Déconfinement à Nantes : Pour sauver leur bière, des bars ont trouvé un moyen de rouvrir plus tôt

A EMPORTER Pour ne pas avoir à jeter leurs fûts, certains bars nantais se sont mis à mettre en bouteille eux-mêmes leur bière

Julie Urbach

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Le bar Le Sur mesure à Nantes met lui même en bouteille sa bière pour les vendre aux clients
Le bar Le Sur mesure à Nantes met lui même en bouteille sa bière pour les vendre aux clients — J. Urbach/ 20 Minutes
  • A Nantes, plusieurs bars à bières ont déjà relevé le rideau, en adoptant un fonctionnement particulier.
  • Grâce à une machine, ressemblant à une tireuse, ils ne servent pas des verres mais des bouteilles, vendues à emporter.

« Deux IPA s’il vous plaît ». La scène était banale jusqu’au soir du 15 mars, quand tous les bars et restaurants du pays ont dû brutalement fermer leurs portes. Alors que ces établissements attendent fébrilement la date du 2 juin pour espérer revoir leurs clients, certains d’entre eux, comme à Nantes, ont pourtant déjà relevé leur rideau. « On est rouvert sept jours sur sept, entre 16h et 20h, depuis fin avril, confirme-t-on au Sur mesure. On vend environ 150 bières par soir, et encore davantage le week-end ! »

Dans ce bar à bières situé en plein centre-ville, l’ambiance n’a évidemment rien à voir avec celle d’avant le confinement : interdiction d’entrer et encore moins de consommer sur place, ni dans la rue. Ici, la bière ne s’écoule pas en pinte mais en bouteilles fermées, remplies au fût par les serveurs, que le client est invité à déguster chez lui. « En fait, on s’est transformés en cave, explique le patron, Xavier Fourdrinier, qui possède un deuxième bar à Nantes et un autre à Lorient. C’est complètement légal. » Devant le petit stand dressé à l’entrée, aidés par un soleil radieux, les habitués défilent, il y a parfois la queue. « On venait souvent ici avec mon frangin, raconte l’un d’entre eux. Donc je viens chercher nos petites bières, et ensuite je file chez lui. »

Investir dans une machine

Si le système semble plaire aux clients, c’était une nécessité pour les bars qui se sont lancés. Notamment pour ne pas avoir à jeter leurs stocks principalement composés de fûts, alors que dix millions de litres pourraient passer à la poubelle faute de clients, avait estimé le syndicat professionnel Brasseurs de France. « Les bières artisanales ont des dates assez courtes, en quelques mois seulement le goût peut s’altérer, notamment pour les plus houblonnées, illustre Francky Pinel, le gérant du bar les Chemins de Traverses, sur l’île Feydeau. Avant le confinement, je venais de recevoir 70 fûts… Je ne vous cache pas que c’était un peu la panique à bord. »

Comme une dizaine de bars de la région nantaise, il a donc choisi d’investir dans une machine (pour plusieurs milliers d’euros) permettant de servir ces « growlers », ces bouteilles d’un litre vendues en général entre 9 et 15 euros. Concrètement, comme dans une tireuse, du gaz est injecté dans le contenant afin de pouvoir le remplir. La conservation est d’environ 15 jours. « Avec le confinement, le système s’est démocratisé, confirme Amaury Le Bodo, membre de l’association Nantes Beer club. Ça permet aux gens de continuer à trouver des produits de qualité, de garder les sensations de la pression, mais chez eux. Pour les brasseries ou les bars, c’est une bonne façon de limiter la casse… »

« Rentrer dans nos frais »

Si les patrons de bar interrogés attendent évidemment avec impatience la réouverture, l’opération semble quand même avoir été gagnante. Au Sur mesure, « 90 % » des quelque 200 fûts ont été écoulés grâce à ce système, « ce qui nous a permis de rentrer dans nos frais ». « On ne fera que 30 % du chiffre d’affaires cette semaine mais c’est déjà ça, calcule de son côté Francky Pinel. Il y a le côté commercial mais aussi le côté social, convivial, que l’on a déjà pu retrouver avec le retour des habitués. » Quant à la vente à emporter, elle pourrait bien perdurer. « Ça fait réfléchir, indique le patron. Le système pourrait permettre au client qui a aimé la bière qu’on lui a servie d’en ramener une bouteille avec lui. »