Déconfinement à Lyon : Pourquoi ne devrait-on pas se moquer des masques fournis par la ville

PRODUCTION Les Tissages de Charlieu, qui ont fabriqué les pièces décriées, reviennent sur la polémique

Caroline Girardon

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Les masques fournis par la ville de Lyon ont été moqués.
Les masques fournis par la ville de Lyon ont été moqués. — Twitter
  • Les masques fournis en début de semaine par la ville de Lyon ont été grandement moqués sur les réseaux sociaux.
  • Les Tissages de Charlieu, qui les ont fabriqués, reviennent sur les raisons du malentendu.
  • Il s’agit de produits bruts conçus dans l’urgence au début du confinement mais certifiés et particuièrement résistants.

Moqués sur les réseaux sociaux, les masques distribués par la ville de Lyon, auront-ils droit à une seconde chance ? Qualifiés de « serpillière » ou de « torchons », les produits ont déplu pour leur côté esthétique. Mais si tout était parti d’un malentendu ou d’un manque d’explications au préalable qui aurait pu faire taire les critiques ?

« On comprend parfaitement la réaction des gens. C’est vrai que d’aspect, ce ne sont pas les plus jolis », indique en préambule Antoine Saint-Pierre, dirigeant associé des Tissages Charlieu. L’entreprise située près de Roanne, reconnue pour son savoir-faire textile, est celle qui a fabriqué les pièces en question. Ce que les habitants ne savent pas en revanche, c’est la genèse du projet.

Des produits bruts

Dès le 17 mars, premier jour du confinement, l’entreprise réoriente sa production et active ses métiers à tisser Jacquard pour produire 200.000 masques par jour. « Aujourd’hui, on l’oublierait presque mais à cette période, nous étions dans une situation de pénurie de masques très forte. On était dans l’urgence de devoir pallier un manque », explique le chef d’entreprise. A tel point que certains CHU de France ont mobilisé des hélicoptères pour venir récupérer au plus vite la marchandise sortie de l’atelier roannais.

« Nous avons travaillé dans l’urgence avec une ligne directrice : fabriquer des masques pour le plus grand nombre, le plus rapidement possible et de manière la plus accessible en termes de coûts. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le choix de ne pas livrer des masques prêts à l’emploi », développe Antoine Saint-Pierre. Les pièces vendues 0,85 euro l’unité (contre 2 ou 3 euros pour les autres), vous l’aurez compris, demandent quelques ajustements avant d’être utilisées. Elles doivent être passées à la vapeur « pour que les fibres gonflent et se rétractent ». Puis lavées pour épouser la forme du visage.

Performances filtrantes très importantes

« Ce produit brut (qui peut être lavé 30 fois) a généré des incompréhensions. Je le comprends parfaitement mais si nous avions fait des modèles prêts à l’emploi, nous aurions mis dix fois plus de temps. Et le temps, nous n’en avions pas », appuie le dirigeant. Ses équipes, parfois blessées par les réactions sur les réseaux sociaux, ont en réalité œuvré sans relâche. Toutes volontaires pour se relayer 24h/24h, 7j/7 sur les métiers à tisser Jacquart si chers à l’histoire de Lyon. « Il fallait avoir les bons fils au bon moment. On a travaillé avec ce que l’on pouvait avoir, poursuit le dirigeant. Le plus important à nos yeux était de pouvoir développer des performances filtrantes très importantes ».

Les modèles, testés et certifiés, sont capables de filtrer 90 % des particules émises d’une taille supérieure ou égale à 3 microns. Ils ont déjà fait leur preuve au centre anti-cancéreux Léon Bérard de Lyon, le premier à avoir été livré. Soignants, patients, tous en ont porté au début du confinement. « C’est vrai que les masques ne sont pas beaux mais si une serpillière peut sauver des vies, c’est là l’essentiel », sourit Antoine Saint-Pierre.

En réalité, la ville de Lyon n’avait pas d’autres masques de type grand public à distribuer en début de semaine. Elle a fait appel à plusieurs fournisseurs. Les tissages de Charlieu ont été les rapides à livrer. Peut-être aurait-il été judicieux pour la mairie de spécifier au moment de la livraison des précieux sésames qu’il ne s’agissait pas de « masques prêts à l’emploi » ? Mais sur cette question-là, Antoine Saint-Pierre préfère ne pas prendre part au débat. « C’est difficile pour tout le monde. Chacun aurait pu faire mieux mais gérer des situations dans l’urgence n’est pas toujours aisé. Le plus important est de pouvoir sauver des vies », rappelle-t-il encore précisant que sa société travaille aujourd’hui sur des modèles « finis ». Gageons qu’avec ces clés de compréhesion, les Lyonnais arboreront désormais fièrement leurs « serpillières »…