Coronavirus : Non, la prime au personnel soignant n’a pas été réduite à une cinquantaine d’euros

FAKE OFF Un tweet dénonçant le montant très peu élevé d’une indemnité pour le personnel soignant de l’AP-HP a semé le doute sur le montant réel de la prime annoncée par le gouvernement

Alexis Orsini

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L'entrée de l'hôpital Purpan, à Toulouse, le 11 mai 2020.
L'entrée de l'hôpital Purpan, à Toulouse, le 11 mai 2020. — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Le gouvernement est-il revenu sur sa promesse d’offrir une prime de 1.500 euros au personnel soignant mobilisé contre le Covid-19 ?
  • C’est ce qu’ont cru de nombreux internautes à la faveur du tweet d’un interne de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dénonçant la prime de risque d’une cinquantaine d’euros reçue sur son dernier bulletin de salaire.
  • Cette indemnisation est authentique mais spécifique à l’AP-HP : elle n’empêche pas le personnel soignant de recevoir cette dernière, fidèle au montant initial annoncé, comme le confirme l’AP-HP à 20 Minutes.

Si la mobilisation de l’ensemble du personnel soignant, ces derniers mois, pour faire face à l’épidémie de Covid-19 est unanimement saluée par le public comme par la classe politique, leurs efforts – et surtout les risques pris à cette occasion – seraient loin d’être rémunérés à leur juste valeur. Et surtout bien en deçà de la prime de 1.500 € annoncée par Emmanuel Macron fin mars.

C’est en tout cas ce qu’a dénoncé le 14 mai Côme Bommier, un interne de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), dans un tweet très repris : La feuille de paye [de] l’AP-HP vient d’arriver. Devinez à combien s’élève ladite "INDEM RISQUE COVID" ? Allez, donnez votre prix pour ces soignants que vous applaudissez le soir à 20 h… Réponse : 19 jours (pourtant j’y étais tous les jours hors week-end) x 3,09 euros/jour = 58,71 euros ».

De quoi susciter une vague d’indignation, mais aussi de confusion autour du montant réel de la prime annoncée par l’Etat pour récompenser le travail du personnel soignant, censée être d’un montant bien supérieur.

FAKE OFF

Adoptée par décret ce vendredi 15 mai, cette dernière prévoit en effet le versement d’une prime désocialisée et défiscalisée de 500 ou 1.500 € – selon que le personnel travaille dans un département très touché ou non par le Covid-19 – à « l’ensemble des professionnels des établissements publics de santé, des hôpitaux des armées […] et de l’Institution nationale des invalides quelle que soit leur filière professionnelle et quel que soit leur statut. »

Contacté par 20 Minutes, Côme Bommier explique : « La ligne de la feuille de paye que je cite dans mon tweet est une indemnité propre à l’AP-HP, et ne correspond pas à la prime dont le décret est sorti [vendredi 15 mai]. » Ce que nous confirme l’AP-HP de son côté : « Il s’agit bien de deux choses différentes : la prime de 1.500 € pour les professionnels hospitaliers sera versée en mai. Une indemnité pour travaux dangereux de 58,71 €, qui résulte d’une décision spécifique de l’AP-HP, a également été versée en avril au titre du mois de mars. »

« L’indemnité et la prime ne s’excluent pas »

« Dans l’attente du dispositif ministériel, il avait été décidé de généraliser le versement de l’indemnité pour travaux dangereux à l’ensemble des personnels [soignants, administratifs, techniques, logistiques] y compris le personnel médical, titulaires, contractuels, mais l’indemnité et la prime ne s’excluent pas », conclut l’AP-HP.

Pour Côme Bommier, s’il est important de bien faire la distinction entre les deux, le fond de son message reste le même : « Pourquoi avoir mis cela sur Twitter ? C’est simplement pour montrer le peu de considération qu’on a envers les soignants, venant des autorités administratives de nos hôpitaux. C’est d’autant plus la forme que le fond qui dérange : une prime de risque de 3 euros/jour, de plus en grignotant sur le nombre de jours de présence, c’est lamentable. »

Et de poursuivre : « Les soignants viennent tous les jours à l’hôpital car ils pratiquent un métier qui a du sens. Ce sens, nous l’apportons au reste de la société, en luttant contre la mort et en espérant des progrès chaque jour dans nos soins. Pour affirmer ce sens, nous nous appuyons sur des valeurs humaines qui devraient être partagées par l’ensemble des citoyens : le service de tous et l’attention prêtée aux plus vulnérables. Payer les soignants au lance-pierres, c’est démontrer bien peu d’égard pour les valeurs humaines qu’ils promeuvent. Et à la fin, c’est s’exposer à une révolte humaine, pour que ces valeurs vivent ! »