Coronavirus à Rennes : « Je me suis sentie utile », témoigne Audrey, infirmière au CHU

EPIDEMIE La jeune soignante a participé à la création d’une unité de dépistage du Covid-19 au CHU Pontchaillou

Camille Allain

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Audrey est infirmière au CHU Pontchaillou, à Rennes. Elle a intégré une unité de dépistage du coronavirus.
Audrey est infirmière au CHU Pontchaillou, à Rennes. Elle a intégré une unité de dépistage du coronavirus. — C. Allain / 20 Minutes
  • Infirmière au service des maladies infectieuses, Audrey a quitté son unité pour intégrer un service de dépistage du coronavirus au CHU de Rennes.
  • La jeune femme a côtoyé des malades pendant plusieurs semaines mais assure n’avoir « jamais eu peur ».
  • A l’aube du déconfinement, elle espère que l’épidémie sera contenue mais assure que les équipes se tiennent prêtes.

Ils font partie de celles et ceux qui n’ont pu rester confinés. En continuant à sortir, tous les jours, pour aller au travail, ils ont permis à tous de se soigner, de se nourrir, et à l’économie de ne pas s’effondrer. Infirmière au CHU de Rennes, Audrey, 30 ans, a intégré un service de dépistage du coronavirus quand la grande majorité de la population de la capitale bretonne était calfeutrée chez elle. Elle évoque auprès de 20 Minutes cette période de deux mois à part.

Dans les couloirs du CHU Pontchaillou, Audrey croise l’une de ses anciennes collègues du service des maladies infectieuses. Le sourire caché par son masque, la jeune infirmière rigole. Celle avec qui elle travaille depuis des années ne l’a pas reconnue. Depuis le mois de février, la soignante a quitté son service et ses gardes de nuit pour intégrer l’unité de dépistage du coronavirus du CHU Pontchaillou, à Rennes.

La nouvelle est tombée par téléphone, un jeudi de février. Alors qu’elle revenait d’un long arrêt de travail après un accident, Audrey se voit proposer un poste d’infirmière au sein d’une nouvelle unité créée par le CHU pour dépister les malades du Covid-19. La France regarde alors la Chine se confiner et voit le virus arriver sur son sol discrètement. « C’est ma cadre qui m’a appelée. Je n’ai pas hésité une seconde même si je me suis demandé où j’allais ». A son retour à l’hôpital, Audrey quitte son service des maladies infectieuses pour intégrer sa nouvelle unité, où personne ne se connaît. Pendant plusieurs jours, les équipes se préparent, nettoient les locaux et tentent de s’organiser. « On n’avait aucun patient car la Bretagne n’était pas encore touchée. Le CHU avait anticipé pour être prêt​. Avec le recul, je me dis qu’ils ont bien fait ».

« Ce week-end-là, je m’en souviendrai longtemps »

Relativement épargnée par la vague de mars, la Bretagne voit tout de même l’épidémie la frapper et le nombre de personnes à dépister grimpe en flèche le week-end du 15 mars. « Je faisais mes douze heures plus quelques supplémentaires. On était peu nombreuses donc on faisait tout : les admissions, l’accueil des patients, le nettoyage des chambres. Ce week-end-là, je m’en souviendrai longtemps ». L’équipe est alors renforcée pour faire face à l’afflux de patients. « J’ai toujours senti qu’on avait du soutien. Jamais je n’ai eu l’impression d’être seule », résume celle qui vient de fêter ses 30 ans.

Dès le début du confinement, Audrey décide de se couper de ses proches et s’isole seule dans son appartement. « Ma plus grande peur, c’était de contaminer les autres », résume-t-elle. Au contact permanent de malades, la jeune femme assure « ne pas avoir eu peur » d’attraper le virus si contagieux. « Je me suis sentie utile. Je ne me voyais pas rester chez moi. On voyait des gens paniqués, d’autres très tranquilles. Mais tous s’interrogeaient ». Chaque soir, Audrey entend les applaudissements retentir autour d’elle. « C’est très émouvant. C’est un bel hommage que l’on nous rend mais je suis partagée. Car j’ai l’impression qu’il aura fallu une crise mondiale pour que l’on se rende compte du travail des soignants ». La jeune femme pense aussi à tous les autres corps de métiers mobilisés face à l’épidémie. « Les oubliés », comme elle les appelle.

Pour se changer les idées, Audrey a régulièrement chaussé ses baskets pour un petit footing autour de chez elle. Alors que le déconfinement démarre, elle avoue avoir hâte de pouvoir quitter ce rayon d’un kilomètre autour de chez elle. Et attend, comme beaucoup, de revoir sa famille et ses amis. Craint-elle de voir le nombre de cas repartir à la hausse ? « On me demande parfois mon avis sur le virus. Mais je ne suis pas médecin, je n’en sais pas plus. Je peux juste dire que nous ferons face. Depuis le début de l’épidémie, on s’est toujours adaptés, on voyait les protocoles changer tous les jours. J’ai vu de l’entraide, de la solidarité entre les différents services. C’était comme une grande famille ». Audrey s’interrompt. « J’en parle au passé alors que ce n’est pas terminé », glisse-t-elle, un brin gênée. « Il faut continuer à se battre contre ce virus ». Ce sera le mot de la fin.