Coronavirus : Le calvaire d'Amelle bloquée en Algérie depuis deux mois et sans perspective de retour

EPIDEMIE La jeune femme est bloquée en Algérie depuis deux mois. Elle est sans nouvelles de l'ambassade de France et d'Air France 

Guillaume Novello

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Des forces de police à Alger, le 6 avril 2020.
Des forces de police à Alger, le 6 avril 2020. — Fateh Guidoum/PPAgency/SIPA
  • Amelle, originaire de Saint-Ouen, est bloquée en Algérie et n’a aucune perspective de retour.
  • Face au mutisme des autorités consulaires et à l’impossibilité de monter dans l’un des cinq vols par semaine, elle se sent abandonnée.
  • Confrontée à l’absence de revenus, elle doit également faire face à des problèmes de santé qui se sont aggravés en raison d’un « état de stress intense ».

Si la fin du confinement avance à grands pas pour de nombreux Français, pour d’autres, c’est loin d’être la fin. C’est le cas d’Amelle, une jeune femme de 33 ans, originaire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et actuellement bloquée en Algérie. « Je suis arrivée à Alger le 11 mars avec ma mère et ma tante pour les 80 ans surprise de ma grand-mère, explique-t-elle. Nous devions repartir le 21 mars mais notre vol a été annulé quelques jours avant. » En effet, en raison de l’épidémie de coronavirus, l’espace aérien algérien a été fermé et les liaisons maritimes suspendues, jusqu’à nouvel ordre.

Amelle contacte alors Air France qui lui indique dans un premier temps qu’un rapatriement sera mis en place. Néanmoins l’ambassade a fermé en raison du Covid-19 et ne reste plus qu’un numéro d’urgence, que la jeune femme appelle, sans grands résultats. « En fait, le consulat nous renvoyait vers Air France quand la compagnie nous disait de nous adresser au consulat », s’étonne-t-elle. Puis pour obtenir un nouveau billet d’avion, les autorités françaises indiquent qu’il faut envoyer un SMS à Air France. Mais ce dimanche, le consulat publie sur son site un communiqué où est précisé : « En raison du très grand nombre de demandes de réservation reçues et en cours de gestion, le service d’inscription par SMS est momentanément suspendu par Air France, dans l’attente du rétablissement prochain d’un système de réservation en ligne. Aucun autre dispositif ne doit être utilisé. » Retour à la case départ.

Des critères obscurs

Désemparée et sans informations, Amelle s’est rendue à l’aéroport d’Alger pour en savoir davantage. « Il y avait plusieurs milliers de personnes qui attendaient en vain, raconte-elle. Un chef d’escale appelait les noms des personnes autorisées à rentrer en France dans un brouhaha énorme, c’était à peine audible. » Mais elle ignore toujours comment figurer sur cette liste des heureux élus et fustige des « critères de sélection obscurs et peu clairs ». « De un à deux par semaine au début de la crise, la fréquence des vols a pu récemment être augmentée à cinq vols par semaine grâce aux efforts des autorités françaises et algériennes et de la compagnie Air France », indique pour sa part le consulat dans un communiqué du 8 mai. « Selon l’ambassade nous étions 31.000 Français en Algérie au début du confinement donc avant de tous les rapatrier, il faudra du temps », souligne la jeune femme.

Mais c’est surtout la situation sanitaire qui préoccupe le plus la trentenaire. « Nous sommes dans un état de stress intense, ma tante est diabétique et ma mère suit un traitement qui n’existe pas ici et moi-même sous l’effet du stress, j’ai eu des problèmes de santé qui se sont aggravés. En conséquence, le consulat m’a placée sur la liste de priorité 3 sans que je sache ce que cela signifie. » Elle s’inquiète aussi de l’absence de revenus. « Nous avons consommé 300 euros de hors forfait pour moi et ma mère en raison des appels au consulat et à Air France, détaille-t-elle, auxquels il faut ajouter 700 à 800 euros pour les quatre billets que j’ai pris et dont je n’ai toujours pas été remboursée. » Ce confinement en Algérie tombe également au plus mal pour le projet professionnel d’Amelle. « Je suis en pleine création d’entreprise et je suis complètement paralysée, ajoute-t-elle. Je n’avais pas pris mon ordinateur avec moi donc je ne peux pas du tout avancer. »

Des commentaires incendiaires sur Facebook

Evidemment, Amelle n’est pas la seule dans cette situation et il suffit de consulter les commentaires incendiaires en dessous des publications sur les réseaux sociaux de l’ambassade de France à Alger pour avoir un aperçu de la tension ambiante. C’est d’ailleurs pour tenter de rassurer et de se défendre que l’ambassade a publié un long communiqué ce vendredi. Elle souligne que « les personnels de l’ambassade de France et de nos trois consulats généraux sont restés mobilisés 7 jours sur 7. Ils ont répondu à plus de 15.000 appels et 60.000 mails depuis le 17 mars. » Elle indique également, qu’il « ne faut pas se méprendre sur leurs missions : ils ne vendent pas de billets d’avion, ils ne font pas non plus de réservations, ils ne remplissent pas les avions ». 

Mais c’est la fin du communiqué qui a irrité Amelle. « Beaucoup sont dans un pays dont ils possèdent parfois la nationalité et souvent de la famille, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas totalement isolés. […] Tous ceux qui peuvent rester en Algérie, notamment ceux qui y ont leurs familles, […] sont invités à faire preuve de patience. » « Je suis Française, je n’ai pas la binationalité, je ne parle pas l’arabe, je ne vis pas ici, en plus nous habitons chez mes grands-parents de 88 et 80 ans », énumère-t-elle, peu encline à « faire preuve de patience ».

Sans perspectives de retour, c’est l’absence d’informations qui la mine le plus. « Nous sommes dans l’ignorance totale, dénonce-t-elle. J’ai écrit au ministère des Affaires étrangères, à l’Elysée, à des députés mais rien, aucune réponse ». Face à cette situation ubuesque, elle se raccroche à son billet prévu pour le 1er juin, mais sans trop y croire.

Si vous aussi, vous êtes bloqués à l’étranger depuis le début du confinement et que vous ne savez pas quand vous pourrez rentrer en France, vous pouvez témoigner en replissant le formulaire ci-dessous. Merci d’avance.