Coronavirus : « Je ne profite pas assez de la vie », « mon métier n’est pas essentiel »… Quelles leçons avons-nous tirées du confinement ?

VIE PERSO Ces deux mois de confinement vont certainement laisser des traces dans nos vies. Les lecteurs de « 20 Minutes » racontent pourquoi leur vie d’après le déconfinement ne sera plus vraiment la même

Paul Parant

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Une femme regardant la route devant elle (illustration)
Une femme regardant la route devant elle (illustration) — Pixabay
  • Cinquante-cinq jours de confinement, voire beaucoup plus avec une vie qui n’est pas vraiment revenue à la normale : qu’en avons-nous retenu ?
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs ce qu’ils auront appris de cette période.
  • Pour la plupart d’entre eux, une chose est sûre : plus rien ne sera vraiment comme avant.

Un événement global, mais une expérience intime. Le confinement imposé par le coronavirus nous aura poussés littéralement dans nos retranchements. Et forcé à une certaine introspection. Cette occasion unique de faire une « pause » dans nos vies – sauf évidemment pour les travailleurs de la première ou de la deuxième ligne, ou les malades… nous aura interrogés dans nos choix. Pour faire le point, 20 Minutes a demandé à ses lecteurs : quelles leçons avez-vous tiré du confinement ? Vos réponses l’ont prouvé, plus rien ne sera vraiment comme avant.

Beaucoup d’entre vous évoquent une remise en question de la routine quotidienne. « Curieusement, le confinement ne m’a pas dérangée, témoigne ainsi Béatrice. J’étais bien chez moi. Ma fille était rentrée, alors que d’habitude elle est toute la semaine dans sa chambre d’étudiante. Aujourd’hui je me sens sereine, ralentir le rythme m’a permis de faire le point et de laisser tomber l’inutile. J’ai pu faire plaisir à des personnes fragiles en allant faire leurs courses et ça m’a fait du bien à moi aussi. J’aurais très bien supporté continuer. » « En rentrant, je reverrai mes priorités famille, santé et travail… » explique Bouchra, confinée, elle, loin de sa famille. « Je pense que je vais pas mal relativiser en cas d’épreuves plus ou moins difficiles. Et arrêter de perdre mon temps inutilement ! »

« Ce confinement m’aura appris à m’écouter »

Retrouver du sens, et parfois se redécouvrir des passions. « Ce confinement m’a permis de faire le point sur mes ambitions à l’aube de mon entrée en mastère marketing, raconte Johanna. J’ai notamment renoué contact avec la musique et ai recommencé les cours de chant depuis le déconfinement, chose que j’avais mise de côté depuis… 10 ans ! Du coup, de gros doutes entre vivre de ma passion et des études plus "stables" qui me procurent bien évidemment bien moins de frissons. Ce confinement m’aura appris à m’écouter moi et mes envies, plutôt qu’à écouter l’avis des autres et ce qu’il "faut" faire ! »

En deux mois d’enfermement, la vie de couple ou de famille a forcément été testée. Pour le meilleur ou pour le pire… mais souvent avec bonheur. « Le confinement avec ma compagne s’est super bien passé. Pour éviter d’être trop l’un sur l’autre nous avons décalé nos couchers et nos réveils histoire que chacun ait son moment tout seul, raconte John. Nous avons aussi beaucoup appris, passer deux mois h-24 ensemble tend à nous faire penser que nous sommes avec la bonne personne ». Lucie, elle, raconte que « retrouver un mari aimant » lui a permis de « tirer un trait sur (son) amant ».

Se redécouvrir en famille, ou apprivoiser la solitude

Confinée avec son compagnon et leurs deux filles de deux et trois ans, Audrey estime avoir « réussi tous ensemble à surmonter cette période et en sommes sortis plus forts. Il y a eu des jours plus difficiles que d’autres, mais dans la globalité des jours heureux. » Estelle pense pour sa part que le confinement, « c’était plus de positif que de négatif » : « Confinée deux mois seule avec ma fille de 5 ans, j’ai réalisé à quel point on n’avait pas le temps de profiter l’une de l’autre au quotidien. Ça a été l’occasion pour se découvrir encore plus, mais ma patience a été mise à rude épreuve avec l’école à la maison (même en moyenne section, ça reste compliqué de ne pas transposer ses exigences sur son enfant). Ça m’a donc confirmé le rôle essentiel de sa maîtresse, que je valorisais déjà avant, mais qui prend toute son ampleur depuis. » Nathy, qui s’est senti abandonnée par le reste de sa famille, dit avoir « appris la tolérance avec mes deux enfants ados. Notre monde d’après pour nous trois, c’est déménagement à la campagne, s’isoler de la ville du bruit, de la pollution. Notre monde d’après sera la fuite. »

Mais pour ceux qui ont passé le confinement seuls, la solitude a parfois été cruelle. « Le confinement et le sentiment de solitude qui en a découlé m’ont fait définitivement prendre conscience que je ne pouvais dorénavant envisager la vie seul. Être à deux permet toujours de mieux gérer ces moments, surtout quand ils s’accompagnent de doutes et d’incertitudes sur le futur. Ainsi, une fois que nous aurons tous retrouvé la vie d’avant, je compte bien mettre à profit tout ce développement personnel effectué lors de cette période », nous raconte Maxime. « Je vois maintenant les choses de manière totalement différente. Je vais davantage m’ouvrir aux autres, conscient qu’il faut foncer pour réaliser ses rêves. »

« Je pense avoir appris la patience »

Confiné seul, Baptiste aussi a profité de ce temps pour remettre une partie de sa vie en question. « Ce confinement a été une véritable épreuve physique et psychologique. J’ai pris conscience que mon métier n’était pas essentiel, bien que je travaille dans la recherche solaire. A travers cette épreuve bien moins douloureuse que celle qu’ont traversé le corps médical ou les familles des défunts, je pense avoir appris la patience à relativiser sur ma situation et me suis ouvert un peu aux autres, puisque j’ai décidé de parrainer un enfant sénégalais. »

Et très concrètement, beaucoup de lecteurs racontent aussi avoir revu leur façon de consommer. « Apprendre à faire du savon, de la lessive, du pain, prévoir large et autrement pour ne pas avoir à se rendre au magasin tous les trois jours », reprend John. « J’ai découvert la livraison à domicile de paniers bio de fruits et légumes, et ça, on va continuer dans notre monde "d’après" », dit Clémentine. « Nous avons privilégié les petits commerces de vrac et faisons exclusivement nos courses en drive. Nous allons continuer sur cette lancée, en consommant plus de produits frais et locaux dans la mesure du possible », dit Audrey. « On réfléchit un peu à sa vie, comment on vit, j’ai optimisé mon appartement, j’ai rangé différemment pour que ce soit plus pratique au quotidien. Ce fut une bonne expérience sur soi, malgré le contexte de crise sanitaire mondiale qui se passait à l’extérieur de chez moi », résume Leslie.

« Une société qui s’emballe beaucoup trop »

Parfois, en effet, les bouleversements du monde amènent paradoxalement à ramener la paix dans sa propre vie, en redécouvrant l’essentiel. « Ma productivité est meilleure à l’appart qu’au bureau, avec moins de stress », explique Anne.

« J’ai découvert que tous mes maux de ventre, mon mal de dos, mes migraines, ma nervosité n’étaient dus qu’au stress de ma vie quotidienne, le boulot, les enfants, la maison, les rendez-vous… les achats compulsifs et les restaurants n’étaient tout compte fait que pour s’occuper, mais en aucun cas une nécessité ! » confie Soussou. Le confinement aurait-il permis à certains de découvrir les clés du bien-être ? Elle poursuit : « J’ai découvert aussi que la nature, le calme, étaient aussi importants du fait de mon désir de quitter un jour là banlieue parisienne afin d’être au plus près de notre mère nature. J’ai appris aussi à mieux écouter mes enfants et de ne pas leur transmettre mon stress ».

Et Mickaël de résumer : « J’ai compris vraiment que je suis quelqu’un d’anxieux qui me prend la tête pour beaucoup de choses et parfois ne profite pas assez de la vie qui peut basculer du jour au lendemain. Je n’ai pas assez de recul, mais je pense que finalement cette crise fera évoluer l’humanité dans le bon sens, ça a stoppé net une société qui s’emballe beaucoup trop. Il aura fallu peut-être un virus et des centaines de milliers de morts pour changer la société ! »