Coronavirus : La Bretagne, un exemple à suivre pour le déconfinement de la France ?

EPIDEMIE La stratégie mise en place dans le Morbihan a permis d'isoler les malades et d'identifier les cas contacts

Camille Allain

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Une affichette sur l'école publique de Crac'h (Morbihan), commune touchée par le coronavirus où les écoles sont fermées.
Une affichette sur l'école publique de Crac'h (Morbihan), commune touchée par le coronavirus où les écoles sont fermées. — C. Allain / 20 Minutes
  • La Bretagne a été relativement épargnée par l’épidémie de coronavirus.
  • Les autorités estiment que la détection rapide des cas suspects a permis de limiter la propagation du Covid-19.
  • La stratégie de détection et d’isolement a été retenue pour mener le déconfinement au niveau national.

Un peu moins de 3.000 malades identifiés et 300 décès. Si la Bretagne a été frappée par l’épidémie de Covid-19, elle a cependant été relativement épargnée par le virus. Début mars, la région avait pourtant abrité l’un des premiers clusters où le coronavirus circulait activement. A Auray, Crac’h ou Carnac, plusieurs cas de malades avaient été recensés dans un secteur géographique limité. Une configuration similaire à l’Oise ou à la région Grand-Est, frappées très tôt par l’épidémie, mais qui n’a pas eu les mêmes conséquences. Dans le Morbihan comme dans tous les départements bretons, le coronavirus a vu sa propagation être limitée, notamment en raison de mesures de confinement prises rapidement. De quoi en faire un exemple à suivre pour le déconfinement de la France ? Pas impossible.

Quand nous nous étions rendus à Crac’h un froid lundi de mars, les habitants venaient d’apprendre que le virus s’était installé et que leurs écoles étaient fermées jusqu’à nouvel ordre. Plusieurs personnes nous avaient alors fait part de leur étonnement face à des mesures aussi radicales. Plus de deux mois plus tard, on comprend que ces décisions prises dans les bureaux de la préfecture un dimanche soir ont sans doute permis de limiter la propagation du virus. « Les mesures avaient été prises très rapidement. Nous avions anticipé et cela a retardé la propagation. Les études épidémiologiques devront le confirmer », assure Stéphane Mulliez, directeur de l’agence régionale de santé. Les clubs de bridge chez qui le virus s’était invité avaient également agi rapidement, suspendant les compétitions et rassemblements de joueurs de cartes.

« Nous l’avons su très vite »

A Bruz, près de Rennes, un autre cluster avait également été détecté et là aussi, la propagation s’était avérée limitée. La détection précoce semble aussi avoir été la clé de cette réussite. « Une institutrice nous avait alertés et nous avait prévenus de plusieurs cas suspects autour d’elle. Nous l’avons su très vite, donc nous avons pu intervenir rapidement et éviter la propagation », explique le professeur Pierre Tattevin, infectiologue au CHU Pontchaillou. Un poste avancé avait permis à 200 personnes de venir consulter des médecins dès le lendemain. A en croire l’infectiologue, cette réactivité sera la clé du succès du déconfinement français. « Dès que l’on voit des signaux apparaître, il faut agir pour interrompre très tôt la propagation. Si on y arrive, je suis persuadé que l’on pourra échapper à la deuxième vague », estime le médecin rennais.

Le directeur de l’ARS partage le même avis et insiste sur la nécessité pour la population de continuer à respecter les gestes barrière et la distanciation. Car le civisme breton a visiblement payé. « Dans la région, les mesures de confinement ont été strictement observées et nous avons vu la propagation ralentir très rapidement ».

Le déconfinement acté, la capacité de la région à tester ses cas suspects devra permettre aux autorités d’isoler les malades. En Bretagne, 3.000 à 3.700 tests par jour peuvent être réalisés. Rien qu’à Lannion, où un foyer a été détecté, environ 500 personnes ont été testées et 46 cas ont été recensés. La stratégie : « tester, tracer, isoler ». Exactement ce qui avait été mis en place début mars dans le Morbihan.

Si le civisme de la population et la réactivité des institutions ont permis à la région d’échapper à la vague, les médecins reconnaissent aussi que la démographie a joué un rôle. Car la Bretagne n’affiche pas une forte densité de population, contrairement au Grand-Est ou à la région parisienne. La préfète de région Michèle Kirry plaide même pour « la modestie ». « Il y a des facteurs qui ne sont pas à notre main ». Au-delà de la Bretagne, c’est toute la façade ouest de la France qui a été relativement épargnée.