Déconfinement : Les règles sanitaires vont-elles être assouplies dans les écoles pour accueillir davantage d’élèves ?

EDUCATION Jean-Michel Blanquer y est favorable ainsi que les entreprises et de nombreuses familles

Delphine Bancaud
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Des élèves en classe à Gignac.
Des élèves en classe à Gignac. — Alain ROBERT/SIPA
  • Les familles et les entreprises souhaitent accélérer le retour des enfants à l’école.
  • Ce qui ne serait possible qu’en allégeant les règles sanitaires en vigueur actuellement à l’école.
  • C’est Matignon qui tranchera ; peut-être avant la phase 3 du déconfinement, qui démarrera le 22 juin.

C’est une petite musique que l’on entend de plus en plus ces derniers jours. Plusieurs voix plaident pour que l’étau soit desserré sur les écoles. Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, s’est ainsi déclaré favorable dans le Journal du dimanche à ce que les règles sanitaires soient allégées d’ici à fin juin à l’école notamment pour « les repas, les récréations ou le sport ».

Une éventualité qu’envisage aussi Jean-Michel Blanquer. Samedi, il a évoqué lors d’une conférence de presse la possibilité « d’assouplir le protocole sanitaire dans le courant du mois de juin ». Car le ministre de l’Education souhaite qu’un maximum d’élèves puissent s’asseoir sur les bancs de l’école avant septembre : « Je suis l’avocat du retour à l’école », a-t-il martelé. D’ailleurs, la consigne a été donnée dans les écoles de permettre à un maximum d’élèves de revenir, quitte à accélérer leur rotation. Car pour l’heure, seulement 1,8 million d’écoliers – sur un total de 6,7 millions – sont retournés à l’école, mais rarement à temps complet. Au collège, ils sont 600.000 sur 3,3 millions.

La pression des employeurs s’intensifie

La question d’un retour plus massif en classe se pose d’autant plus depuis la semaine dernière. Une étude de la Société française de pédiatrie rendue publique jeudi, a montré que les enfants seraient moins contagieux que les adultes en ce qui concerne le coronavirus. Par ailleurs, si beaucoup de parents étaient réticents à l’idée de renvoyer leurs enfants à l’école le 11 mai, ils le sont peut-être moins aujourd’hui. Et les élèves revenus ont témoigné de leur satisfaction : « Le retour à l’école, ça sonne un peu comme le retour à la vraie vie pour eux et ils le ressentent très positivement », confirme Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-Fsu.

La pression se fait sentir aussi du côté des entreprises, les employeurs incitant les salariés à revenir travailler sur site. « Quand on voit les chiffres de l’épidémie et les admissions dans les services d’urgences qui déclinent très fort, on se demande si on ne peut pas nous dire déjà ce qu’on peut espérer le 22 juin et peut-être avant », a ainsi déclaré ce lundi François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Même son de cloche chez Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT : pour lui le peu d’enfants accueillis à l’école perturbent les « travailleurs et les mettent dans des situations parfois difficiles ».

Véran se montre plus prudent

Mais du côté des syndicats enseignants, si on souhaite un allégement du protocole dans l’absolu, la prudence est encore de mise. « Il ne faut pas s’emballer. Car si l’étude de la société française de pédiatrie est encourageante, celle du professeur Drosten estime que 30 % des enfants ont une charge virale suffisante pour transmettre le virus. Par ailleurs, on ne peut pas demander aux équipes pédagogiques de changer d’organisation tous les quatre matins, car cela demande du temps et beaucoup d’efforts de communication vis-à-vis des familles », estime Francette Popineau.

Au sein du gouvernement, tous les ministres ne semblent pas non plus sur la même ligne. Il ne faut pas « aller trop vite » pour assouplir les mesures de contrôle de l’épidémie de Covid-19, même si « la situation continue de s’améliorer », a plaidé lundi le ministre de la Santé, Olivier Véran. « La situation s’est améliorée et continue de s’améliorer (mais) il est trop tôt pour relâcher en aucune manière notre vigilance », a-t-il ajouté.

La décision de Matignon très attendue

Pour l’heure, la décision de l’exécutif ne semble pas arrêtée. « Des discussions sont en cours entre le Conseil scientifique, la Haute Autorité de santé et le gouvernement. C’est Matignon qui tranchera », explique à 20 Minutes, l’entourage de Jean-Michel Blanquer. L’option minimale pourrait être d’alléger les consignes pour les activités en dehors de la classe. Et la plus ambitieuse, serait d’autoriser un plus grand nombre d’élèves à suivre les enseignements en modifiant les règles de distanciation. « La solution pourrait être aussi d’alléger davantage les consignes sanitaires dans les régions les moins touchées par le virus », évoque-t-on rue de Grenelle.

Si l’on sait que le Premier ministre prendra la parole pour annoncer la phase 3 du déconfinement qui démarrera le 22 juin, il se pourrait qu’il fasse des annonces avant si le protocole sanitaire est desserré dans les écoles. « Et entre l’annonce de la décision et la mise en place des nouvelles règles, il faudra compter trois ou quatre jours minimum », explique l’entourage du ministre. Les vacances d’été étant fixées au 4 juillet, cet éventuel desserrement des règles sanitaires n’aurait donc un effet que pour quelques semaines tout au plus. Ce qui n’aurait pas un grand intérêt pédagogique. « Mais ce serait important psychologiquement pour les élèves, car ils pourraient retrouver leurs camarades et leurs enseignants, même pour peu de jours et clore cette séance compliquée », insiste le ministère.