Seine-Saint-Denis: Après le confinement, les inquiétudes de l'Aide sociale à l'enfance

PROTECTION DE L'ENFANCE En Seine-Saint-Denis, le nombre de signalements pour des violences ou des carences à l'égard de mineurs a fortement baissé. Une situation qui inquiète les professionnels de la protection de l'enfance

Caroline Politi

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L'Aide sociale à l'enfance s'inquiète de l'altération de la chaine d'alerte pendant le confinement (Illustration)
L'Aide sociale à l'enfance s'inquiète de l'altération de la chaine d'alerte pendant le confinement (Illustration) — Rafael Ben Ari/Newscom/SIPA
  • En Seine-Saint-Denis, 8.500 enfants sont suivis par les services de l’Aide sociale à l’enfance parmi lesquels près de 6.000 sont placés
  • 70 enfants ont fait l'objet d'un placement pendant ce confinement. D'ordinaire, ils sont une centaine par mois a être pris en charge par l'ASE de ce département.

La France venait à peine d’achever son premier mois de confinement que, déjà, les chiffres laissaient entrevoir le pire. Entre le 13 et le 20 avril, le numéro d’urgence de la protection de l’enfance – le 119 – a enregistré un bond sans précédent :  +90 % d’appels par rapport à la même semaine de 2019. Des voisins alertés par des cris de l’autre côté de la cloison (+84 %), des jeunes eux-mêmes (+80 %) ou des camarades de classe inquiets pour un ami (+58 %). Cet indicateur, certes uniquement basé sur des suspicions ou du déclaratif, est-il le reflet d’une forte augmentation du nombre d’enfants maltraités, malmenés, dans le huis clos du confinement ? « On se prépare à cette éventualité, mais pour l’heure, nous n’avons aucune certitude », reconnaît Flora Flamarion, directrice générale adjointe en charge de l’Enfance en Seine-Saint-Denis.

Dans ce département, le plus jeune et le plus pauvre de France, près de 8.500 mineurs sont suivis par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), dont un peu moins de 6.000 sont placés. Les autres font l’objet, depuis chez eux, d’un suivi socio-éducatif. Pendant cette période, l’une des priorités a été de maintenir le lien avec ces familles, par téléphone ou en visioconférence lorsque c’était possible, physiquement « au moindre doute ». Certains adolescents ont dû faire l’objet d’un placement en foyer quelques jours ou semaines. « Il ne s’agissait pas de mettre fin à des violences mais plutôt de désamorcer une situation de tension, de créer une bouffée d’air frais pour les uns et les autres », précise Flora Flamarion. Dans ces foyers, la promiscuité et l’absence d’école peuvent rapidement faire dégénérer des conflits.

Baisse des signalements et des enquêtes

Mais ce ne sont pas tant les familles connues que celles passées sous les radars pendant cette période qui inquiètent les professionnels de la protection de l’enfance. « On ne parle pas uniquement de violences, insiste la directrice adjointe. La plupart des dossiers que nous traitons sont relatifs à de la négligence ou des carences éducatives. »

En Seine-Saint-Denis, malgré les appels au 119, le nombre d’informations préoccupantes a chuté pendant le confinement. De 350 en moyenne par mois, elles sont passées à 130 au total pour les mois de mars et avril. Le parquet de Bobigny dresse un constat similaire : le nombre de signalements et donc d’enquêtes pour des faits de maltraitance a fortement baissé. Pendant cette période, 25 ordonnances de placement provisoire ont été prises par le tribunal et, au total, ce sont près de 70 mineurs qui ont été placés sous la protection de l’ASE du département pendant ce confinement. C’est peu, très peu même. D’ordinaire, les chiffres tournent autour d’une centaine par mois (hors mineur étranger isolé).

Moins de signalements de professionnels

La baisse de ces indicateurs s’explique notamment par l’altération de la chaîne d’alerte : l’Education nationale, et dans une moindre mesure les clubs de sport et toutes les organisations périscolaires, sont à l’origine de la grande majorité des signalements. Certes, certains professeurs ont fait part de leurs inquiétudes pour des élèves dont ils n’avaient plus de nouvelles, les PMI sont restées ouvertes, mais la vigilance est difficilement comparable à celle déployée lorsque tous les acteurs sont sur le terrain. « C’est un problème d’autant plus important que les signalements sur les plateformes comme le 119, s’ils sont nécessaires, ne sont pas aussi efficaces et pertinents que ceux des professionnels », insiste Flora Flamarion.

Dans ce contexte, la reprise de l’école est un enjeu majeur. Mais en Seine-Saint-Denis, comme partout ailleurs, les classes ne rouvrent qu’au compte-gouttes et certaines villes, à l’instar de Bobigny, ont annoncé que les écoles maternelles et les crèches seraient fermées jusqu’en septembre. Un coup dur pour les professionnels de la protection de l’enfance qui espéraient un retour rapide des familles les plus fragiles afin de dresser un premier état des lieux avant l’été. Pour l’heure, précise une source judiciaire, cette première semaine de reprise partielle n’a pas engendré d’afflux de signalements.