Coronavirus à Lyon : « Je me devais d’être présente pour rassurer les patients », confie Elise, 37 ans, médecin généraliste

TEMOIGNAGE Médecine généraliste à Lyon, cette jeune maman a gardé son cabinet ouvert pendant tout le confinement

Caroline Girardon

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Elise, 37 ans, médecin généraliste à Lyon témoigne de son vécu pendant le confinement.
Elise, 37 ans, médecin généraliste à Lyon témoigne de son vécu pendant le confinement. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Médecin généraliste à Lyon, Elise a gardé son cabinet ouvert pendant tout le confinement même si les consultations sont effondrées les premières semaines.
  • Les débuts ont été chaotiques et il a fallu attendre un mois avant de recevoir des masques envoyés par l’Ordre des médecins.
  • Même si elle considère qu’elle n’a pas été en première ligne, elle espère que les médecins de ville « ne seront pas les grands oubliés de l’histoire ».

Ils font partie de celles et ceux qui n’ont pu rester confinés. En continuant à sortir, tous les jours, pour aller au travail, ils ont permis à tous de se soigner, de se nourrir, et à l’économie de ne pas s’effondrer. Médecin généraliste à Lyon, Elise, 37 ans, a gardé son cabinet ouvert tout en continuant de se déplacer trois demi-journées par semaine dans une clinique psychiatrique. Elle évoque auprès de 20 Minutes cette période de deux mois à part.

A la veille du déconfinement, l’heure est au bilan. Avec la crainte des jours à venir et le sentiment d’avoir vécu quelques « d’inimaginable » il y a encore quelques mois. « On s’y attendait un peu. Mais c’est vrai qu’au début on était dans le flou total, dans l’expectative », se remémore Elise. Aucune information de l’ARS, agence régionale de la santé. Pas plus de l’ordre des médecins. « Tout ce que l’on apprenait les jours précédant le confinement, c’était par le biais des médias ou des réseaux sociaux. Avec parfois, son lot de fausses informations. »

Maman d’un petit garçon de deux ans, Elise n’a jamais eu l’idée de raccrocher son stéthoscope. Malgré les recommandations de ses proches, elle décide de laisser son cabinet ouvert, consciente des risques que cela suppose. « J’étais au début de ma seconde grossesse. On ne savait pas grand-chose sur les risques de transmission pour les femmes enceintes », précise-t-elle. D’autant, que comme la majorité des médecins de ville, elle ne dispose alors d’aucun moyen de protection. Pas de masques, ni de gel hydroalcoolique.

La solidarité des confrères

« Ce sont nos confrères ophtalmologues et surtout les dentistes qui nous ont aidés. Contraints de fermer leurs cabinets, ils nous ont alors donné tous leurs stocks de masques ». Le temps de trouver un plan B au sein même du cabinet qu’elle partage avec d’autres praticiens. « On a mis en place une organisation. Chacun à notre tour, nous allions à la pharmacie pour réapprovisionner les stocks pour tout le monde. Et on a eu le temps de faire la tournée des pharmacies de Lyon, plaisante-t-elle. Car les masques distribués par l’Ordre des médecins sont arrivés il y a mois de trois semaines… Un peu après la guerre. »

« On a fait très attention pendant cette période », poursuit Elise. Chaque soir, en rentrant du travail, le même rituel : laisser ses chaussures à l’entrée, se déshabiller et filer sous la douche, changer d’habits pour éviter de ramener le moindre microbe à la maison. Par chance, la jeune maman n’a pas été fréquemment confrontée au virus. « J’ai eu peu de cas et les formes observées n’étaient pas sévères, dévoile-t-elle. Je n’ai pas eu à sauver des vies. Mon rôle consistait surtout à éviter que les patients ne se rendent aux urgences, à les rassurer car beaucoup étaient anxieux. C’est pour cela que les applaudissements le soir à 20h, je ne les ai jamais pris pour moi. Je n’avais pas le sentiment d’être en première ligne. »

Effondrement des consultations

Le nombre de consultations, constate Elise, s’est effondré les quatre premières semaines de confinement. « Le mot d’ordre avait été passé de rester chez soi. Les gens l’ont appliqué », témoigne la jeune femme montrant son agenda en guise de preuve. De 20 à 25 rendez-vous par jour, elle est passée à trois en moyenne au quotidien. « Le reste, c’était essentiellement des appels téléphoniques sans consultations à la clé. Au mois d’avril, j’ai perdu un tiers de mon chiffre d’affaires mais je ne me suis jamais posée la question de fermer. Pour moi c’était une évidence : il fallait continuer d’être présente, ne serait-ce que pour rassurer les patients même si parfois je ne pouvais pas apporter de réponses à leurs questions. »

La téléconsultation a par ailleurs montré ses limites, estime-t-elle. « Comme les patients ne sont pas en face de nous et qu’on ne peut les ausculter, il est difficile de diagnostiquer un manque de souffle par exemple. On était plus sur des conseils et de l’orientation que sur une vraie consultation. »

« J’espère que les médecins de ville ne seront pas les grands oubliés de l’histoire »

A quelques heures du déconfinement, la généraliste confie toutefois ses craintes. A commencer par un laxisme dont pourraient faire preuve les citoyens. « Ne pas porter de masques, c’est un manque de civisme », estime-t-elle souhaitant que les règles imposées dans les magasins ou les transports seront respectées. Quant à l’avenir de sa profession, elle nourrit également quelques inquiétudes : « On a observé un gros retard dans les consultations et cela risque d’engendrer des conséquences sanitaires importantes. Des confrères ont vu, par exemple, des patients avec une fracture de la malléole consulter au bout de quatre jours, ou des personnes âgées qui s’étaient cassé la hanche venir tardivement car elles ne voulaient pas déranger. Malheureusement, une mauvaise prise en charge peut avoir des conséquences irréversibles… On se demande bien qui l’on va voir revenir dans nos cabinets. »

« Je ne sais pas si cet épisode changera en profondeur la société mais j’espère que l’hôpital sera revalorisé. Il y a des infirmières qui travaillent en réanimation et qui gagnent seulement 1.400 euros par mois avec des horaires pas possibles », conclut-elle avant de glisser presque gênée : « J’espère également que les médecins de ville, qui sont souvent considérés comme la dernière roue du carrosse, ne seront pas les grands oubliés de l’histoire… Même si on a eu un rôle moins important que les soignants hospitaliers. »