Déconfinement : A voile ou à moteur, sur un canal ou en mer, le bateau sera-t-il particulièrement prisé cet été ?

LOISIRS Déjà appréciée d’ordinaire par les Français, la location de bateau sera-t-elle le moyen idéal de fuir les foules cet été ? Les réservations sont en tout cas à la hausse

Mickaël Bosredon

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Illustration bateau plaisance voilier
Illustration bateau plaisance voilier — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • La plateforme de locations de bateaux SamBoat enregistre une hausse des réservations de 32 % depuis la fin du confinement.
  • « Pour cet été, on voit de plus en plus de personnes qui se tournent vers la location pour une semaine d’un bateau habitable », indique le directeur de la start-up bordelaise.
  • Contrairement aux idées reçues, les tarifs d’un petit bateau pour quatre personnes restent abordables.

Vers des embouteillages sur l’eau cet été ? Nation maritime par excellence, la France compte quelque 35.000 bateaux, qui peuvent s’élancer sur le littoral et les 8.500 km de voies navigables ouverts à la plaisance. Et cette année, avec l'épidémie de coronavirus, la pratique du bateau pourrait s’avérer le moyen vraiment idéal de fuir la foule, et les locations atteindre des sommets.

Plateforme de mise en relation de propriétaires (particuliers et professionnels) avec des locataires, la start-up bordelaise SamBoat remarque en tout cas des réservations fortement à la hausse depuis la fin du confinement.

« De zéro à 400 demandes par jour » à la fin du confinement

« Nous sommes passés d’un extrême à l’autre, raconte Laurent Calando, directeur général et fondateur de SamBoat. Pendant le confinement nous ne faisions évidemment plus rien, mais nous n’avions même pas de réservations pour les vacances, et nous étions assez inquiets pour l’avenir de l’entreprise. Puis à partir du 12 mai ça a commencé à se réveiller, et dès qu’il a commencé à faire beau, autour du 17 mai, ça a complètement explosé. Nous nous retrouvons maintenant avec un énorme flux de demandes à gérer : en quelques jours nous sommes ainsi passés de zéro à quasiment 400 demandes par jour, ce qui représente une hausse de 32 % par rapport à la même période l’année dernière. »

Deux tendances se dégagent actuellement : « Il y a ceux qui veulent louer un bateau dès que possible, ils cherchent généralement un bateau moteur à la journée, et grâce aux lacs, aux canaux, aux rivières, et évidemment au littoral, on peut trouver à peu près partout en France un bateau à moins de 100 km de chez soi. La deuxième tendance c’est pour cet été, là on voit de plus en plus de personnes qui se tournent vers la location pour une semaine d’un bateau habitable, où les gens pourront être isolés du monde et se défouler » poursuit Laurent Calando.

« Le nautisme permet de rester entre personnes d’un même cercle »

Présent dans le monde entier, SamBoat – racheté en 2018 par le géant DreamYacht charter, mais qui reste indépendant – propose aujourd’hui 40.000 bateaux à la location dans 76 pays. Mais c’est bien le marché français qui tire la reprise de l’activité. « Avec la crise du Covid, les marchés anglo-saxons et allemands – les plaisanciers de ces pays ont l’habitude de louer des bateaux en Méditerranée l’été – se sont effondrés et ne repartent pas. En revanche, la France repart fortement, et pour cet été, beaucoup de Français qui avaient l’habitude de réserver en Espagne, en Croatie, en Grèce, réservent pour la Côte d’Azur en premier, puis la Corse et la Nouvelle-Aquitaine, et en quatrième position la Bretagne. Dans la région, le bassin d’Arcachon et La Rochelle notamment marchent très bien », analyse Laurent Calando.

Chez Nautic Bassin, un loueur du bassin d’Arcachon, on n’a pas encore senti le vent de la reprise. Mais le responsable Hugo Imbert confirme qu’il s’attend lui aussi à une hausse de son activité cet été. « Nous misons sur une activité supérieure à la normale, certainement à compter du 2 juin et aux nouvelles annonces du gouvernement. Les gens vont commencer à préparer leurs week-ends, leurs vacances, et privilégier des activités comme le nautisme qui permet de rester entre personnes d’un même cercle. » Nautic Bassin, qui propose en plus de la location de bateaux, des balades en pinasse espère aussi que l’activité de promenade en bateau avec skipper, aujourd’hui toujours à l’arrêt, pourra reprendre.

Des tarifs à partir de 600 euros la semaine

Question pratique, rappelons que le permis bateau est obligatoire pour une embarcation à moteur, mais pas pour un voilier (sans moteur en mer), même s’il va de soi qu’il faut jouir d’une solide expérience pour naviguer avec ce type d’embarcation. « Le permis bateau se passe facilement, en moins de trois jours et pour moins de 300 euros », insiste Laurent Calando, qui assure qu’il est tout à fait envisageable de passer son permis d’ici à cet été.

Les tarifs quant à eux, sont évidemment très variables selon le navire. « Mais on peut trouver des petits bateaux à moteur à partir de 600 euros la semaine pour quatre personnes, pour naviguer sur le canal du Midi par exemple, ou à partir de 800 euros pour un voilier. Contrairement à l’idée reçue, le nautisme n’est pas une activité de riche, cela revient même souvent moins cher qu’un séjour avec hébergement, restaurant et voiture », souligne le directeur de SamBoat.

L’inquiétude des sauveteurs en mer

Reste la question de la sécurité. Et là, la préfecture maritime de l’Atlantique et les secouristes surveillent avec un œil méfiant, cet éventuel afflux de plaisanciers cet été. Les sauveteurs en mer ont déjà fait part d’un nombre important d’interventions en mer entre le 21 et le 24 mai dernier. Dès le 17 mai, six plaisanciers qui s'étaient retrouvés échoués dans la vase sur le bassin d’Arcachon, avaient dû être secourus, notamment en mobilisant l’hélicoptère de la Sécurité civile. La préfecture maritime rappelait à cette occasion qu’une sortie en mer se prépare, et qu’il est notamment nécessaire de consulter les horaires des marées.

« Il y a des gens qui partent en mer comme on part en forêt, commente Frédéric Damlaimcourt, délégué de la SNSM (société nationale de sauvetage en mer) du Finistère. Ce ne sont pas des marins pros, ils naviguent de temps en temps mais ne savent pas tout, et ils commettent parfois des imprudences ».