Coronavirus : Hausse des bénéficiaires, baisse du nombre de bénévoles… L’inquiétude des associations caritatives monte d’un cran

SOLIDARITE La crise sanitaire et économique met sous tension les associations qui dispensent des aides d’urgence

Delphine Bancaud

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Des bénévoles du Secours Populaire distribuent des produits de première nécessité à Saint-Denis, le 6 mai 2020.
Des bénévoles du Secours Populaire distribuent des produits de première nécessité à Saint-Denis, le 6 mai 2020. — AFP
  • Travailleurs précaires, employés non déclarés ou encore intérimaires, ils sont nombreux à venir pour la première fois taper aux portes des associations, prises de court.
  • Ces dernières s’inquiètent aussi des dons de fins d’année qui pourraient être moins importants avec la crise.

Des files d’attente devant les points de distribution alimentaire qui s’allongent de semaine en semaine. Ces images inquiétantes sont de plus en plus fréquentes dans les grandes villes. En première ligne sur le front, les associations caritatives le confirment : « On observe un très fort accroissement de la demande d’aide alimentaire depuis le début du confinement : le nombre de bénéficiaires de nos colis alimentaires a d’ailleurs progressé de 45 % en deux mois », observe Jean Stellittano, secrétaire national du Secours populaire.

Même constat pour Véronique Fayet, présidente du Secours catholique : « Nous avons distribué 3 millions d’euros de chèques-service en deux mois pour acheter des produits de première nécessité, soit 10 fois plus qu’en temps habituel ». Les Restos du cœur sont aussi débordés : « On note une recrudescence de la fréquentation de nos accueils, et plus de demandes de contacts lors de nos maraudes. On a aussi distribué des repas froids dans les gymnases où des SDF avaient été mis à l’abri. Et alors que la distribution alimentaire se fait normalement sous conditions de ressources dans nos accueils, depuis le début de la crise, on a décidé que l’accueil serait inconditionnel ».

« Si le nombre de bénéficiaires augmente trop, on ne pourra pas monter cette marche »

Car si certains Français connaissaient déjà des fins de mois ardues, la crise sanitaire et le confinement ont aussi mis en difficulté les ménages à faibles revenus, les faisant basculer parfois brutalement de la précarité à la pauvreté. « Beaucoup de gens que nous n’avions pas l’habitude de voir dans nos accueils y viennent désormais : des personnes qui étaient en CDD ou en intérim et qui n’ont plus d’emploi, des familles qui doivent supporter des frais alimentaires en plus car elles ne bénéficient plus des tarifs sociaux de la cantine, des personnes sans papiers qui n’ont plus de petits boulots… », explique Véronique Fayet. « On a vu revenir dans nos accueils des gens qui avaient retrouvé avant la crise sanitaire un équilibre fragile. Les personnes qui fréquentaient des épiceries sociales ou des accueils de jours qui ont été fermées pendant le confinement se sont aussi rabattues sur les antennes du Secours populaire », observe de son côté Jean Stellittano.

Une hausse de la demande d’aide qui a engendré de fortes dépenses pour les associations : « L’aide apportée jusqu’à début mai par le Secours populaire représente l’équivalent de 315 millions d’euros, car nous avons dû acheter massivement des denrées alimentaires », informe Jean Stellittano. Sans compter qu’il a fallu pour les associations s’équiper de masques, de visières, de gel, ce qui a généré de nouvelles dépenses. Heureusement, elles ont pu dans le même temps bénéficier d’un élan de solidarité des Français, selon Nolwenn Poupon, porte-parole de France Générosités, syndicat qui représente une centaine d’associations et de fondations : « Lors du confinement, beaucoup de particuliers ont effectué spontanément des dons en ligne. Mais on ignore s’ils recommenceront d’ici à la fin de l’année 2020. Or, 41 % des dons qui sont effectués auprès des associations le sont sur les 3 derniers mois de l’année. Si la baisse des dons est trop forte à ce moment-là, la situation va se compliquer », s’inquiète-t-elle. « La crise économique est devant nous. Si le nombre de bénéficiaires augmente trop, on ne pourra pas monter cette marche », s’alarme Lionel Hesclowicz, trésorier des Restos du cœur.

Beaucoup d’associations manquent de bras actuellement

Conscient du risque de l’augmentation de la pauvreté, le gouvernement a annoncé fin avril le déblocage d’une enveloppe de 39 millions d'euros distribués aux associations pour financer des achats de denrées. « Ça peut nous faire tenir plusieurs mois, mais la crise économique va se faire ressentir beaucoup plus longtemps que ça », souligne Lionel Hesclowicz. « On est loin du compte », renchérit Jean Stellittano.

Mais ce n’est pas la seule inquiétude des associations. Car beaucoup d’entre elles manquent de bras actuellement : « On a fonctionné avec 30 % de bénévoles pendant le confinement, car beaucoup d’entre eux sont âgés et ne pouvaient pas prendre de risque pour leur santé. En parallèle, nous avons reçu aussi beaucoup de candidatures, mais nous n’avons pas pu intégrer beaucoup de nouveaux bénévoles car leur formation prend du temps et que nous étions déjà débordés », explique Lionel Hesclowicz. Un problème que rencontre aussi le Secours populaire : « Cinq mille nouveaux bénévoles sont venus grossir nos rangs pendant le confinement pour compenser la mise en retrait de ceux qui ne pouvaient pas assurer les accueils. Mais compte tenu de l’accroissement de la demande d’aide, il nous en faudra beaucoup plus », estime Jean Stellittano. « Beaucoup de nos bénévoles sont âgés et vont avoir peur de reprendre leurs activités tant que le virus circulera. Et des nouveaux bénévoles jeunes vont reprendre progressivement leur travail. On va devoir organiser des distributions plutôt le soir ou le week-end pour s’adapter à leurs contraintes », anticipe aussi Véronique Fayet.