Incendie de Lubrizol à Rouen : 20 % des riverains toujours angoissés près de huit mois après

ENQUETE Selon l’enquête de l’association Rouen Respire, l’incendie de Lubrizol a eu un fort impact sur le quotidien des riverains, et certains désagréments persistent encore aujourd’hui

L.Br.

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Des employés devant l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 novembre 2019.
Des employés devant l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 novembre 2019. — Lou BENOIST / AFP

Près de huit mois après, l'incendie de Lubrizol reste présent dans le quotidien des Rouennais. L’association Rouen Respire publie ce mardi une étude (accessible sur le site) menée sur 565 personnes pour évaluer les conséquences du drame sur la santé des habitants. Selon les premiers résultats, 20 % des personnes interrogées disent vivre dans l'angoisse encore aujourd'hui.

Le 26 septembre 2019, un incendie ravageait l’usine de Lubrizol à Rouen. Un panache de fumée noire s’élevait au-dessus de la ville, issu de la combustion de produits chimiques, inquiétant les habitants. Selon les résultats de l’étude publiée ce mardi, 80 % des participants disent avoir ressenti de l’angoisse au moment de l’incendie, et 20 % disent en souffrir toujours aujourd’hui. Des répondants disent avoir ressenti des manifestations physiques : céphalées, picotements de la langue ou de la gorge. Mais aussi, moins fréquemment, des malaises et des éruptions cutanées.

Maladies respiratoires et odeurs persistantes

Les personnes souffrant de pathologies, dont des maladies respiratoires, ont déclaré une aggravation de leur état. Selon l’étude, « 86 % des personnes ayant une pathologie respiratoire chronique ont constaté une aggravation de leurs symptômes, le plus souvent constatée par un médecin ».

Autre plainte des répondants : les odeurs, senties par 92 % des personnes interrogées plus d’une fois par semaine. « Ces odeurs – qui sont le reflet des gaz émis par l’incendie dont certains sont des produits chimiques hautement toxiques, et de la persistance à l’air libre de produits chimiques non brûlés – se sont maintenues pendant plusieurs mois (et nous savons qu’elles persistaient encore au-delà de la clôture du questionnaire) », rapporte l’étude.

Une enquête publique retardée par l’épidémie

L’étude a été menée pour combler un vide laissé par les enquêtes publiques. Dans Le Parisien, Nathalie Le Meur, bénévole à Rouen Respire, explique que l’enquête de Santé publique France devait démarrer en mars, mais elle a été repoussée avec l'épidémie de coronavirus et ses résultats pourraient n’être connus qu’en 2021. Trop long pour les bénévoles, qui souhaitaient pouvoir s’appuyer sur des données chiffrées. L’association reconnaît toutefois les limites de son étude, à laquelle beaucoup d’adhérents de l’association ont répondu, rappelle Actu.fr. Des publics « particulièrement sensibilisés » à la problématique.

Deux missions parlementaires doivent plancher sur le sujet. Celle de l’Assemblée nationale a avancé plusieurs propositions pour éviter les accidents industriels : augmenter les sanctions contre les pollueurs, organiser des exercices d’évacuation de la population, augmenter les effectifs des inspecteurs d’usines. La commission d'enquête du Sénat a dû interrompre ses travaux pour cause de coronavirus et les reprendra après la crise sanitaire.