Coronavirus : Oui, Agnès Buzyn se contredit en affirmant qu’il n’y avait « aucun départ d’épidémie » lorsqu’elle a quitté le ministère de la Santé

FAKE OFF Agnès Buzyn se voit reprocher des propos contradictoires sur ses connaissances de l'épidémie de coronavirus au moment où elle a quitté son poste de ministre de la Santé, en février dernier 

Alexis Orsini

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Agnès Buzyn, le 13 mars 2020 à Paris.
Agnès Buzyn, le 13 mars 2020 à Paris. — Tristan Reynaud/SIPA
  • « Il n’y avait aucun départ d’épidémie quand je suis partie [du ministère de la Santé]. »
  • Cette affirmation d’Agnès Buzyn, lors d'une interview sur BFMTV le 3 juin, lui vaut des critiques sur les réseaux sociaux, où on lui reproche de réécrire l’histoire ou de se contredire.
  • Si l’épidémie de coronavirus n’avait effectivement pas encore frappé l’Hexagone à l’époque, Agnès Buzyn avait en revanche affirmé en mars qu’elle avait quitté le ministère de la Santé en sachant que « la vague du tsunami » arrivait.

La première apparition télévisée d'Agnès Buzyn, candidate LREM aux élections municipales à Paris, après plusieurs mois d'absence, est loin d'être passée inaperçue.

Une phrase prononcée par l’ancienne ministre de la Santé face à Jean-Jacques Bourdin le 3 juin sur l’antenne de BFMTV est en effet reprise par plusieurs internautes pour dénoncer des propos contradictoires autour de ce qu'elle savait - ou non -, lorsqu'elle a quitté son poste au gouvernement sur le risque d'une épidémie de coronavirus en France. 

« "Il n'y avait aucun départ d'épidémie quand je suis partie du ministère de la Santé". Buzyn réécrit l’histoire sur les ruines laissées par le tsunami. Chacune de ses déclarations est une charge supplémentaire en vue d’un procès », « 17/03/2020 : "Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous." 03/06/2020 : "Il n'y avait aucun départ d'épidémie quand je suis partie, je ne savais pas si elle arriverait" », dénoncent ainsi deux tweets.

Comme on peut le voir dans l’extrait de son passage sur BFMTV, Agnès Buzyn a plus précisément déclaré : « Quand je suis partie [du ministère de la Santé], il y avait 44 cas en Europe, 12 cas en France. Ils étaient tous guéris, sauf le vieux Monsieur chinois qui était décédé le jour où je suis partie. Il n'y avait pas d'épidémie en Europe, il y avait des touristes ou des voyageurs qui étaient revenus de la région de Wuhan, qui avaient été malades, que nous avions détectés sur le territoire national. Nous avions tracé les contacts. [...] Nous les avions mis en quarantaine. Il n'y avait aucun départ d'épidémie quand je suis partie et donc je ne savais pas si elle arriverait, quand elle arriverait, quelle serait son ampleur, quelle serait sa gravité. »

FAKE OFF

Le bilan comptable avancé par Agnès Buzyn sur BFMTV à propos des personnes porteuses du coronavirus en France au moment où elle a quitté le ministère de la Santé est exact : le samedi 15 février, lorsqu’elle tient une conférence de presse – qui sera sa dernière en tant que ministre de la Santé puisqu'elle quittera le gouvernement le lendemain –, la France compte bien 12 cas de Covid-19 et un unique décès, survenu la veille, d’un touriste chinois de 80 ans (qui en fait le premier mort en Europe).

Lors de cette conférence de presse, Agnès Buzyn livre quelques chiffres sur la diffusion du virus à l’échelle mondiale comme sur les mesures prévues par le gouvernement : « Nous suivons de très près la situation internationale comme nous le faisons depuis plusieurs semaines. Aujourd'hui, il y a 67.000 cas confirmés d'infections au coronavirus à travers le monde, dont plus de 66.000 en Chine. Il y a plus de 1.500 décès aujourd'hui. Il nous faut préparer notre système de santé à faire face à une éventuelle diffusion pandémique du virus et donc à une circulation du virus sur le territoire national. Raison pour laquelle je recevrai les représentants des professionnels hospitaliers et des professionnels de santé de ville mardi prochain ici, au ministère, pour faire le point. »

« Il est très probable que nous ayons de nouveaux cas »

Si ce rendez-vous a bien eu lieu à la date indiquée, il ne s’est pas fait avec Agnès Buzyn mais avec Olivier Véran, puisqu’elle avait quitté à ce moment-là le ministère de la Santé pour remplacer Benjamin Griveaux au pied levé en tant que candidate LREM à la mairie de Paris.

Signe de l’évolution rapide de la situation, la déclaration d’Agnès Buzyn sur « une éventuelle diffusion pandémique du virus » avait à l’époque surpris plusieurs professionnels de santé pour son caractère potentiellement prématuré. Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, avait par exemple déclaré au Parisien : « Moi-même, j'ai été étonné de l'entendre dire cela, car il ne me semble pas que nous en soyons au stade de penser à une pandémie ». François Braun, patron du Samu, estimait toutefois : « On peut être taxés de catastrophistes, mais mieux vaut être prêts, juste au cas où… »

« Je savais que la vague du tsunami était devant nous »

Mais les tweets citant l’intervention d’Agnès Buzyn sur BFMTV ce mercredi pointent à juste titre ses propos contradictoires, puisqu’elle avait également affirmé, dans un article de la journaliste Ariane Chemin paru dans Le Monde le 17 mars, deux jours après le premier tour des élections municipales et au premier jour du confinement : « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Elle y soutenait par ailleurs : « Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. »

Après avoir déjà apporté des précisions sur ces propos – qu’elle a qualifié de « pressentiment » et « d’intuition » sur France Inter le 28 mai -, elle a réaffirmé à Jean-Jacques Bourdin, le 3 juin (à partir de 13’11 ci-dessous) : « Je ne regrette qu'une chose, c'est d'avoir répondu au téléphone à Ariane Chemin au lendemain de l'élection. En dehors de ces propos que je regrette, je ne regrette pas de m'être engagée pour la ville de Paris. »