Racisme dans la police : Le syndicat Alliance craint la suspension de policiers « sur des rumeurs »

INTERVIEW Olivier Hourcau, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance police nationale, craint la suspension de policiers sur des soupçons peu étayés

Propos recueillis par Clément Giuliano

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Christophe Castaner lors de son allocution au ministère de l'Intérieur, lundi 8 juin 2020.
Christophe Castaner lors de son allocution au ministère de l'Intérieur, lundi 8 juin 2020. — ISA HARSIN / AFP / POOL
  • Christophe Castaner a présenté plusieurs mesures ce lundi pour lutter contre le racisme dans la police nationale, notamment la suspension « systématiquement envisagée » des policiers soupçonnés.
  • Pour le deuxième syndicat de gardiens de la paix, la suspension des agents sur des « soupçons », n’est « pas acceptable ».
  • Le ministre de l’Intérieur a également annoncé l’interdiction de techniques d’interpellation mises en cause dans la mort de Cédric Chouviat en janvier à Paris.

Dans un contexte de mise en cause de la police, le ministre de l’Intérieur a décrété ce lundi la « tolérance zéro » à l’encontre des entorses à la déontologie au sein des forces de l’ordre. Suspension « systématiquement envisagée » des policiers soupçonnés de propos ou actes racistes, interdiction de certaines pratiques d’interpellation réputées dangereuses, réforme des services d’inspection du ministère de l’Intérieur… Christophe Castaner a annoncé plusieurs mesures alors que « la colère de Minneapolis s’est étendue à tous les continents », a-t-il souligné en référence à la mort de George Floyd.

20 Minutes a interrogé Olivier Hourcau, numéro 2 du syndicat de gardiens de la paix Alliance police nationale. Le responsable policier craint notamment des suspensions d’agents « sur des rumeurs ».

Olivier Hourcau, numéro 2 du syndicat Alliance police nationale.

Christophe Castaner s’est exprimé aujourd’hui sur la déontologie des policiers, notamment sur la question du racisme et de certaines techniques d’intervention. Qu’avez-vous pensé de son intervention ?

Le ministre de l’Intérieur est dans son rôle : face à l’urgence et à la demande de l’Elysée, il se devait de prendre la parole pour répondre aux critiques. Nous avons entendu son soutien face à ceux qui stigmatisent les policiers. Il y avait de fortes attentes à ce niveau-là, tant il est compliqué aujourd’hui pour nos collègues d’exercer leur métier. Aujourd’hui, les policiers s’interrogent sur leurs missions, ils sont systématiquement mis en cause et filmés.

Christophe Castaner a notamment demandé « qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes ». Qu’en pensez-vous ?

Le ministre de l’Intérieur a parlé de « soupçon avéré ». La sémantique est importante : pour nous, le terme de « soupçon », ce n’est pas acceptable. Soit les faits sont avérés et la procédure de suspension est enclenchée, soit ce n’est pas le cas et les policiers ont, comme tout citoyen, le droit à la présomption d’innocence.

Il ne faut pas que ce dispositif aboutisse à des dérives et que des policiers soient suspendus sur des rumeurs, des fake news ou des vidéos postées sur les réseaux sociaux. Je souligne d’ailleurs que la suspension est déjà prononcée lorsque les faits sont graves : le préfet de police, Didier Lallement, a suspendu les policiers à l'origine de propos racistes à l'Ile-Saint-Denis en avril dernier.

Concernant les techniques d’interpellation, il a annoncé plusieurs mesures sur proposition d’une mission menée après la mort de Cédric Chouviat, notamment la technique dite « de l’étranglement » qui serait désormais interdite. Par ailleurs, « si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu’un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s’appuyer sur sa nuque ou son cou ».

Ces techniques, utilisées pendant une durée très courte, visent uniquement à permettre de menotter une personne récalcitrante. Ce sont des gestes exceptionnels mais utiles lorsqu’il y a une différence de morphologie, par exemple. Nous espérons que cela sera accompagné d’un travail de la part des formateurs en techniques d’intervention pour remplacer ce que le ministre a interdit. Sinon, c’est le Taser ou le pugilat !

Le ministre a également annoncé une réforme des inspections de la police et de la gendarmerie pour plus d’indépendance. Etait-ce nécessaire, selon vous ?

Non, pour nous, il n’y avait pas besoin d’une telle réforme. Qui mieux que des policiers peuvent investiguer sur des policiers ? Les enquêtes sont menées en toute impartialité par des gens qui connaissent le métier. L’inspection générale de la police nationale (IGPN) peut d’ailleurs être saisie par la hiérarchie du fonctionnaire, par le procureur dans le cas d’une enquête judiciaire, et même par le citoyen via la plateforme de dénonciation sur le site du ministère de l’Intérieur. Et le policier qui a fauté est sanctionné à la hauteur de sa faute, avec tout un arsenal déjà prévu.