« Allez, on met les masques »… A l’église Saint Jean-Baptiste d’Esbly, la messe reprend en douceur

REPORTAGE A Esbly, en Seine-et-Marne, quelques fidèles sont revenus à l’église Saint Jean-Baptiste ce dimanche pour la messe dominicale

Catherine Abou El Khair

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Déconfinement: Les cérémonies religieuses reprennent avec prudence en France — 20 Minutes
  • Depuis ce samedi, les lieux de culte sont autorisés par décret à reprendre leurs célébrations. Une décision du Conseil d’Etat a en effet levé leur interdiction « générale et absolue » imposée par le gouvernement.
  • Si toutes les églises n’ont pas encore repris les messes en chair et en os, certaines  ont pu accueillir de premiers fidèles ce dimanche, dans le respect des règles d’hygiène sanitaires.
  • C’est notamment le cas de l’église Saint-Jean-Baptiste d’Esbly, qui a reçu une poignée de fidèles ce dimanche. 

« Allez, on met les masques ! C’est le bal masqué ici… » Ce dimanche 24 mai, le père Bruno Beltramelli n’a pas changé toutes ses habitudes. Sous le soleil et le chant des oiseaux, au pied de l’église Saint Jean-Baptiste à Esbly (Seine-et-Marne), le prêtre de 70 ans continue ses petites plaisanteries habituelles, maintenant que ses fidèles reviennent à l'église. « Je suis taquin », nous précise-t-il, équipé de son masque en tissu imprimé vert, saluant chaque arrivant et les invitant à se désinfecter les mains. 

Dans la nuit de vendredi à samedi, le décret autorisant la reprise des cérémonies dans les lieux de culte a été publié. Pas trop tôt pour le « père Bruno », comme l’appellent certains habitants du coin, pas forcément catholiques mais appréciant le personnage. Depuis le 11 mai, date de la «première phase» de déconfinement, lui comme d’autres religieux trépignaient de reprendre les célébrations en réunion. Avec la décision du Conseil d’Etat, qui a ordonné le 18 mai dernier la levée de leur interdiction «générale et absolue» sous huit jours, il attendait de pied ferme l’autorisation administrative de réouverture.

Un « manque de chaleur » des messes à la télévision

Lors du jeudi de l’Ascension, il avait déjà organisé une répétition générale en très petit comité, avec des membres actifs de la vie paroissiale. « On peut célébrer avec des espaces suffisants, c’est-à-dire 4 mètres carrés par personne, avec des masques, sauf pour le célébrant », explique le père Bruno Beltramelli. Pour s’assurer d’une reprise en toute douceur ce dimanche, il n’a pas trop ébruité la nouvelle, se limitant à faire passer le mot entre fidèles. On n’est jamais trop prudents, même à Esbly, qui compte près de 6.200 habitants. 

Sans savoir si la messe aurait lieu ce dimanche, Isabelle, 41 ans, habitant dans la commune voisine de Coupvray, est venue pour reprendre sa pratique habituelle. Pendant la durée du confinement, cette pratiquante assidue a regardé la messe sur France 2, qui a vu ses chiffres d’audience multipliés par trois par rapport à la normale. Mais l’expérience n’a rien de comparable avec sa participation à la messe domicale en chair et en os. « C’était un peu triste de ne pas pouvoir se réunir. Elle a une âme, cette église », explique la contrôleure des finances, venue en jean et t-shirt imprimé. « Je suis bien content que la messe reprenne, même si on n’était pas nombreux », se satisfait aussi Philippe, 56 ans, décontracté avec son polo blanc et son bermuda. Lui aussi restait sur sa faim avec la messe à la télévision. « C’est vrai que cela manque de convivialité. Ca fait creux, vide, il y a un manque de chaleur. Pratiquer la foi, pour moi, cela veut dire aller à l’église», explique-t-il. Comme Isabelle, il ne craint guère les risques de contagion, tant que les règles sanitaires sont respectées. 

Des bougies pour animer l’église

La distance était d’autant plus pesante que la paroisse à Esbly n’a pas retransmis de messe sur les réseaux sociaux, comme ont pu le faire d’autres paroisses voisines. « Je ne suis pas très doué pour ça ! Il faut avoir des compétences », explique Bruno Beltramelli. Pendant le confinement, le prêtre a surtout concentré ses efforts sur les lieux, pour montrer qu'ils restaient bien ouverts aux personnes souhaitant se recueillir, malgré l’absence de cérémonies. « J’ai dû mettre 400 petits lumignons pour montrer que l’église était bien habitée », raconte-t-il. Chaque jour de la semaine, Bruno Beltramelli tenait ainsi une messe à 18 heures. Il laissait dans la journée les portes de l’église ouverte pour ceux souhaitant se recueillir à titre privé, comme cela était autorisé. « Quelques personnes ont participé à la messe la semaine. Il n’y a pas eu d’abus. Je ne pouvais pas empêcher les gens de rentrer ! » sourit-il.

Alors qu’en Allemagne, un cas de contagion lors d’une messe a été rapporté par la presse, le prêtre ne se montre pas inquiet. « Tant qu’on met en œuvre les mesures barrières, il n’y a pas de raison », souligne-t-il. Pour le dimanche de la Pentecôte, il se tient déjà prêt à augmenter le nombre de messes afin de permettre aux fidèles de respecter la distanciation physique. L'un d'entre eux, Philippe, a déjà prévu de venir en avance pour s'assurer d'avoir sa place, dimanche prochain.