Coronavirus : La baisse de la mortalité liée à l’épidémie en France, ça veut dire quoi ?

NOUVELLE VAGUE En France, la mortalité n’a cessé de diminuer ces dernières semaines, malgré le déconfinement

Lucie Bras
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La promenade des Anglais à Nice, après le déconfinement.
La promenade des Anglais à Nice, après le déconfinement. — AFP
  • En France, 13 personnes sont mortes du Covid-19 dimanche. Même si ce chiffre est toujours trop élevé, c’est le niveau le plus bas atteint depuis le début de l’épidémie.
  • Si l’épidémie est désormais sous contrôle en France, elle pourrait repartir. Des indicateurs sont là pour repérer ce redémarrage.
  • Pour Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine de Paris, « on peut dire que l’épidémie est éteinte », mais pourrait repartir.

En France, l’épidémie continue de marquer le pas. Le Covid-19 a fait 13 décès à l’hôpital en France dimanche, le nombre le plus bas depuis le 18 mars. Alors que ce taux ne fait que décroître depuis quelques semaines, faut-il y voir un espoir, une sortie de crise ? 20 Minutes fait le point avec Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine de Paris et Michèle Legeas, enseignante à l’EHESP, spécialiste de l’analyse et de la gestion des situations à risques sanitaires.

La baisse des chiffres de la mortalité est-elle une bonne nouvelle dans la lutte contre le Covid-19 ? Comment faut-il l’interpréter ?

Le taux de mortalité confirme son recul permanent en France. Une tendance qui accompagne la baisse du nombre de cas dans le pays. « Comme il y a beaucoup moins de nouveaux cas, il y a moins de décès, avec une meilleure prise en charge des personnes malades », indique Michèle Legeas.

Le nombre total de décès s’élève à 29.155 en France à l’heure où cet article est publié, avec 1.053 patients hospitalisés en réanimation. Un nombre en baisse constante depuis début avril où le pic de patients en réanimation avait été atteint avec plus de 7.000 personnes en état grave.

« Il n’y a plus de décès de personnes infectées de façon aiguë », complète Karine Lacombe. « Les décès qui persistent sont les gens infectés il y a longtemps et qui ne sont pas sortis de réanimation mais aussi les personnes en soins palliatifs, souvent âgées, et dont la situation s’est dégradée », explique-t-elle.

Est-ce que cela veut dire que l’épidémie est terminée ?

« Je pense qu’on est sortis de la crise, on peut dire que l’épidémie est éteinte », confirme Karine Lacombe. « Mais le virus, comme tous les virus, peut circuler à bas bruit, il peut disparaître pendant un temps, réapparaître : on est très vigilant sur sa résurgence à l’automne, comme les autres virus respiratoires. » Pas question de faire comme en Nouvelle-Zélande, où la distanciation sociale n’est plus recommandée par les autorités : depuis ce lundi, le pays n’a plus aucun cas de coronavirus sur son territoire.

En France, on n’en est pas là : « La situation s’est améliorée et continue de s’améliorer (mais) il est trop tôt pour relâcher en aucune manière notre vigilance », a jugé ce lundi le ministre de la Santé Olivier Véran ce lundi. « N’allons pas trop vite, on a réussi à gagner une bataille par l’effort de tous, une bataille qu’il a été très difficile de gagner, on n’a pas encore gagné la guerre », a souligné le ministre. « Ce n’est pas terminé, on n’est pas à l’abri de recréer des situations dans lesquelles l’épidémie peut repartir », abonde Michèle Legeas. « Ce qu’on peut espérer c’est prendre des mesures adaptées à temps. On va vivre dans la crainte d’un redémarrage éventuel de la maladie pendant un certain temps », indique-t-elle.

Faut-il s’inquiéter de la multiplication des petits clusters ?

L’Agence nationale de santé en a compté 150, dans un bilan publié le 4 juin, selon France Info. « Ce serait dramatique si on n’en avait pas ! Ça veut dire que la détection marche bien », rassure Karine Lacombe, en citant le parcours de diagnostic et de suivi des malades mis en place pour casser les chaînes de contamination (tests, recherches de cas contact, quarantaine, etc.).

Que faut-il surveiller pour voir venir la deuxième vague, si elle a lieu ?

« Ce n’est pas la mortalité qu’il faut surveiller mais le nombre de nouveaux cas positifs diagnostiqués grâce aux tests PCR. Ensuite, il faut aussi être attentif au nombre de personnes qui consulte aux urgences pour suspicion Covid, et enfin le nombre d’entrées en réanimation », rappelle Karine Lacombe. Ces indicateurs, au plus bas en ce moment en France, fonctionnent comme des dominos : en cas de deuxième vague, il y aura d’abord une augmentation des cas, qui fera augmenter les hospitalisations, puis le nombre de cas graves en réanimation et enfin, le nombre de morts. « En dessous d’un certain nombre de nouveaux cas par jour, on a une circulation du virus mais pas de flambée épidémique », confirme Michèle Legeas.

Autre atout pour voir venir tout regain de l’épidémie : le réseau Sentinelles, créé en 1984 pour surveiller en France les symptômes grippaux. « En cas de reprise, elle se fera d’abord chez des personnes peu malades via une augmentation de syndromes grippaux », indique Karine Lacombe. « C’est un indicateur qui peut bouger très tôt dans l’épidémie. »

Rendez-vous à l’automne.