, 630 manquements et proposé à la hiérarchie policière de prononcer 276 sanctions. « Rien qu’en 2019, la police a prononcé 1.678 sanctions à l’égard des policiers », a précisé Christophe Castaner ce lundi lors d’une conférence de presse.

L’IGPN dénombre aussi, en 2019, 19 décès lors d’une intervention de police, contre 17 en 2018, et 117 blessés contre 169 l’année précédente. Dans le détail, 53 blessures ont été causées « à l’occasion d’un maintien de l’ordre ou de violences urbaines » contre 90 en 2018, signale-t-elle. Les plus graves « ont été constatées au niveau des yeux et du visage, notamment après usage du lanceur de balles de défense (LBD), ou d’une grenade manuelle de défense (GMD), ou au niveau des mains en raison de l’effet de souffle de la grenade lacrymogène instantanée (GLI). »

Hausse des signalements

Pour expliquer ces chiffres, la police des polices évoque « les violences exercées contre les forces de l’ordre lors des manifestations » qui ont « entraîné des ripostes nombreuses et plus fermes, et donc des blessés ».

L’arme « la plus génératrice de dommages est sans conteste le lanceur de balle de défense (LBD) », impliqué dans 32 affaires, reconnaît l’IGPN. Très controversé, le LBD « n’est pas dommageable par nature », soutient la police des polices, qui en veut pour preuve que seul « un tir sur 337 engendre une blessure importante », c’est-à-dire causant une ITT supérieure à 9 jours.

Autre signe d’une « sursollicitation de l’IGPN » entraîné par le mouvement des « gilets jaunes », sa plateforme Internet a enregistré un nombre de signalements record de la part de citoyens en 2019 : 4.792, soit une augmentation de 22,3 % par rapport à 2018. « Un pic de 567 signalements, observé au mois de janvier, correspond à une période de forte mobilisation sociale et de confrontations violentes entre manifestants et forces de l’ordre », souligne notamment le rapport annuel.