Lyon : Qui est Pauline Jaricot, cette laïque que le Pape va béatifier ?

RELIGION Figure de proue du catholicisme social, Pauline Jaricot devrait être béatifiée au cours de l’année 2021

Caroline Girardon
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La pape François a ouvert la voie à la béatification de la Lyonnaise Pauline Jaricot.
La pape François a ouvert la voie à la béatification de la Lyonnaise Pauline Jaricot. — Grzegorz Galazka/SIPA
  • Le Pape François a ouvert la semaine dernière la voie à la béatification de la Lyonnaise Pauline Jaricot.
  • Cette laïque, née au XIXe siècle et issue d’un milieu aisé, a radicalement changé de vie pour servir les plus démunis.
  • Missionnaire, elle incarne l’une des figures de proue du catholicisme social.

Sorti des milieux catholiques, son nom reste relativement inconnu. Même à Lyon, ville qui l’a vu naître. Pauline Jaricot va être béatifiée par le pape François. L’annonce a été faite il y a quelques jours. Pour l’instant, la date n’a pas été arrêtée mais l’événement pourrait intervenir au cours de l’année 2021.

L’occasion de se pencher sur le parcours de cette laïque qui a radicalement changé de vie pour se consacrer aux plus nécessiteux. Une femme élevée dans un milieu social aisé mais dans « la culture de l’humilité et de la charité ». Une militante d’avant l’heure qui a été de tous les combats, poussée par une foi profondément ancrée. « C’est une belle figure qui parle à beaucoup et à tous les âges », résume Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle, directeur des œuvres pontificales missionnaires.

Changement de vie à 17 ans

Née en 1799 au sein d’une famille de soyeux, Pauline Jaricot (dont la maison se visite à Lyon) va avoir une révélation dix-sept ans plus tard à l’issue d’un prêche sur la vanité, prononcé lors d’une messe célébrée en l’église Saint-Nizier. « Coquette adolescente et mondaine, elle était séduite par les illusions du monde. Mais ce jour-là, elle va tout changer. Elle va prendre la décision d’abandonner tout ce qui pouvait être superficiel », raconte l’archevêque.

Elle quitte ses bijoux, abandonne ses belles toilettes pour simplement se vêtir comme les ouvriers de son père. Elle se tourne vers les autres. Epouse la cause des canuts, obligés de se pencher sur leurs métiers Jacquart 19 heures par jour. Elle s’active à visiter les pauvres, les détenus dans les prisons, à soigner les malades, à recueillir les enfants des rues. Elle épaule les prostituées qui arpentent la rue Mercière, les fait embaucher dans l’usine de Saint-Vallier que dirige son beau-frère. Elle crée « La banque du ciel », une œuvre de prêts gratuits pour aider les ouvriers. Elle rachète une fonderie dans le Vaucluse qu’elle ambitionne de transformer en usine modèle où les salariés seraient rétribués généreusement. Une pionnière en son temps.

Une figure d’époque très contemporaine

Tout au long de sa vie, Pauline Jaricot va évangéliser à sa façon, sans jamais renoncer à son état laïc. Et en faisant des émules un peu partout dans le monde. « A la fin de sa vie, le Rosaire Vivant qu’elle a lancé [chaîne de prières] comptait plus de 2,2 millions d’inscrits. C’est assez incroyable car la médiatisation n’était pas la même et les réseaux sociaux n’existaient pas », rappelle en souriant Georges Colomb.

« Pauline Jaricot est une femme qui avait une vision très large et très étonnante. Elle a embrassé tous les malheurs de son temps avec cet objectif de remettre les gens debout. Elle est animée par l’envie de redonner de la dignité aux personnes. Son engagement social est vraiment la conséquence de sa foi », résume Gaëtan Boucharlat de Chazotte, vice-président de l’association des amis de Pauline-Jaricot qui voit en elle un « modèle », « une figure qui reste d’actualité ».

« Pauline Jaricot a vécu dans une période de grands bouleversements. Le pays était en pleine révolution. L’Eglise était à plat. Il n’y avait plus de prêtres dans les paroisses. La vie spirituelle était retombée et tout était à reconstruire. Il y a des parallèles entre son époque et celle d’aujourd’hui », observe-t-il. « La crise engendrée par l’épidémie de coronavirus​ soulève désormais des questions sur la façon de voyager, de pratiquer le tourisme, de vivre différemment. La figure de Pauline Jaricot peut certainement inspirer de nombreuses personnes qui s’interrogent sur la superficialité », conclut Mgr Colomb.