Déconfinement : Puy du Fou, Lascaux, Pic du Midi… Comment les grands sites touristiques préparent une drôle de saison

TOURISME Au Puy du Fou, comme à Lascaux et au Pic du Midi, on prépare une saison touristique avec de multiples inconnues sur fond de coronavirus

N. S. avec J. U. et M. B.

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Le Puy du Fou, le Pic du Midi et les grottes de Lascaux préparent une saison touristique très perturbée par le Covid-19 et ses conséquences.
Le Puy du Fou, le Pic du Midi et les grottes de Lascaux préparent une saison touristique très perturbée par le Covid-19 et ses conséquences. — Sipa
  • La crise du coronavirus et le confinement ont plongé l’économie, et notamment le tourisme, dans la crise.
  • Le Puy du Fou, Lascaux et le Pic du Midi préparent leur ouverture, tout en composant avec le respect des normes sanitaires, notamment la « distanciation sociale », pas évidente à mettre en œuvre.
  • Les trois sites ont des problématiques propres mais partagent un constat : la saison s’annonce plus que médiocre.

C’est officiel, puisque le Premier ministre l’a dit, ce jeudi. « Les Français pourront partir en vacances en France en juillet et août », a lancé Edouard Philippe, lors de la présentation du plan de soutien au secteur du tourisme. Sous réserve toutefois « de possibles restrictions très localisées » en fonction de l’évolution de l’épidémie de coronavirus

La Vendée, comme les autres départements, espère ne pas être concernée. Ce jeudi, près de 10.000 personnes avaient signé une pétition lancée deux jours plus tôt pour réclamer « l’ouverture prochaine » du Puy du Fou, à l’initiative du monde politique local et régional. Nicolas de Villiers, président du deuxième parc à thème de France en termes de fréquentation (2,3 millions de visiteurs en 2019), derrière Disneyland Paris, table sur la date du 2 juin pour lancer la saison. Initialement, le site devait ouvrir le 4 avril. Mais, comme partout, le Covid-19 et les deux mois de confinement ont complètement chamboulé les plans.

Autre exemple en Dordogne, dans les grottes de Lascaux. « On attend la date d’ouverture des sites que le gouvernement proposera fin mai-début juin, et à partir de là, le temps de tout mettre en œuvre, nous devrions pouvoir rouvrir fin juin-début juillet », espère André Barbé, directeur général de l’emblème préhistorique du Périgord qui, tous sites confondus, attire « plus de 550.000 visiteurs par an ».

Pas de saisonniers et horaires d’hiver au Pic du Midi

Encore plus au sud, à 2.877 mètres d’altitude, le Pic du Midi a coché le 4 juillet pour sa date de rentrée, au lieu de début juin. « D’habitude, l’été, on passe d’une soixantaine d’employés à 85, explique le directeur Daniel Soucaze des Soucaze, qui, en 2019, a vu monter 140.000 personnes jusqu’à l’observatoire scientifique pyrénéen. Mais cette année, nous n’embaucherons pas les 20 saisonniers habituels. Et nous allons rester aux horaires d’hiver, avec huit heures d’ouverture par jour au lieu de douze. Les six beaux concerts qui étaient prévus, il faut aussi les oublier. »

Masques, gel hydroalcoolique, désinfectant… Tous les sites doivent se plier aux usages du « monde d’après », hanté par le Covid-19. Mais la fameuse « distanciation sociale » reste la nouveauté la plus contraignante pour un lieu censé accueillir (beaucoup) de monde.

Même si Nicolas de Villiers relativise : « L’État a mentionné la surface de 4 mètres carrés par personne : sur le Puy du Fou, même en période de pointe, nos visiteurs disposent en moyenne entre 40 et 50 mètres carrés par personne, en théorie. Chez nous, c’est donc multiplié par dix, c’est important que les visiteurs le sachent et puissent être sereins. Nous allons multiplier le nombre de spectacles pour faire en sorte que nos tribunes ne soient jamais pleines, il y aura toujours une distance entre les groupes. »

Le casse-tête des visites

Parkings, restaurants… Le site vendéen a également prévu une adaptation dans ces domaines, bien plus lourde à adopter dans des espaces confinés. Nouveau détour par Lascaux, via André Barbé :

« La taille des groupes pour les visites devra sans doute être réduite de 30 à 50 %. Ce qui veut dire que des groupes normalement constitués de 36 à 40 personnes passeront à 15-20 personnes. On sera sur des notions de visites VIP, avec une belle expérience sur la vie des hommes des cavernes. Mais parallèlement, des éléments seront supprimés du parcours, comme la tablette numérique et certainement le cinéma qui devrait rester fermé. La visite guidée avec un médiateur durera en tout 1 h 30-1 h 45, contre un peu plus de 3 h actuellement en moyenne. »

Au Pic du Midi, un téléphérique conduit vers le sommet ceux et celles qui n’ont pas le courage ou la possibilité d’y aller à pied. Autrement dit, l’immense majorité des visiteurs. « On fait habituellement monter 45 personnes par cabine, détaille Daniel Soucaze des Soucaze. On va voir avec les services de l’État si on passe à la moitié ou à un tiers de la capacité. »

Autre souci : l’hébergement, qui était déjà complet pour l’ensemble de la saison 2020 et commençait à bien se remplir pour l’été 2021. Pour passer la nuit un peu plus près des étoiles, il faut réserver longtemps en amont. « Nous sommes très contraints, avoue le directeur. Nous pouvons accueillir 27 personnes par nuit dans 15 anciennes chambres de scientifiques d’environ 8 mètres carrés. Faudra-t-il servir le petit-déjeuner dans les chambres ? Nous allons trouver des solutions, comme pour les parties sanitaires et douches, qui sont communes. »

D’un site à l’autre, les problématiques diffèrent, mais des interrogations communes jaillissent. Les potentiels touristes oseront-ils se rendre dans des lieux fréquentés ? Qui pourra venir les visiter ? Au Pic du Midi par exemple, la clientèle est composée à 30 % d’étrangers, qui prennent souvent de l’altitude après une escale spirituelle à Lourdes.

Mieux vaut ne pas compter sur eux en 2020, ici comme ailleurs. « On va diviser par deux le nombre de visiteurs, calcule André Barbé, à Lascaux. Ce qui veut dire une année blanche économiquement. » Le discours est similaire au Puy du Fou : « Nous savons que nous allons vivre une saison très sinistrée », affirme Nicolas de Villiers.

Limiter la casse, en attendant 2021

Aussi, en Vendée comme dans le Périgord ou en Bigorre, le mot d’ordre est le même : limiter la casse, pour mieux repartir en 2021. Enfin, si tout va bien. « On espère qu’il n’y aura pas de rechute de la pandémie, lâche Daniel Soucaze des Soucaze. Car ce serait catastrophique. » Un constat valable en haute altitude, comme dans le bocage ou dans des grottes.