Coronavirus : Non, un « installateur d'antennes » n'a pas prouvé de lien entre la 5G et l'épidémie

FAKE OFF La vidéo virale d'un prétendu installateur d'antennes 5G alimente des théories complotistes sur un prétendu lien avec l'épidémie de Covid-19

Alexis Orsini

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Un extrait de la vidéo virale sur la prétendue installation 5G qui serait liée au Covid-19.
Un extrait de la vidéo virale sur la prétendue installation 5G qui serait liée au Covid-19. — capture d'écran/Facebook
  • Déjà accusée, avant l'épidémie de coronavirus, d'être dangereuse pour la santé, la technologie 5G est, depuis quelques mois, considérée par certains internautes comme à l'origine de l'épidémie.
  • Une vidéo virale montrant un prétendu installateur d'antennes dévoiler un composant électronique porteur de la mention « Cov-19 » alimente particulièrement, ces derniers jours, cette théorie.
  • Celle-ci n'a pourtant aucun fondement scientifique, et les images en question ne prouvent nullement les propos du vidéaste anglophone. 

Faut-il s’attendre à voir de nouvelles antennes de téléphonie mobiles incendiées à la faveur d’une vidéo virale reliant la technologie 5G à l’épidémie de coronavirus ?

Depuis quelques jours, sur Facebook, comme sur Twitter et sur YouTube, des images filmées à proximité d’une antenne connaissent un important retentissement, notamment auprès des internautes opposés au déploiement de la 5G. Ces derniers estiment, avant même l’apparition du Covid-19, que cette technologie plus rapide que la 4G représenterait une menace pour la santé.

« Incroyable… Un installateur d’antennes 5G trouve le nom "COV-19" écrit sur un composant de l’équipement », résume ainsi un post Facebook reprenant cette vidéo tournée dans la langue de Shakespeare. Le vidéaste qui s’y met en scène, équipé d’un casque de chantier et d’un masque de protection, se présente comme un installateur d’antennes 5G : « Ca fait plusieurs semaines que j’installe des antennes 5G sur les pylônes tels que celui que vous voyez derrière moi, pendant que tout le monde reste confiné. »

« Et nous n’ouvrons pas ces kits, parce qu’on nous a explicitement demandé de ne pas le faire, mais le mieux est peut-être que je vous le montre », poursuit-il avant de montrer un composant électronique dont le coin supérieur gauche porte la mention « Cov-19 ». « Je ne connais aucune matériel produit par la moindre entreprise qui crée de tels circuits électriques avec la mention "Cov-19". Je ne suis pas adepte des théories complotistes. Certes, j’ai lu tout ce qu’on trouve en ligne sur le coronavirus et le Covid-19 (sic) mais pourquoi mettent-ils des circuits comme ça dans ces pylônes ? Je ne comprends pas », conclut l’homme.

Or, outre le fait qu’aucun lien entre l’épidémie de coronavirus et la 5G n’est étayé de la moindre preuve scientifique ou élément rationnel, comme les opérateurs télécoms et les spécialistes de différents pays n’ont eu de cesse de le rappeler ces dernières semaines – ainsi que nous l’expliquions par ailleurs début avril –, cette vidéo ne contient, elle non, plus aucun élément probant qui étayerait le discours de son auteur.

FAKE OFF

Si nous n’avons pas été en mesure d’identifier le pays dans lequel a été tournée la vidéo, plusieurs éléments visibles dans cette séquence mettent à mal les affirmations du vidéaste, comme l’explique à 20 Minutes Gilles Brégant, directeur de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) : « Ce pylône n’est pas spécifique de la 5G. On voit certes des antennes de téléphonie mobile classiques à la base mais le reste est hors sujet : faisceaux hertziens, FM… Il s’agit d’un pylône multi-usages qui n’a pas été édifié pour la téléphonie mobile, car si c’était le cas, les antennes seraient au sommet, ça n’a aucun sens économique ou technique de construire un pylône de 40 mètres de haut pour placer les antennes à 20 mètres du sol. Ce pylône a sans doute été installé pour autre chose – télévision ou FM – et, au fil des années, l’entreprise qui l’a édifié l’a loué pour d’autres usages afin de faire fructifier son investissement. »

« Il existe deux types d’antennes 5G : les antennes MIMO, celles qui vont être utilisées avec la bande 3,5 GHz et au-dessus, et les antennes classiques, utilisées dans les bandes de 2G à 5G, qui peuvent devenir 5G un jour mais qui ne nécessitent pas forcément de changement d’antenne. Ici, il n’y a rien, sur le pylône, qui correspond aux boîtiers MIMO, plus volumineux », poursuit le directeur de l’ANFR.

En outre, comme le rappelle la Société française des télécoms sur son site en expliquant pourquoi les liens établis entre 5G et coronavirus n’ont aucun fondement concret, « les ondes utilisées par la 5G sont de même nature que la 2G, 3G et 4G et celles de TV et radio : aucun élément scientifique ne permet d’expliquer pourquoi une maladie biologique pourrait être favorisée par une exposition aux radiofréquences qui existent depuis des décennies. »

« Cov-19 », une dénomination qui n’a pas de sens

La carte de circuit électrique porteuse de la mention « Cov-19 » brandie par le prétendu technicien ne prouve quant à elle nullement l’installation – achevée ou en cours – d’une antenne 5G. « La carte ne semble pas vraiment liée à de la téléphonie mobile. Selon nos spécialistes, elle ne ressemble nullement à une carte professionnelle, mais plutôt à une carte extraite d’un appareil d’électronique grand public, qui aurait d’ailleurs un âge certain, compte tenu de sa faible densité. En outre, sa forme n’est absolument pas compatible avec les baies des stations de base mobiles, qui elles sont beaucoup plus larges car elles s’enfichent dans des "racks" au standard informatique, comme dans des data centers », explique Gilles Brégant. 

Comme l'a noté le site de fact-checking Lead Stories, un nom est brièvement visible sur la carte du circuit électronique à la fin de la vidéo : « Hannstar », une entreprise produisant notamment des moniteurs LCD. 

Enfin, outre le raisonnement par l’absurde sur lequel s’appuie la vidéo – et qui implique que les entreprises installant des antennes 5G pour diffuser le Covid-19 prendraient soin d’afficher clairement ce but en apposant la mention « Cov-19 » sur leur matériel –, la dénomination « Cov-19 » ne renvoie pas, de près ou de loin, au coronavirus. Comme le rappelle l’institut Pasteur, celui-ci a en effet d’abord été principalement désigné sous le nom de « 2019-nCoV » puis sous son nom scientifique de « SARS-CoV-2 » avant que l’OMS ne le baptise officiellement « Covid-19 » en février 2020.

« Cette dénomination récente est incompatible avec le cycle de design et de production des cartes électroniques, qui est de l’ordre de 12 à 18 mois entre le passage du bureau d’études à la production industrielle : difficile de mettre au point, début 2019, une carte mentionnant "Cov-19" pour résumer une dénomination qui ne sera inventée qu’un an plus tard ! », conclut Gilles Brégant.