Déconfinement à Toulouse : Comment les enquêteurs sanitaires « tirent le fil de la pelote » pour traquer le virus

COULISSES A Toulouse, 35 agents volontaires traquent le virus par téléphone en remontant les cas contacts pour « casser la chaîne de contamination ». En trois semaines de déconfinement, ils ont ouvert 135 enquêtes

Hélène Ménal

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Les entretiens téléphoniques avec les patients zéeo sont longs et exhaustifs. Illustration.
Les entretiens téléphoniques avec les patients zéeo sont longs et exhaustifs. Illustration. — Serge Pouzet - Sipa
  • Les plateformes « Contact Tracing » sont chargées 7 jours sur 7 de remonter les cas contacts des nouveaux malades.
  • A Toulouse, 35 agents volontaires de la Sécurité sociale assurent cette traque par téléphone, avec tact et humanité.
  • En trois semaines de déconfinement, ils ont remonté les cas contacts de 135 personnes Covid positives, un nombre plutôt rassurant.

« Est-ce que vous avez eu les résultats de ce test ? » Stéphanie*, l’agente de la Sécurité sociale pose la question avec chaleur et tact. Le verdict du test, elle le connaît déjà. Et il est positif, sinon elle ne téléphonerait à ce « patient zéro ». Généralement, le malade est déjà au courant mais on ne sait jamais. S’il faut lui annoncer tout à trac qu’il est atteint du Covid-19, c’est un médecin qui prend le relais. Mais pour ce jeune homme joint ce jeudi, la mauvaise nouvelle semble digérée. Stéphanie peut continuer : « D’abord, est-ce que vous allez bien ? » puis « Avez-vous quelques minutes pour répondre à un petit questionnaire ? » ou encore « Avez-vous des masques ? ».

Une agente de la plateforme

Ces questions, les 35 agents volontaires de la plateforme « Contact tracing » de Toulouse les ont rabâchées 135 fois, pour les 135 cas nouveaux cas détectés en deux semaines pile dans la Haute-Garonne. « Nous traitons en moyenne 10 cas nouveaux par jour ce qui est largement en dessous de ce qui avait été estimé », indique Stéphane Cobigo, le directeur adjoint de la CPAM 31. Sans pic, pour l’instant, même si sept nouveaux noms sont apparus ce jeudi matin sur le logiciel « maintenant bien rodé » qui relie médecins généralistes et laboratoires à cette cellule, très loin du centre d’appel qu’on imagine.

Quelques « patients zéro » demandent l’anonymat

Les agents ont réquisitionné sur trois étages les locaux désertés de l’Espace Santé de la place Saint-Etienne, en plein centre-ville. Pour remonter les cas contacts et « casser les chaînes de contamination », les « appelants » enquêteurs, un métier très féminisé, sont souvent seuls dans un bureau au nom de planète, comme « Saturne » ou « Vénus ». Ils sont donc au calme « pour l’entretien, long et humain » avec les patients zéro.

Des malades, forcément angoissés, mais qui à quelques exceptions près « apprécient la démarche », souligne Nathalie Lagrâce, la responsable de la cellule. Ils comprennent le principe de cette enquête sanitaire. En revanche, il peut y avoir des « réactions plus tendues » et des conversations « plus délicates » avec les cas contacts parfois surpris qu’on les appelle pour leur demander d’aller se faire dépister. Il y a aussi les patients zéro qui demandent à rester anonymes auprès de leurs cas contacts « ce qui complique un peu les questions », précise-t-elle.

Un repas de déconfinement et une ermite

Quelque 300 personnes contacts ont été jointes en deux semaines. C’est peu. « Parce que ça ne concerne qu’un éventuel contact prolongé et rapproché, sans masque et dans un espace confiné », explique Jean-Yves Fatras, le médecin référent de la plateforme. Il n’était pas rare au début du déconfinement que l’enquête se cantonne au conjoint, même si « cette semaine, les listes s’allongent ». En plus, si le patient zéro travaille dans une école, un Ehpad, bref une collectivité sensible avec risque de cluster, « Contact Tracing » passe la main aux brigades de l’agence régionale de Santé.

Pour les cas plus « ordinaires », la cellule se donne « 4 heures à partir du signalement pour tirer le fil de la pelote », assure Nathalie Lagrâce. « Exhaustivité et rapidité » guident la réussite de la mission. Pour preuve, certains patients zéro de ce jeudi matin s’avèrent être les cas contacts d’un patient zéro de la semaine dernière : « le repas de famille » de déconfinement a mal tourné mais le dépistage a fonctionné.

Il y a malgré tout un cas contact qui met les bureaux de la place Saint-Etienne en effervescence. Une dame, injoignable depuis plusieurs jours malgré les appels et SMS. « Mais notre équipe est motivée et la mission est importante », insiste la responsable. La plateforme a accès aux dossiers du service médical de la Sécurité sociale, mutuelle éventuelle, pharmacie où elle aurait ses habitudes… sans évidemment trahir le secret médical. Les détectives sanitaires vont bien finir par la retrouver, cette ermite.

* Le prénom a été changé