Où aller ? Quel vélo choisir ? Que mettre dans ses valises ?…. Des premières vacances à bicyclette, ça se prépare

CYCLOTOURISME A défaut de pouvoir partir à l’autre bout du monde, bon nombre de vacanciers devraient se reporter sur des destinations dans l’Hexagone cet été

Fabrice Pouliquen

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Un couple de cyclotouristes arrive au Mont-Saint-Michel, le 24 juillet 2016.
Un couple de cyclotouristes arrive au Mont-Saint-Michel, le 24 juillet 2016. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Le vélo a la cote depuis la levée du confinement pour nos déplacements du quotidien. En sera-t-il de même cet été pour nos vacances dans l’Hexagone ?
  • La bicyclette se prête bien à la découverte de nos régions, maillées par 15.000 km d’itinéraires cyclables
  • Mais où partir ? Quel vélo choisir ? Comment se rendre à son point de départ ? Que mettre dans ses bagages ? Pas simple de préparer son premier voyage. Les cyclotouristes Florent Tijou et Maxime Courtoison nous aident à y voir plus clair

Efficace en ville, compatible avec les mesures de distanciation sociale, sans émissions de C02… Le vélo a le vent en poupe depuis la sortie du confinement, pointait le 20 mai dernier l ’association Vélo et Territoires, en relevant les 182 compteurs de passage que ce réseau de collectivités, engagées dans le développement du vélo, a essaimé sur des pistes cyclables.

Mais on parle ici des déplacements du quotidien, typiquement entre le domicile et le travail. La bicyclette sera-t-elle aussi privilégiée cet été comme moyen de redécouvrir l’hexagone, faute de pouvoir partir au bout du monde ? « Plusieurs signes le laissent penser, constate Florent Tijou, chargé de mission Web-marketing à France Vélo Tourisme, groupement de professionnels et collectivités territoriales pour promouvoir le tourisme à vélo en France. A commencer par l’explosion du trafic sur notre site Internet ces derniers jours [+110 % le 11 mai, premier jour du déconfinement, par rapport à l’an dernier] ou encore la centaine de demandes quotidiennes pour intégrer le groupe Facebook « Voyager à vélo en France ». Pour beaucoup, des nouveaux voyageurs en quête de réponses à leurs nombreuses questions. »

Elles ne manquent pas en effet. 20 Minutes en balaie les principales avec Florent Tijou, mais aussi le cyclotouriste Maxime Courtoison, co-auteur du blog « En échappée », mine d’informations sur les voyages à vélo qu’il tient avec Lucie, sa compagne.

Quelle destination choisir ?

C’est tout l’atout de l’hexagone : avec 15.000 kilomètres d’itinéraires cyclables, il y a l’embarras du choix. « Quelques territoires sont encore peu irrigués aujourd’hui, note Florent Tijou, qui songe notamment aux zones de montagnes. Sinon le maillage est très bon. » Attention toutefois à ne pas choisir sa destination uniquement en fonction des paysages et des sites culturels que l’on veut découvrir. Encore plus pour un premier voyage. « La difficulté du parcours – en clair, le dénivelé - et la sécurité -le plus possible à l’abri des voitures – sont aussi des points importants à prendre en compte, glisse Florent Tijou.

Les itinéraires le long des canaux ou les rivières et fleuves qui ont un chemin de halage bien aménagé remplissent ces critères. Les grands classiques ? Le canal de Nantes à Brest, celui du Midi ou celui de Bourgogne, mais aussi la Loire à Vélo ou la ViaRhôna (du Lac Léman à la Méditerranée). Florent Tijou cite encore la Meuse à Vélo, la traversée de la Sarthe, ou, « plus colorée, la Vallée du Lot à vélo et la Vélormaritime, de Roscoff à Dunkerque ». Et comment ne pas oublier la Vélodysée, qui part elle aussi de Roscoff et suit la façade Atlantique jusqu’à Hendaye. « Très sympa, notamment parce qu’elle nous fait traverser des paysages et climats très différents », commente Maxime Courtoison.

Comment choisir son vélo ?

Pour un premier voyage, Florent Tijou et Maxime Courtoison déconseillent d’acheter des vélos neufs. « Il serait dommage d’investir pour vous rendre compte que le cyclotourisme ne vous plaît guère », indique le premier. La location de vélos est un bon moyen d’éviter ce risque. Suivant les véloroutes, l’offre n’est pas toujours très développée. « Sur la Loire à Vélo, ça marche bien, indique Maxime Courtoison. Vous pouvez louer à un endroit et le rendre à un autre quelques jours plus tard. »

Autre solution : faire avec ce qu’on a dans le garage. Reste à savoir quel modèle de bicyclette choisir. Si le vélo de cyclo-randonnée est la Rolls-Royce en la matière, « toutes les bicyclettes peuvent faire l’affaire, même celle qu’on utilise pour les déplacements quotidiens », insiste Florent Tijou. Il faudra, dans certains cas, prévoir quelques ajustements. « Typiquement changer les roues si on opte pour un VTT aux pneus larges et cramponnés. Vite un calvaire sur certains chemins », précise-t-il. Maxime Courtoison émet juste des réserves sur les vélos de course, taillés pour la vitesse, car peu adaptés au transport de bagages. « Et encore, nuance-t-il, tout dépend du type de cyclotouriste que l’on veut être. Il y a deux courants aujourd’hui : le cyclo-camping, où l’on recherche souvent une autonomie dans le voyage, ce qui implique des bagages, et le bikepacking où l’on cherche à voyager le plus léger possible avec des sacoches intégrées au cadre. » Dans ce cas-là, le vélo de course peut convenir, mais Maxime Courtoison comme Florent Tijou conseillent aussi à se pencher sur les vélos gravel, un hybride entre le vélo de course et le cyclo de randonnée.

Comment se rendre à son point de départ ?

Un détail ? Loin de là. C’est même souvent LE casse-tête du cyclotouriste. L’option train peut se transformer en calvaire, les places dédiées au vélo étant très limitées dans les TGV et les règles pas toujours claires,comme nous vous l'expliquions en août dernier. Florent Tijou et Maxime Courtoison invitent alors à ruser, « soit en réservant son billet le plus tôt possible », indique le premier, « soit en se reportant sur le réseau des TER et trains intercités qui proposent plus de places au vélo et sans devoir les démonter ». « Bon à savoir, notamment pour les Franciliens, il existe le Train Loire à Vélo qui peut acheminer une cinquantaine de vélos chaque jour entre Le Croisic et Orléans », indique Florent Tijou.

Et si le train vous rebute, il reste la voiture pour se rendre jusqu’à votre point de départ ou le bus, options plusieurs fois prises par Maxime Courtoison avec Flixbus. « Le vélo est soit mis dans la soute [il doit alors être rangé dans une housse], soit dans un porte-bagages à l’arrière du bus », précise-t-il. Faire une boucle, avec pour point de départ et d’arrivée sa maison n’est pas bête non plus. « C’est tout l’avantage d’avoir un réseau de véloroutes bien développé en France et accessible depuis n’importe quelle grande ville de France », rappelle Florent Tijou.

Que prendre dans ses bagages ?

« Voyager le plus léger possible », vous conseillera-t-on à France Vélo tourisme. En évitant notamment tout superflu sur les vêtements. « Une tenue pour le jour, une autre pour le soir, une fois qu’on a fini de pédaler, résume Florent Tijou. On sentira peut-être pas toujours très bon, Et alors ? C’est aussi ça les voyages à vélo. Par ailleurs, de nombreux hébergements proposent aujourd’hui des possibilités de laver les tenues. »

Bon, partir qu’avec un cuissard et un tee-shirt ne serait tout de même pas prudent. « L’idéal est d’ajouter à cette première couche deux autres, reprend Florent Tijou. C’est-à-dire un cuissard long avec un pull léger, puis un vêtement de pluie, style Kway. » Dans les bagages, il faudra prévoir aussi un kit de réparations, histoire de ne pas se retrouver bloqué en pleine pampa en cas de tuile. Maxime Courtoison prend aussi toujours un livre et parfois un jeu de société de poche – on reste en vacances tout de même-.

Voilà, un adepte du bikepacking ne s’encombrera pas beaucoup plus. Pour le cyclo-camping, « l’état d’esprit est un peu différent puisqu’il s’agit souvent d’avoir une autonomie dans le couchage et l’alimentation, explique Maxime Courtoison. Il faut alors souvent transporter une tente et autres matériels de camping et un minimum de nourritures. Et il faut faire attention : le poids des bagages grimpe vite. »

Où dormir ?

On termine par le plus facile. Camping, gîtes, hôtels… les solutions ne manquent pas le long des véloroutes. Adepte de la première, Maxime Courtoison dit même rarement réserver son emplacement en amont. « Les cyclotouristes voyagent souvent avec une petite tente, on leur trouve toujours une place, témoigne-t-il.

Pour faire son choix, Florent Tijou invite à s’intéresser aux établissements labellisés « Accueil vélo ». « Il y en a 4.000 en France, indique-t-il. Ils proposent des petits plus pour les cyclotouristes. Un garage vélo sécurisé, une machine pour laver son linge, un kit réparation. » Autre piste que vantent tant Florent Tijou que Maxime Courtoison est le réseau « warmshower » [litérallement douche chaude], une sorte de couchsurfing pour cyclotouristes. « On dort chez l’habitant et celui-ci est comme nous, un passionné de voyage à vélo », raconte Maxime Courtoison qui cite un autre réseau similaire bien développé en France :  « Cyclo Accueil Cyclo ».

L’option « agence » avec un séjour clé en main ?

Il est toujours possible de s’éviter tous les tracas de l’organisation d’un premier voyage à vélo. Plusieurs agences de tourisme spécialisées vous proposent des séjours clé en main. De la location des vélos à la réservation des hébergements, en passant par le transport des bagages et la remise d’un « road book ».

France Vélo Tourisme recense une longue liste de ces agences sur son site Internet. « Cela peut convenir à des néophytes mais c’est bien sûr généralement plus cher », indique Florent Tijou. « Ce qui est dommage, c’est que ces séjours clé en main vous enlèvent quelques plaisirs du cyclotourisme, souligne Maxime Courtoison. Dont, par exemple, la préparation de l’itinéraire. »

Pour vaincre les peurs d’un premier long séjour à vélo, le blogueur conseille de se mettre à l’épreuve, en amont, le temps d’un week-end à vélo. « On se rend compte alors très vite de ce à quoi peuvent ressembler des vacances à vélo, et si ça nous convient ou non », assure Maxime Courtoison.