Déconfinement : « Il y avait urgence… » En mal de visiteurs et de recettes, les zoos ont rouvert leurs portes

DECONFINEMENT Plusieurs parcs animaliers ont pu bénéficier de dérogations pour rouvrir dès ce week-end. Illustration au zoo de la Boissière-du-doré, près de Nantes

Frédéric Brenon

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Le zoo de la Boissière-du-doré, le 16 mai 2020.
Le zoo de la Boissière-du-doré, le 16 mai 2020. — F.Brenon/20Minutes
  • Le zoo de la Boissière-du-doré a pu rouvrir après avoir présenté un dossier justifiant de mesures sanitaires.
  • Cette première semaine fait figure de « test » avant les ponts de mai.
  • Les deux mois d’inactivité sont une « catastrophe » pour le parc qui venait tout juste d’investir lourdement.

« Revoir les visiteurs, c’est un immense plaisir. On fait ce métier pour leur donner des émotions. Et puis la situation financière devenait catastrophique. Il y avait urgence absolue. » Sébastien Laurent, directeur du zoo de La Boissière-du-doré (Loire-Atlantique), à l’est de Nantes, ne cache pas son « soulagement ». Comme plusieurs parcs animaliers français et quelques parcs de loisirs, son zoo a obtenu le feu vert du préfet pour rouvrir dès la première semaine de déconfinement. Il lui avait fallu au préalable déposer un « dossier solide » justifiant que les mesures de sécurité sanitaire pouvaient être respectées.

« On a installé des parois de plexiglas aux guichets, installé des distributeurs de gel hydroalcoolique, réduit la restauration, espacé les tables des aires de repos, suspendu les spectacles d’oiseaux et les nourrissages en public, décrit Sébastien Laurent. On met tout en place pour que les gens soient rassurés. »

Fréquentation modeste

Contrairement à d’autres zoos, celui de la Boissière-du-doré n’a pas eu à revoir ses cheminements. « La visite s’effectue dans un sens et nos allées sont suffisamment larges pour respecter la distanciation. » Quant au masque, il n’est pas obligatoire mais « fortement recommandé ». Ce week-end, qui faisait figure de « test avant les ponts de l’Ascension et de la Pentecôte », plus d’un visiteur sur deux en portait. La fréquentation était, du reste, relativement modeste (près de 600 visiteurs samedi alors que le site en accueille généralement plus de 1.000).

Le zoo de la Boissière-du-doré, le 16 mai 2020.
Le zoo de la Boissière-du-doré, le 16 mai 2020. - F.Brenon/20Minutes

« Il y a de la place, on est en plein air, on se sent en sécurité », témoigne Karine, venue en famille. « On sent que les gens font attention, confirme Eric. Après deux mois de confinement, ça fait vraiment du bien de retrouver le contact avec la nature et les animaux. Surtout pour les enfants. » Christophe, lui aussi, est « ravi de pouvoir revenir au zoo ». Mais il est n’est pas encore totalement convaincu par le respect des distances. « Quand il y a des animaux qui bougent, comme les ours tout à l’heure, on voit des regroupements de personnes. Pareil au vivarium, tout le monde était proche et mettait ses mains sur les vitres. Il peut y avoir encore des améliorations. » « Il y a des nouvelles habitudes à instaurer. Le civisme des gens va faire le reste », est convaincu Sébastien-Laurent.

Elan de générosité après l’appel à l’aide du directeur

Fermé pendant deux mois, le zoo de la Boissière-du-doré, 100 % privé, accuse déjà une perte de recettes de 900.000 euros. Un manque à gagner d’autant plus préjudiciable qu'il venait tout juste de réaliser son plus gros investissement (1,1 million d’euros) pour créer une plaine de 2 ha pour ses lions, associée à trois lodges. « On travaille avec du vivant, on n’est pas une entreprise qui peut arrêter ses machines, explique Sébastien Laurent. Nos animaux ont, évidemment, été nourris comme d’habitude pendant le confinement. Il fallait aussi gérer toutes les annulations, les reports. Je peux vous dire que j’ai fait plusieurs nuits sans dormir. »

Le zoo a tout de même pu bénéficier d’un élan de générosité après avoir lancé un « appel à l’aide » sur les réseaux sociaux. « On a reçu 45.000 euros de dons divers. C’est l’équivalent de deux mois de nourrisage. On a aussi eu des centaines de messages, des dessins d’enfants. Ça fait chaud au cœur. »

Méfiant, le directeur du zoo se refuse aux prévisions de fréquentation pour cet été. « Les gens vont faire du tourisme français et local, c’est sûr. Ça peut être bénéfique. Mais, s’il y a une deuxième vague du virus, que se passera-t-il ? » Le zoo de la Boissière-du-doré, qui emploie 32 salariés en pleine saison, a accueilli l’an passé 150.000 visiteurs environ.