Coronavirus : « L’aide d’urgence sera versée automatiquement à 4 millions de familles dans le besoin »

INTERVIEW Aide financière aux plus précaires, accompagnement en cas de loyers impayés… Le ministre du Logement, Julien Denormandie, détaille à «20 Minutes» plusieurs mesures sociales du gouvernement en réaction à la crise sanitaire

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Julien Denormandie, Ministre du Logement, mai 2020.
Julien Denormandie, Ministre du Logement, mai 2020. — Alfonso Jimenez/REX/SIPA
  • Le gouvernement versera ce vendredi une aide financière d’urgence aux familles les plus en difficulté.
  • Le ministre du Logement, Julien Denormandie, annonce à 20 Minutes le nombre de familles qui seront concernées.
  • Il détaille aussi l’aide aux jeunes précaires, les soutiens prévus pour aider les Français à payer leur loyer… Et il répond aux critiques des associations caritatives.

Depuis le début de la crise sanitaire, la précarité que connaissent certains Français s’est brusquement aggravée. Pour y répondre, le gouvernement versera ce vendredi une aide d'urgence d'au minimum 150 euros aux familles en difficulté. Le ministre du Logement, Julien Denormandie annonce à 20 Minutes le nombre de familles qui seront concernées. L’occasion pour lui aussi de revenir sur les autres aides sociales qui ont été décidées par le gouvernement depuis le début de la crise.

La crise sanitaire et le confinement ont fait basculer certains Français de la précarité à la pauvreté. Pouvez-vous déjà mesurer l’ampleur du phénomène ?

La crise que nous traversons a un impact social indéniable. Nous n’avons pas de statistiques précises sur le sujet. Mais nous constatons au quotidien, sur le terrain, que des personnes ont encore plus de mal à boucler les fins de mois que d’habitude, et de plus en plus de personnes sollicitent des aides alimentaires. L’enjeu social est prioritaire et il nous faut y répondre. C’est d’ailleurs pour cela que le gouvernement a mis en place une série d’aides exceptionnelles.

Ce vendredi va être versée l’aide d’urgence d'au minimum 150 euros annoncée par le gouvernement pour les familles les plus en difficulté. A combien de bénéficiaires profitera-t-elle ?

Cette aide d’urgence sera versée automatiquement à 4 millions de familles dans le besoin, ce qui permettra de toucher 5 millions d’enfants. Elle profitera à l’ensemble des familles au RSA (revenu de solidarité active) ou à l’ASS (allocation de solidarité spécifique), qui toucheront 150 euros. Et en plus de cela, toutes les familles touchant les APL (aide personnalisée au logement), le RSA ou l’ASS bénéficieront en plus de 100 euros par enfant. Nous avons décidé que cette aide soit versée automatiquement par les CAF (Caisse d’allocations familiales) pour éviter le non-recours de personnes qui auraient été éligibles à ce dispositif, mais qui n’auraient pas forcément effectué les démarches pour l’obtenir.

Plusieurs associations caritatives estiment que cette aide est trop faible et qu’elle devrait être versée deux fois. Que leur répondez-vous ?

Que cette aide a d’abord le mérite d’exister et qu’elle est importante, puisqu’elle représente en tout 900 millions d’euros. Elle est aussi le témoin du fait que la réponse du gouvernement à la crise que nous traversons est sanitaire, économique mais aussi sociale. Et elle vient en complément d’autres aides que nous mettons en place : le fonds de solidarité, les mesures concernant le chômage partiel, le plan d’aide alimentaire de 50 millions d’euros… Personne ne peut appréhender ce que seront les mois de juin et juillet en fonction de l’évolution du marché de l’emploi. Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement poursuivra l’accompagnement social ces prochains mois, sous une forme ou une autre.

Cette aide ne profite pas aux personnes âgées bénéficiaires de l’ASPA (minimum vieillesse) et aux bénéficiaires de l’AAH (allocation aux adultes handicapés). Pourquoi les avoir laissés de côté ?

On ne laisse personne de côté : 260.000 familles bénéficiaires de l’AAH et des APL vont aussi toucher l’aide exceptionnelle de solidarité. L’objectif de celle-ci est clair : soutenir les familles qui sont confrontées à une hausse de leurs dépenses, notamment d’alimentation, en raison de la fin de l’accès à la cantine pendant le confinement. Elle va bénéficier massivement aux foyers qui ont été et sont toujours confrontés à cette situation.

Début avril, le gouvernement a lancé la distribution de 15 millions d’euros en chèques-service d’un montant de 3,50 euros, pour permettre aux foyers en difficulté d’acheter des produits de première nécessité. Qui en a bénéficié ? Un autre coup de pouce est-il envisageable ?

Début avril, ces chèques-service visaient des personnes en très grande précarité (SDF ou personnes résidant en centre d’hébergement d’urgence). Chaque jour, 90.000 personnes en grande précarité en bénéficient. Il y a dix jours, nous avons annoncé avec Christelle Dubos une enveloppe supplémentaire de 39 millions d’euros pour l’aide alimentaire et pour distribuer des chèques-service aux familles modestes. Près de 100.000 foyers sont ainsi concernés.

En mai, le gouvernement a annoncé une aide de 200 euros à 800.000 jeunes précaires, qu’ils ne toucheront que le 15 juin. Pourquoi avoir attendu si longtemps, alors que beaucoup étaient déjà en difficulté dès le début du confinement ?

Dès le début de la crise, 10 millions d’euros supplémentaires dédiés aux aides d’urgence ont été débloqués par Frédérique Vidal [Ministre de l’Enseignement supérieur] pour les étudiants en difficulté. Et il y a toujours un décalage entre l’annonce d’une aide et sa mise en oeuvre technique, pour limiter au maximum les non-recours. Parfois, il est plus efficace de prendre un peu de temps pour s’assurer que les personnes éligibles à une aide la toucheront bien, plutôt que de se précipiter. Dans tous les cas, l’aide que nous allons verser va permettre à des jeunes précaires, étudiants ou non, de faire face à la baisse de revenus à laquelle ils sont confrontés avec la fin des petits boulots qu’ils occupaient.

Dans une récente tribune, des représentants associatifs plaident pour l’ouverture du RSA aux jeunes dès 18 ans. Le gouvernement est-il réticent à cette idée ?

La priorité, pour les moins de 25 ans, est de les accompagner pour leur permettre de trouver un emploi. Mais il est vrai qu’ils ne bénéficient pas de filet de sécurité. Le gouvernement a toujours dit sur ce point qu’il allait agir avec méthode, et que la question serait posée pour la mise en place du RUA (Revenu universel d’activité). Les concertations sont en cours sur le sujet. Rien n’est encore décidé.

Quelle est l’ampleur des impayés de loyers depuis le début du confinement ?

Nous n’avons pas de statistiques consolidés sur le sujet, mais des indicateurs montrent que ce phénomène est en expansion. Nous avons mis en place la plateforme « Sos loyers impayés » (08 05 16 00 75), qui donne accès à des conseils d’experts pour trouver des solutions individuelles. Depuis le début de la crise, nous avons aussi mobilisé le Fonds de solidarité logement (FSL), géré par les collectivités territoriales et doté de 350 millions d’euros, pour qu’il accorde des aides financières aux personnes qui rencontrent des difficultés pour payer leur loyer. Nous avons aussi mis en place un accompagnement personnalisé par les bailleurs sociaux afin que des solutions individuelles puissent être trouvées pour les locataires en difficulté (étalement ou report des loyers).

Des associations demandent la création d’un fonds national d’aide au paiement de la quittance. Cette idée est-elle envisageable ?

Le défi, aujourd’hui, est que les personnes aient effectivement accès aux aides qui existent. Il faut déjà utiliser le Fonds de solidarité logement.

Vous avez annoncé la prolongation de la trêve hivernale des expulsions locatives jusqu’au 10 juillet. Pourrait-elle encore être repoussée ?

Nous l’avons déjà reportée au 31 mai, puis au 10 juillet. Cette question dépend de la situation dans laquelle le pays sera mi-juillet. Ce qui est sûr, c’est qu’à deux reprises, la main du gouvernement n’a pas tremblé pour reporter la fin de la trêve hivernale, et ce pour éviter toute expulsion locative.

Les chantiers reprendront-ils tous fin mai comme vous l’avez prévu ?

Oui, et d’ailleurs la reprise est déjà là. Aujourd’hui, un chantier sur deux a déjà redémarré, il y en avait un sur trois il y a dix jours. Il y a une envie de reprise chez les salariés du secteur et chez les Français qui ont besoin de logements. Cette reprise n’est pas facile, mais elle est faisable. Nous nous sommes d’ailleurs assurés pour que les conditions sanitaires et juridiques soient garanties pour cette reprise des chantiers.

Pensez-vous que le marché immobilier sera très affecté par la crise ?

Il est trop tôt pour le dire. Mais l’on sait que beaucoup de Français sont retournés dans des agences immobilières cette semaine et qu’ils sont confiants dans leur projet. Par ailleurs, le confinement a été propice pour s’interroger sur de nouveaux projets immobiliers. Ce qui est sûr, c’est que le marché sera un élément majeur de la reprise économique de notre pays.