Coronavirus à Brest : Souriez… Des couturières fabriquent un masque transparent pour les sourds et malentendants

SOLIDARITE La vision des lèvres est primordiale pour les personnes souffrant de troubles de l’audition et pour bien d’autres professions qui se montrent intéressées

Camille Allain

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A Brest, Rozenn Fichou et Mary Gourhant ont créé des masques transparents très utiles aux sourds et malentendants.
A Brest, Rozenn Fichou et Mary Gourhant ont créé des masques transparents très utiles aux sourds et malentendants. — Masques à rade
  • A Brest, l’association Masques à rade a conçu un masque de protection transparent pour faciliter la vie des sourds et malentendants.
  • Les bénévoles à l’origine de cette idée appellent à l’aide pour inciter un industriel à s’emparer de leur brevet tellement la demande est énorme.
  • La simple vue de la bouche facilite grandement la vie des personnes souffrant de troubles auditifs. Mais des orthophonistes, des personnels de crèche et des commerçants se disent également très intéressés.

Les oubliés. Alors que chacun s’accorde à dire que le port du masque est recommandé pour limiter la propagation du coronavirus, certains ont fait part de leurs difficultés face à cette mesure sanitaire. Les sourds et malentendants en font partie. Face à des individus masqués, ces derniers perdent l’un de leurs meilleurs outils : la bouche. « Pour faire passer les messages ou les recevoir, c’est primordial de pouvoir lire sur les lèvres », explique Hélène Halot, directrice adjointe de l’Urapeda Bretagne.

L’Union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs intervient au quotidien pour accompagner les personnes souffrant de troubles de l’audition. Depuis quelques jours, certains de ses formateurs sont dotés d’un masque qui leur change la vie. « Il permet de voir les expressions du visage des interlocuteurs, c’est très important pour les sourds. La communication est plus aisée, plus agréable, plus humaine », témoigne Fabrice, traducteur en langue des signes.

« J’y ai passé un temps fou »

Mais l’histoire se révèle encore plus belle quand on apprend que cette idée de masque transparent est née d’une improbable rencontre de bénévoles installées à Brest. Alors qu’elles s’affairent à concevoir des masques en tissu depuis plusieurs semaines, Rozenn Fichou et Mary Gourhant voient l’une de leurs machines à coudre rendre l’âme. Une heure plus tard, Lauren, une salariée de l’Urapeda se pointe pour leur prêter la sienne. Interprète en langue des signes, elle évoque ses difficultés à exercer son métier en raison des masques qui occultent son visage ou celui de ses interlocuteurs. « J’y ai passé un temps fou. J’ai récupéré une visière cassée et j’ai réfléchi. J’ai testé plus de 70 modèles, je me réveillais la nuit en y pensant. Mais je suis tellement fière qu’on ait pu faire quelque chose qui soit aussi utile », témoigne Mary Gourhant.

Cette ancienne couturière a passé une bonne partie du confinement à façonner des masques en tissu avec Rozenn, avec qui elle a créé la toute jeune association « Masques à rade ». « On en a fait 8.000. Peut-être 10.000, même. » Depuis quelques jours et la médiatisation de leur masque transparent, les deux nouvelles amies croulent sous les demandes. Dans toute la France, des personnes sourdes ou malentendantes les sollicitent pour obtenir la fameuse protection. « Il nous faut de l’aide, c’est urgent. Il faut qu’un industriel se mette là-dedans », insiste Mary Gourhant. Avec Rozenn, elle a déposé le brevet et un nom de marque « Marozz », contraction de leurs deux prénoms.

Des orthophonistes, des commerçants et des comédiens intéressés

Si la couturière parle d’urgence, c’est qu’elle a pu mesurer l’engouement suscité par son invention. « Nous avons testé les visières mais elles ne sont pas adaptées à la langue des signes car elles bougent au moindre contact avec les mains sur le visage. Ce masque est parfaitement conçu. Il prend même en compte les appareils auditifs que portent souvent les personnes souffrant de troubles de l’audition », insiste Hélène Halot. La directrice adjointe de l’Urapeda a donc fait un don à l’association Masques à rade et commandé 200 protections pour ses salariés. Mais elle est loin d’être la seule à être intéressée ! Depuis quelques jours, des orthophonistes, des commerçants, des patrons de restaurant, des personnels de crèche, des comédiens ont fait part de leur intérêt. « Je bricole avec des chutes de plastique et des bouts de draps que j’ai trouvés chez moi. Mais je ne peux pas suivre », regrette Mary. D’autant que cette serveuse d’un bar-tabac de Brest espère reprendre le travail prochainement.

Non homologué, son masque sera-t-il produit à plus grande échelle pour permettre à la France de retrouver le sourire ? « Je le souhaite plus que tout. Cette histoire, elle vient du cœur », résume la couturière, qui ne cache pas sa fatigue de s’être tellement investie derrière sa machine.