Déconfinement : Masques, distances… L’application des mesures sanitaires est-elle impossible en discothèque ?

FIESTA « 20 Minutes » a interrogé des acteurs du monde de la nuit en Occitanie sur la possibilité ou non d'appliquer les gestes barrières et autres mesures sanitaires sur les dance floor

Nicolas Bonzom
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En discothèque (illustration)
En discothèque (illustration) — CARO FOTOS/SIPA
  • Les discothèques devront rester fermées jusqu’au 21 juin (au moins).
  • Il semble très périlleux pour les établissements de nuit de préparer leur réouverture, tant l’application des mesures sanitaires semble difficile pour eux.

Les fêtards attendront. Jeudi, le Premier ministre Edouard Philippe a indiqué que les discothèques, lieux de promiscuité par excellence, resteraient fermées jusqu’au 21 juin (au moins), en raison du Covid-19. Mais au-delà, comment envisager la réouverture des dance floors, si les gestes barrières sont encore en vigueur ?

Jeudi, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) a édité un guide très détaillé, à l’usage des restaurants, des hôtels, mais aussi des discothèques, afin d’aiguiller les établissements dans la préparation de leur périlleuse réouverture. Parmi les mesures évoquées par le syndicat à l’attention des boîtes de nuit : le port du masque pour se déplacer ou rester debout, le lavage des mains à l’entrée et à la sortie, un nombre de personnes limité dans les fumoirs, aucun contact avec le DJ, des commandes à distance via des fiches à compléter (par exemple), et des verres à usage unique.

« Je vois mal les gens au bar, avec un masque »

Ces mesures, adoubées par les services de l’Etat, ont été rédigées « à partir de celles émises en début de semaine par le Haut conseil de la Santé publique », indique ce vendredi le syndicat à 20 Minutes. Mais les discothèques avancent à tâtons, devant la difficulté à imaginer des mesures sanitaires strictes dans des lieux aussi bouillonnants.

Pour un établissement comme la Dune, à la Grande-Motte (Hérault) qui peut accueillir jusqu’à 1.500 à 2.000 personnes par soirée, l’équation est par exemple un peu complexe. « Il semble assez compliqué, dans une discothèque, de garder des distances entre les clients, confie Marie Gilant, membre de l’équipe du club héraultais. Une discothèque est un lieu de rencontres, de partage, si tout le monde reste à un mètre, avec un masque, et n’a pas le droit de bouger, il n’y a plus aucun intérêt à une discothèque, c’est certain. » « Je vois mal les gens être au bar, avec un masque, note Anthony Fernandez, le DJ résident du Pulp, une discothèque située sur la route des plages, à Lattes (Hérault). Une boîte de nuit reste un lieu de convivialité. »

« Il faut se réinventer »

Pour Pascal Priore, qui dirige avec Frédéric Martin les discothèques la Villa, à Gruissan (Aude) et l’Imprévu, à Narbonne (Aude), les mesures évoquées par l’UMIH seront difficilement applicables. « Les distances, les masques, c’est impossible en boîte de nuit, aucune ne pourra, témoigne l’entrepreneur. Une discothèque, c’est exactement l’inverse de ce qui arrive en ce moment. Nous espérons que l’Etat dise, lorsque nous pourrons ouvrir, que la distanciation et le port du masque ne sont plus obligatoires. A Gruissan, le club étant en grande majorité en plein air, cela ne devrait pas poser de problème. Puisque l’on peut très bien aller faire les courses sans masque et sans distanciation. »

« C’est faisable, mais cela demande une sacrée organisation, témoigne de son côté un ancien responsable d’une discothèque de Montpellier (Hérault). Il faut se réinventer, pour continuer à faire la fête, mais en sécurité. Les clients devront aider les établissements, en respectant ces mesures. Mais il reste la question des gens qui dansent… »

Des clients impatients

Il reste une autre inconnue, dans le monde de la nuit : les établissements tiendront-ils le choc financièrement ? « C’est un très gros coup, nous avons dû faire des prêts, confie Pascal Priore, le patron de la Villa et de l’Imprévu. Et les prêts, il faut les rembourser. Nous allons donc devoir faire plus de bénéfice qu’avant. Ce sera très compliqué. »

Du côté des clients, en tout cas, l’impatience est grande. Depuis les annonces du Premier ministre, l’équipe de la Dune, à la Grande-Motte, confie avoir reçu des tas de messages de fidèles, qui trépignent de retrouver le club qui les fait danser chaque année, à l’arrivée des beaux jours. « Beaucoup, beaucoup de messages, reprend Marie Gilant. Tous veulent savoir quand aura lieu la réouverture. Mais nous ferons tout pour rouvrir la Dune, quand ce sera possible. Nous sommes optimistes ! »