Ecoles : Pourquoi le dispositif sport-santé-culture-civisme (2S2C) suscite tant de critiques ?

EDUCATION Le dispositif 2S2C (sport-santé-culture-civisme) consiste à proposer des activités aux élèves qui ne peuvent pas être accueillis en classe actuellement

Delphine Bancaud

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Des élèves lors d'une activité sportive le 18 mai 2020 à Pacy-sur-Eure.
Des élèves lors d'une activité sportive le 18 mai 2020 à Pacy-sur-Eure. — Jacques Witt/SIPA
  • Mis en place pour la réouverture des écoles le 11 mai, le dispositif 2S2C (sport-santé-culture-civisme) concerne désormais 1.000 communes en France, a indiqué le ministre de l’Education ce jeudi, lors d’un déplacement.
  • Il permet d’accueillir des enfants qui ne peuvent pas être en classe, compte tenu des effectifs limités définis par le protocole sanitaire.
  • Mais ce dispositif est critiqué par les maires, certains syndicats enseignants et la FCPE, tant pour sa mise en œuvre que pour sa finalité.

C’est un nouveau-né dans le système éducatif et il ne fait pas l’unanimité. Annoncé par Jean-Michel Blanquer le 21 avril et créé au moment de la reprise de l’école le 11 mai, le dispositif 2S2C (sport-santé-culture-civisme) consiste à proposer aux élèves des activités pendant le temps scolaire, complémentaires de leurs apprentissages. Le moyen de prendre en charge des enfants la semaine lorsqu’ils ne peuvent pas être en classe, afin que leurs parents puissent aller travailler. Car actuellement, si 80 % des écoles ont été rouvertes, seulement 22 % des écoliers sont accueillis, le plus souvent par roulement, une ou deux journées par semaine. « Ça nous permet d’accueillir les enfants sur l’ensemble du temps, du lundi au vendredi », a insisté ce jeudi le ministre de l’Education nationale lors d’un déplacement.

Les 2S2C sont mis en place par les communes volontaires. Plusieurs villes se sont déjà engagées dans ce dispositif : Bordeaux, Le Havre, Marseille, Strasbourg, Avignon, Caen, Toulon… Mais aussi de plus petites communes. « Demain soir, on sera à 1.000 conventions signées avec des communes », a indiqué ce jeudi Jean-Michel Blanquer. Et le long du mois de juin, d’autres conventions seront signées. Au programme, des activités variées, selon les possibilités des communes : course, parcours de motricité, danse, ateliers d’arts plastiques, de théâtre, activités autour du développement durable…

« Cela entraîne une rupture d’égalité territoriale »

Un dispositif qui semble alléchant, mais qui suscite pourtant bien des critiques. C’est tout d’abord sa mise en place sur le terrain qui pose question. « Les communes éprouvent des difficultés à recruter des animateurs pour encadrer ces activités. Cela pose aussi un problème financier. Car l’aide de l’Etat de 110 euros par vacation de 6 heures, pour rémunérer les animateurs municipaux, est insuffisante », explique Agnès Le Brun, porte-parole de l’Association des maires de France (AMF) en charge de l’éducation.

Et comme lors de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, force est de constater que toutes les communes ne sont pas logées à la même enseigne pour orchestrer avec brio ce dispositif : « Cela entraîne une rupture d’égalité territoriale. Car les grandes villes ont les moyens humains et les locaux de proposer des activités de qualité, au contraire des communes rurales », estime Agnès Le Brun. Une critique aussi formulée par le Se-Unsa : « À ce jour, peu de communes ont fait le choix de mettre en œuvre le dispositif et, lorsqu’il existe, il se limite à proposer un service de garderie aux élèves que les écoles ne peuvent accueillir, loin des enjeux éducatifs visés », déclare le syndicat dans un communiqué. Le contexte électoral d’entre deux tours des municipales n’est sans doute pas étranger au fait que certaines municipalités, soucieuses d’offrir une aide à leurs électeurs parents, se soient lancées dans l’aventure…

« Un galop d’essai pour aller vers un modèle à l’allemande » ?

Les 2S2C interrogent aussi à plus long terme. S’agit-il d’un dispositif transitoire ou va-il perdurer à la rentrée ? Jean-Michel Blanquer l’a laissé entendre ce jeudi. « Le dispositif a vocation à continuer dans les temps à venir », a-t-il indiqué. « Ce qui est important entre le temps scolaire et périscolaire est qu’il n’y ait pas de cloison étanche », a-t-il ajouté. « Il s’agit d’avoir cette vision complète des temps scolaires, cela peut représenter un progrès pour notre système scolaire. 2S2C est à la fois une réponse immédiate, mais aussi structurelle pour le développement des activités sportives et culturelles des enfants », a-t-il renchéri, en rappelant que des établissements avaient déjà expérimenté ce type de dispositif.

« On a le sentiment que Jean-Michel Blanquer prépare les esprits à ce que les 2S2C existent encore à la rentrée. Et qu’il s’agit d’un galop d’essai pour aller vers un modèle à l’allemande, avec la classe le matin et des activités l’après-midi », déclare Agnès Le Brun. Dans une interview à 20 Minutes l’an dernier, Jean-Michel Blanquer avait déjà fait part de sa volonté de développer les expérimentations permettant de bouleverser les rythmes scolaires, en donnant notamment plus de place au sport l’après-midi.

« L’Education dépend d’une politique nationale, pas locale »

Une perspective qui ne réjouirait pas Rodrigo Arenas, co-président de la Fcpe, première association de parents d’élèves : « Ce serait une manière de substituer du temps scolaire aux communes. Or, ce qui se passe pendant le temps scolaire doit reposer sur un projet éducatif voté par les conseils d’écoles. Et l’Education dépend d’une politique nationale, pas locale », estime-t-il. Le fait de confier des activités autour du civisme, par exemple, à des acteurs extérieurs à l’Education nationale, pose problème selon lui : « L’enseignement des valeurs de la République pourrait être dévoyé et refléter des visions idéologiques de certaines municipalités », s’inquiète-t-il.

Cette hypothèse d’un déploiement plus pérenne des 2S2C fait aussi grincer des dents chez Sud Education : « Le projet consiste en effet à externaliser ce qui concerne le sport et les activités artistiques vers les collectivités. Que ce soit dans le premier ou le second degré, ces enseignements font intégralement partie des missions des personnels enseignants. Pour Blanquer, il s’agit là d’une nouvelle opportunité de recentrer les apprentissages scolaires sur le “lire-écrire-compter” », déclare le syndicat dans un communiqué. De son côté, le SNUipp estime que les 2S2C posent un problème « d’empiétement sur le domaine scolaire ». Un débat qui pourrait prendre plus de vigueur encore à la rentrée.