Coronavirus : Pour «éviter les angles morts», des dépistages gratuits dans les quartiers populaires

REPORTAGE A Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise, près de 200 personnes ont pu bénéficier gratuitement d’un test de dépistage du coronavirus ce jeudi

Caroline Politi

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A Villiers-le-Bel, les habitants peuvent se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous
A Villiers-le-Bel, les habitants peuvent se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous — Caroline Politi/20 Minutes
  • Chaque jour ou presque, des campagnes de dépistage sont organisées par l’Agence régionale de santé francilienne dans les quartiers populaires.
  • Les rendez-vous sont gratuits et sans rendez-vous. L’objectif est de pallier les difficultés d’accès aux soins que rencontrent les populations les plus vulnérables.

Bolili aura patienté près de deux heures sous un soleil de plomb. « Ça valait le coup, sourit ce fringant quadragénaire, un chapeau de paille vissé sur le crâne. Je saurai demain si j’ai ou non le coronavirus ». Bien qu’il ne présente aucun symptôme et se sente « en pleine forme », cet habitant de Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise – l’un des départements les plus touchés par l’épidémie – n’a pas hésité une seconde lorsqu’il a appris qu’un centre mobile de dépistage s’arrêtait ce jeudi en plein cœur de la ville, sur la place du marché. « Ça me rassure, j’ai fait attention depuis le début du déconfinement mais on ne sait jamais. »

Depuis une dizaine de jours, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France et l’AP-HP organisent une campagne de dépistage du Covid-19 dans les quartiers populaires de la région, gratuite et sans rendez-vous. « Ce genre d’opération nous permet de savoir où en est réellement la circulation du virus et ainsi éviter les angles morts, explique Aurélien Rousseau, le directeur de l’ARS. Dans ces villes, la population est plus éloignée des soins alors même que cette épidémie frappe plus durement des gens avec des pathologies liées à la précarité. » Ce jeudi en début d’après-midi, une cinquantaine de personnes patientent. Si bien qu’il est difficile, dans la file d’attente comme sous les tentes, de faire respecter la distanciation sociale. « Comme il fait chaud, les gens cherchent l’ombre et oublient la règle des un mètre », déplore une bénévole.

« C’est autant pour me rassurer, que pour rassurer mon entourage »

« Vous avez des symptômes ? De la toux, de la fièvre ou une perte d’odorat ? Et vous avez été en contact avec des personnes malades ? », questionne Laura, étudiante en seconde année de médecine. Ferdine se sent en forme mais cette employée de La Poste, qui ne s’est pas arrêtée de travailler pendant le confinement est inquiète. Plusieurs de ses collègues ont été malades. « Ce test, c’est autant pour me rassurer, que pour rassurer mon entourage. Je n’ai pas de comorbidités mais j’ai plus de cinquante ans. »

Officiellement, seules les personnes présentant des symptômes, considérées comme à risque ou ayant été en contact avec des malades peuvent accéder au test. Dans les faits, tous ceux qui se présentent sont testés. « On ne refuse personne. On a très peu de personnes présentant des symptômes mais ils ont pu être en contact avec des gens porteurs du virus sans le savoir », explique un bénévole. Pour faciliter l’accueil, des associations guident les volontaires, assurent la traduction lorsque c’est nécessaire ou les aident dans leur démarche.

A Villiers-le-Bel, les habitants peuvent se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous
A Villiers-le-Bel, les habitants peuvent se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous - Caroline Politi/20 Minutes

La peur de contaminer les autres, c’est ce qui a poussé Samuel et Rosa-Linda à venir se faire tester en famille. « On veut s’assurer qu’on n’est pas des porteurs asymptomatiques, explique cette dernière. Ma mère, qui vit avec nous, a des comorbidités, elle a 71 ans, du diabète donc depuis le début de l’épidémie, on ne prend aucun risque. » Ils ne sont presque jamais sortis de chez eux pendant le confinement, préférant se faire livrer les courses et restent confinés depuis le 11 mai. Mais dès lundi, le couple reprendra le chemin du travail. « Forcément, ça nous inquiète, parce que les gens ne sont pas aussi prudents que nous. Mais au moins, on saura qu’on n’est pas un danger pour les autres », poursuit son mari.

« Le doute n’était pas vraiment permis »

La semaine dernière, les autorités de santé ont cru détecter un foyer lors d’un dépistage à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis : sur une centaine de personnes testées, huit ont été positives. Trois nouvelles campagnes ont immédiatement été organisées dans la ville, dont les résultats ont été beaucoup plus rassurants. Ce jeudi, le médecin présent sur l’installation de Villiers-le-Bel a envoyé sans attendre des brigades « Covisan » chez deux familles pour lesquels « le doute n’était pas permis ». « Dans un cas, l’homme qui s’est présenté n’avait plus d’odorat et dans le second, les enfants d’une femme testée positive voulaient revenir avec leur père, également malade. Autant ne pas prendre de risque », insiste le praticien. Ces équipes sont chargées d’effectuer des tests auprès des autres personnes vivant dans le foyer mais surtout de remonter autant que possible la chaîne de contaminations.

D’autres brigades pourraient être envoyées si des tests effectués sur la journée revenaient positifs. « Depuis quelques jours, beaucoup d’indicateurs sont encourageants, il y a moins de passages aux urgences pour des suspicions de Covid ou d’appels au Samu, le taux de positivité des tests a beaucoup baissé mais on aurait tort de se dire que la situation est sous contrôle, insiste Aurélien Rousseau. Si un foyer passe sous les radars, l’épidémie pourrait repartir de plus belle. » 

Si l’opération de dépistage est plébiscitée par les habitants, certains auraient néanmoins préféré se voir proposer un test sérologique, qui permet de déterminer si des anticorps contre le Covid-19 ont été développés. C’est le cas de Farida, persuadée d’avoir été contaminée début mars, comme une partie de sa famille. « Encore aujourd’hui, je me sens très essoufflée et fatiguée mais on ne m’a jamais fait le test », confie la jeune femme qui envisage de se faire prescrire une prise de sang si les résultats du test ne sont pas concluants.