Déconfinement : Pourquoi les règles de distanciation varient-elles entre le train et l'avion ?

TRANSPORTS Le trafic ferroviaire commence à reprendre, mais avec des trains à demi-pleins, tandis que les avions n’appliqueront pas obligatoirement la distanciation physique

Laure Cometti
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Jacques Witt / SIPA
  • Depuis le 11 mai, la circulation des trains augmente un peu en France, avec de nouvelles règles pour endiguer l’épidémie de Covid-19.
  • Les trains longue distance ne pourront pas afficher un taux de remplissage supérieur à 60 %, selon une consigne fixée par le gouvernement pour garantir la distanciation physique entre voyageurs.
  • Mais ces règles ne s’appliquent pas dans les avions, pour des raisons sanitaires, et économiques.

L’adaptation au terrain est la clé selon le gouvernement, pour lever progressivement le confinement depuis lundi. Cela s’applique aussi aux modes de transports, d’où un déconfinement différent selon que l’on prend l’ avion, ou le train. En matière de distanciation physique, les règles ne sont pas les mêmes selon que l’on se déplace sur les rails ou dans les airs. Pourquoi ? 20 Minutes fait le point.

Des trains longue distance remplis à 60 % maximum

Côté trains, la SNCF augmente son trafic depuis lundi. La compagnie renforce aussi le nettoyage et la désinfection des trains et des gares. Pour limiter les risques de contamination, entre passagers, les wagons ne pourront pas être remplis. Le président-directeur général de SNCF Voyageurs, Christophe Fanichet a précisé au Parisien, le 6 mai, que les réservations seront bloquées sur les trains longue distance, dès 50 % du taux d’occupation atteint.

Le secrétaire d’Etat aux Transports a annoncé que le taux de remplissage des TGV et trans longue distance serait « bloqué » à 60 %. « C’est le niveau d’équilibre économique, ce qui permet à la fois de faire la sécurité sanitaire et de ne plus perdre trop d’argent pour les TGV », a expliqué ce mardi Jean-Baptiste Djebbari sur France Inter.

Pas de distanciation physique dans les avions

En revanche, il n’y a pas de taux de remplissage maximal imposé par l’exécutif dans le secteur aérien. Comme dans les trains, le port du masque est obligatoire depuis lundi dans les avions affrétés par Air France, et le nettoyage est renforcé. Mais les règles de distanciation physique ne seront pas obligatoires, alors des photographies d'avions remplis avaient suscité de nombreuses réactions sur les vols, au début du confinement. Certains partisans d’un tournant écologique pour sortir de la crise du coronavirus voient d’un mauvais œil cette absence de contrainte pour un secteur qu’ils jugent polluant, alors que l’Etat français a débloqué 7 milliards d’euros pour aider Air France-KLM.

Contacté par 20 Minutes, le ministère des Transports justifie cette différence entre le ferroviaire et l’aérien. « Une cabine est un environnement sanitaire assez contrôlé, grâce au filtrage de l’air ». D’après les constructeurs Airbus et Boeing, 30 % de l’air de la cabine est renouvelé tout au long du vol, et 70 % est recyclé, en passant par des filtres dits HEPA, les mêmes que ceux utilisés en milieu hospitalier. Combiné avec le port du masque individuel, obligatoire sur les vols Air France, et à la prise de température des passagers avant l’embarquement, ce système de filtre permettrait de limiter la contamination, même sans distanciation physique, selon un conseiller ministériel. Air France a renforcé le nettoyage des avions et pulvérise tous les cinq jours « un produit virucide homologué ».

Le service de presse de la SNCF a répondu mercredi à nos questions, précisant que les TGV sont « ventilés en permanence grâce à un système de filtrage ultra puissant ». L’air dans les rames est ainsi intégralement renouvelé toutes les 9 minutes, assure l’entreprise, et le filtrage « équivaut aux performances du port de masques chirurgicaux ». Dans les autres trains, TER ou Intercités, l’air est ventilé et renouvelé toutes les 6 minutes. Alors pourquoi le gouvernement a-t-il imposé une distanciation physique dans les trains de la SNCF, mais pas dans les avions d’Air France ?

Des discussions sur l’aérien, entre pays européens

Le ministère souligne que, de fait, le remplissage des avions est faible, car peu de passagers voyagent. « Le taux de remplissage est autour de 50 %, et quand l’avion n’est pas rempli, Air France peut faire en sorte de laisser un siège vacant entre les passagers », observe-t-on au ministère des Transports.

Ce choix est aussi économique. L’Association internationale du transport aérien (AITA), qui regroupe 290 compagnies aériennes, a déclaré le 5 mai être défavorable à la distanciation physique dans les avions, ajoutant qu’elle pourrait faire monter les prix des billets de 43 à 54 %. « Le modèle économique [du transport aérien] débute avec un taux de remplissage à 75 % », a déclaré Jean-Baptiste Djebbari sur RTL dimanche. « Nous allons chercher là-dessus une coordination avec les pays européens », a-t-il poursuivi. La crainte étant que les compagnies appliquent des taux de remplissages différents et se fassent concurrence, alors que le secteur aérien est l'un des plus touchés par l'épidémie de coronavirus. Mais la SNCF risque elle aussi de pâtir économiquement des règles de distanciation, la rentabilité d’un TGV démarrant dès qu’il est rempli à 70 %.