Oui, l’interpellation d’un homme immobilisé par un genou sur le cou a bien été filmée à Paris

FAKE OFF Les images d’une interpellation à Paris rappelant celle ayant entraîné la mort de George Floyd aux Etats-Unis sont devenues virales sur les réseaux sociaux

Alexis Orsini

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Une voiture de police à Paris, le 24 mars 2020. (illustration)
Une voiture de police à Paris, le 24 mars 2020. (illustration) — PHILIPPE LOPEZ / AFP
  • La mort de George Floyd, un Afro-américain immobilisé au sol pendant de longues minutes par un policier maintenant son genou sur sa nuque, donne lieu depuis quelques jours à des manifestations contre les violences policières à Minneapolis (Minnesota) comme dans le reste des Etats-Unis.
  • Les images de son interpellation ont marqué les esprits et sont aujourd’hui comparées avec celles d’une arrestation similaire qui aurait été filmée dans le 20e arrondissement de Paris, jeudi 28 mai.
  • Cette vidéo virale a bien été filmée à cette date et dans ce quartier, comme a pu le vérifier 20 Minutes.

Edit du 31 mai : mise à jour de l'article avec les précisions de Danielle Simonnet.

« Pas besoin d’aller jusqu’à Minneapolis pour trouver un George Floyd […], nous avons cela ici ! », « Au lendemain du meurtre barbare de George Floyd aux Etats-Unis, aujourd’hui cette scène se passe en France dans le 20e arrondissement [de Paris] »…

Sur Facebook, la vidéo d’une interpellation rappelant celle, également filmée, de George Floyd, un Afro-américain décédé à l’hôpital après avoir été immobilisé au sol par un policier qui a maintenu sa jambe sur sa nuque pendant de longues minutes – tandis qu’il répétait, allongé sur le ventre, « je ne peux pas respirer » –, est relayée par de nombreux internautes.

On y voit un homme, allongé au sol sur le dos, entouré de plusieurs policiers cherchant à le maintenir immobile. Tandis que le vidéaste filmant la scène s’écrie « Pourquoi il écrase sa tête, frère ! », l’un des policiers maintient en effet son genou sur le cou de l’homme pendant plusieurs secondes, puis sur son visage alors qu’il se débat, et enfin de nouveau sur son cou, avant de relâcher sa pression et de le saisir par les jambes.

A en croire la légende accompagnant la plupart des reprises de cette vidéo, la scène aurait été filmée jeudi 28 mai à Paris, soit quelques jours après la mort très médiatisée de George Floyd à Minneapolis – et alors que les manifestations contre les violences policières se poursuivent outre-Atlantique, où cette technique d’immobilisation est connue pour ses graves dangers.

FAKE OFF

Cette interpellation a bien été filmée dans la capitale, plus précisément au croisement entre la rue Léon-Frapié et la rue des Fougères, dans le 20e arrondissement, comme on peut le vérifier sur Google Street View, où l’on retrouve certains détails visibles en arrière-plan : l’arrêt de bus et l’immeuble, la forme du marquage de signalisation sur le sol.

Le croisement de la rue des Fougères et de la rue Léon Frapié, dans le 20e arrondissement de Paris.
Le croisement de la rue des Fougères et de la rue Léon Frapié, dans le 20e arrondissement de Paris. - capture d'écran/Google Street View

Une autre vidéo de la scène, filmée sous un angle légèrement différent, permet en outre de constater la présence de plusieurs témoins pendant l’interpellation.

Contactée par 20 Minutes, la Préfecture de police confirme que ces images correspondent à « l’interpellation le 28 mai, vers 21 heures, dans le 20e arrondissement de Paris, d’un individu pour des faits de conduite malgré une annulation de permis de conduire, de conduite sous l’emprise de stupéfiants et d’un état alcoolique, et d’outrage et rébellion. »

« Cette intervention s’est déroulée dans un contexte difficile lié à la résistance de l’individu à son interpellation et à la présence d’une foule hostile », poursuit la préfecture de police.

Vendredi 29 mai, Danielle Simonnet, conseillère de Paris et candidate LFI aux élections municipales, relayait toutefois sur son compte une version légèrement différente de cette interpellation, en citant des témoignages d’habitants du quartier rencontrés lors de sa visite.

« La personne à terre avait été auparavant l’objet d’un contrôle d’identité dont on ignore le motif alors qu’elle était dans une voiture. À peine sortie du véhicule, elle aurait été victime d’une balayette d’un agent de police. À terre, elle a été menottée. Puis la vidéo… Des jeunes présents aux alentours ont ensuite subi les gaz lacrymogènes alors qu’il n’y avait selon les témoignages des présents rien de particulier le justifiant. »

Jointe par 20 Minutes, elle précise : « Dès que j'ai vu la vidéo tourner sur les réseaux sociaux, le lendemain, je me suis rendue sur place pour comprendre ce qui s'était passé et prendre des nouvelles de la personne interpellée. Au croisement en question, il y a une épicerie, et, à proximité, des terrains d'activité physique, donc les personnes présentes ont assisté à la scène. Comme je le dis dans les tweets, je ne fais que relayer des témoignages oraux du quartier, je ne suis pas habilitée à dire la vérité sur l'interpellation mais à faire en sorte que la lumière soit faite dessus car rien ne justifie qu'on pratique un tel geste sur une personne immobilisée. » 

« J'ai prévenu la Ligue des droits de l'homme, qui peut saisir le défenseur des droits, ainsi qu'une association qui traite des violences policières. Nous avons prévu de retourner dans le quartier pour encourager les jeunes à témoigner dans ce genre de situation. Et je vais également écrire au préfet de police pour demander une enquête interne », ajoute Danielle Simonnet. 

Contactés par 20 Minutes, plusieurs internautes affirmant avoir été témoins de la scène n’avaient pas donné suite à nos sollicitations avant la parution de l’article.