Déconfinement : Quel est l’intérêt de rouvrir les lycées pour un mois ?

EDUCATION La reprise sera différenciée selon que les établissements sont en zone verte ou orange

Delphine Bancaud

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Le lycée Jean De La Fontaine le 16 mars 2020.
Le lycée Jean De La Fontaine le 16 mars 2020. — Louise MERESSE/SIPA
  • Dans les départements classés verts, « les lycées vont rouvrir et accueillir progressivement les élèves, au moins sur l’un des trois niveaux », a déclaré Jean-Michel Blanquer ce jeudi.
  • Autre donne pour les lycées dans les départements classés orange (Ile-de-France, Mayotte et Guyane) : les lycées professionnels rouvriront en priorité.
  • Malgré le fait qu’il ne reste qu’un mois de classe, cette réouverture des lycées n’est pas dénuée d’intérêt.

Leurs sacs à dos Eastpack vont bientôt resservir. Les lycéens reprendront bien le chemin de leurs établissements en juin , a annoncé ce jeudi le Premier ministre, Edouard Philippe. Avec des nuances selon leur lieu d’habitation. Dans les départements classés verts, « les lycées généraux, technologiques et professionnels vont rouvrir et accueillir progressivement les élèves, au moins sur l’un des trois niveaux », seconde, première ou terminale, dans un premier temps, a déclaré Jean-Michel Blanquer.

Autre donne pour les lycées dans les départements classés orange (Ile-de-France, Mayotte et Guyane) : les lycées professionnels rouvriront en priorité, mais pour « les élèves qui ont besoin de certification professionnelle » dans un premier temps, à savoir ceux de terminale et de CAP. Dans les lycées généraux et technologiques, il n’y aura pas de cours à proprement parler. Mais « les élèves seront accueillis sur convocation de l’équipe éducative, pour des entretiens individuels » lors desquels les élèves évoqueront « leurs difficultés pendant le confinement, leurs besoins pédagogiques, leur projet d’orientation », explique l’entourage de Jean-Michel Blanquer à 20 Minutes. Et certains élèves pourront participer à des travaux en petits groupes. Une reprise de contact, même brève, que justifie le ministre de l’Education : « Tout élève a vocation à retrouver physiquement son établissement et à avoir un entretien individuel qui peut être un cours en petit comité. Ce n’est pas la rupture d’un lien, mais l’aménagement des choses », a précisé le ministre de l’Education. Et quelle que soit la zone dans laquelle ils se trouvent, les lycéens de 1re n’auront pas à passer l’oral du bac de Français, qui est annulé . L’épreuve sera validée par le contrôle continu.

« On pourra préparer les élèves de terminale qui doivent passer l’oral de rattrapage »

Une rentrée très différenciée qui appelle des commentaires : « C’est une réouverture à minima et très floue », estime Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU. Pour les lycées de la zone verte, plusieurs questions se posent, selon elle : « Quel niveau sera concerné dans un premier temps ? Quels élèves seront accueillis prioritairement ? ». La date de réouverture des lycées en zone verte interroge aussi : « Cela demande une organisation collective qui prend du temps. On voit mal comment on sera prêt dès le 3 juin », poursuit la syndicaliste. Un avis que partage Héloïse Moreau, la présidente du syndicat lycéen UNL « Ce n’est pas possible de réunir les conditions pour faire appliquer le protocole sanitaire dans les classes, à la cantine… » estime-t-elle.

Malgré ces doutes et le fait qu’il ne reste qu’un mois de classe, cette réouverture des lycées n’est pas dénuée d’intérêt. C’est « une urgence sociale », a de nouveau martelé Jean-Michel Blanquer, conscient de la distance qui s’est opérée entre l’institution scolaire et certains élèves pendant le confinement. Du coté de la communauté éducative, si on conteste la méthode du gouvernement, on ne remet pas en cause la finalité de cette reprise du lycée. « On pourra préparer les élèves de terminale qui doivent passer l’oral de rattrapage et tenter de remettre à niveau les élèves en difficulté », espère Sophie Vénétitay. « Les lycéens qui n’ont pas pu suivre une scolarité normale pendant le confinement ont besoin d’acquérir un maximum de compétences avant d’entrer dans l’enseignement supérieur. Et il faut éviter que ceux qui ont pris des distances avec le lycée soient définitivement dégoûtés des cours », déclare Héloïse Moreau.

« Chaque semaine de cours gagnée compte » en lycée pro

Pour Pascal Vivier, secrétaire général du Snetaa Fo, syndicat majoritaire des enseignants de lycées professionnels, la réouverture de ces établissements était impérative : « Car pendant le confinement, on a perdu 50 % des jeunes en CAP et de 25 à 30 % de ceux inscrits en bac pro. On ne pourra pas faire raccrocher tous les décrocheurs, mais chaque semaine de cours gagnée compte pour relever ce défi. On va pouvoir proposer des cours de remise à niveau, rechercher des lieux de stages et aider les élèves à penser leur projet d’orientation ».

Concernant le dispositif prévu pour les lycées classés en zone orange, l’intérêt de les faire revenir pour un entretien individuel suscite quelques débats : « Il faut avant tout que cet entretien se focalise sur l’état psychologique des élèves, car beaucoup d’entre eux ont vécu des choses très difficiles lors du confinement », insiste Héloïse Moreau. « Cela va permettre de réinscrire les élèves dans un collectif et de leur donner des conseils pour préparer leur rentrée pendant l’été », ajoute Sophie Vénétitay. Quant aux séances de travail en petit groupe, « il est impératif qu’ils s’adressent en priorité aux élèves en difficulté », estime la syndicaliste. Un contact avec le lycée qui sera certes bref, mais permettra de repartir sur de meilleures bases.