La pollution entraîne-t-elle « une accélération de la propagation du coronavirus », comme l'assure Anne Hidalgo ?

FAKE OFF La maire de Paris a expliqué que « la pollution aux particules entraînait une accélération de la propagation du coronavirus ». Une théorie pas encore confirmée

Mathilde Cousin
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Résultat du confinement sur la pollution de l'air à Paris, le 6 avril.
Résultat du confinement sur la pollution de l'air à Paris, le 6 avril. — PATRICK GELY/SIPA
  • Anne Hidalgo a assuré le 10 mai que « la pollution aux particules entraînait une accélération de la propagation du coronavirus ».
  • Quelques travaux ont été publiés sur la question, mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. 
  • Les risques d’une exposition aux particules fines et au dioxyde d’azote sur la santé sont en revanche bien documentés.

La pollution joue-t-elle un rôle dans la propagation du Covid-19 ?  Anne Hidalgo en est convaincue. « Des études ont montré que la pollution aux particules entraînait une accélération de la propagation du coronavirus », a déclaré la maire de Paris le 10 mai dans un entretien accordé au Journal du dimanche. Une déclaration stratégique, alors que la mairie de Paris réorganise des axes de circulation dans la capitale afin d’éviter un retour massif des véhicules et des émissions associées.

20 Minutes décrypte cette affirmation de la maire de Paris.

FAKE OFF

  • Existe-t-il des études à ce sujet ?

Trois publications émanant d’universités différentes ont récemment cherché à savoir si l’exposition à la pollution atmosphérique augmentait le nombre de décès liés au Covid-19.

Fin mars, une note publiée par des chercheurs italiens a étudié le niveau de pollution et le nombre de cas de Covid-19. Nous étions revenus plus en détail sur cette note au moment de sa publication.

En avril, c’est au tour de l’université de Harvard de se pencher sur cette thématique. Selon ses auteurs, une augmentation d’un microgramme de particules en suspension PM 2,5 est « associée avec une augmentation de 8 % du taux de décès liés au Covid-19 ». Les chercheurs se sont appuyés sur des données enregistrées dans 3.000 comtés américains, représentant 98 % de la pollution. Ils ont ajusté les résultats en prenant en compte plusieurs facteurs tels que la taille ou la densité de la population, le nombre de personnes testées, ou encore l’obésité et le tabagisme. Ils répondent ainsi à un des principaux reproches adressé à la note italienne, qui n’avait pas tenu compte de la densité de la population des régions étudiées.

Une troisième publication s’est penchée sur un éventuel lien entre pollution de l’air et la mortalité liée au Covid-19. Le 20 avril, Yaron Ogen, un chercheur de l’université Martin Luther Halle-Wittenberg, a publié une étude dans la revue Science of Total Environment. Yaron Ogen a pris en compte trois facteurs : le nombre de décès dans 66 régions d’Italie, d’Espagne, de France et d’Allemagne, la pollution au dioxyde d’azote et les flux d’air enregistrés dans ces régions.

« Les résultats montrent que sur les 4.443 cas de décès, 3.487 (78 %) se sont produits dans cinq régions situées dans le nord de l’Italie et le centre de l’Espagne, écrit le scientifique. En outre, ces cinq mêmes régions présentent les plus fortes concentrations de NO2 [dioxyde d’azote] combinées à un flux d’air descendant qui empêche une dispersion efficace de la pollution atmosphérique. Ces résultats indiquent que l’exposition à long terme à ce polluant pourrait être l’un des facteurs les plus importants de la mortalité causée par le virus Covid-19 dans ces régions et peut-être dans le monde entier. »

  • Ces études sont-elles fiables ?

Ces publications souffrent de défauts : la publication italienne « n’est pas du tout un article scientifique, c’est une note, rappelle à 20 Minutes Cathy Clerbaux, directrice de recherches au CNRS. C’est absolument faux de dire que c’est une étude très sérieuse, tant qu’une étude n’est pas validée par les pairs. » La publication de Harvard n’a pas non été relue par des pairs.

Yaron Ogen mettait lui aussi en garde contre toute lecture trop hâtive de son travail : « La corrélation constatée ne signifie pas forcément un lien de causalité », a-t-il souligné à France 24.

  • Existe-t-il des risques pour la santé liés à la pollution ?

Les risques d’une exposition aux particules fines et au dioxyde d’azote sont bien documentés. « Les particules fines et le dioxyde d’azote augmentent significativement le risque de maladies respiratoires, mais ils vont surtout avoir un impact sur les maladies cardiovasculaires », rappelle à 20 Minutes Thomas Bourdrel, médecin et fondateur du collectif Air Santé Climat. Ces pathologies liées à la pollution de l’air « font partie des facteurs de comorbidité du Covid-19 », souligne le médecin, qui met en avant un article scientifique publié en 2007. Selon cet article, l’exposition à des polluants atmosphériques peut modifier « l’immunité de l’hôte aux infections virales respiratoires ».

  • La pollution favorise-t-elle la propagation du virus ?

« Il est quasiment certain que le virus est transporté par des particules fines », avance Thomas Bourdrel. Toutefois, « une fois que l’on n’a dit cela, on ne dit rien, car on ne sait pas s’il est infectant [lors de ce transport]. » On ignore également quelle distance il pourrait parcourir.

Pour lui, la question ne se pose pas pour les espaces en plein air, car « on n’y trouvera jamais une concentration de virus telle qu’il soit contaminant ». Pour les espaces clos, le Haut Conseil de la santé publique avait expliqué le 7 avril « qu’une transmission par aérosol [par voie aérienne] ne peut être exclue », et que ce risque se présente principalement dans les services d’hôpitaux recevant des patients Covid.

L’OMS se montre prudente sur une possible transmission par aérosol : elle explique que celle-ci peut être possible lorsque certains soins, comme l’intubation, sont apportés à un malade, mais se déclare beaucoup plus réservée pour les autres situations. Les gouttelettes, plus denses, restent le principal mode de transmission de la maladie en l’état actuel des connaissances.

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