Coronavirus en Auvergne Rhône-Alpes : Comment va se passer le déconfinement en prison

DETENTION A partir du 11 mai, les détenus vont de nouveau pouvoir recevoir de la visite dans les prisons d’Auvergne Rhône-Alpes où plusieurs mesures vont encadrer le déconfinement

Elisa Frisullo

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Corbas, le 29 novembre 2017
Illustratrion d'une maison d'arrêt
Corbas, le 29 novembre 2017 Illustratrion d'une maison d'arrêt — pixpalace
  • Dans le cadre du déconfinement, les parloirs vont de nouveau être autorisés sous conditions dans les prisons de la région. 
  • «20 Minutes» a interrogé la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lyon sur les mesures prévues dès le 11 mai. Mais aussi sur la manière dont s'est déroulé confinement et l'impact du virus en détention.

Dans les prisons aussi, la date du 11 mai est attendue avec impatience après un confinement qui a privé les détenus de visites et d’activités des semaines durant. A quelques jours du déconfinement, plusieurs mesures ont été prises par l’administration pénitentiaire pour permettre aux personnes incarcérées de retrouver un semblant de leur vie d’avant. 20 Minutes vous explique ce qui va changer derrière les murs d’enceinte et revient sur ces sept semaines de confinement, entamé le 17 mars avec une forte crainte de propagation du coronavirus dans les prisons.

Quelle vie pendant le confinement ?

Dès le 17 mars, les parloirs ont été stoppés dans les prisons, privant les détenus de tout contact réel avec leurs familles et leurs amis. Les activités habituelles (culturelles, scolaires, culte…) ont été interrompues, laissant les détenus de longues heures dans leur cellule et limitant l’intervention des intervenants extérieurs. Pour leur permettre de sortir un peu, les promenades ont été maintenues, rappelle ce jeudi à 20 Minutes la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lyon (DISP). « Elles ont été maintenues avec des départs fractionnés en plus petits groupes et en respect des gestes barrières ». Des kits d’hygiène ont été remis aux détenus, l’accès aux douches a été renforcé, tout comme le nettoyage et la désinfection des parties communes.

Combien de malades au sein des prisons ?

D’un point de vue sanitaire, « les mesures appliquées depuis le début de l’épidémie de Covid-19 au sein de nos établissements pénitentiaires ont permis de contenir l’entrée et la propagation du virus », estime l’administration pénitentiaire. Durant le confinement, cinq personnes détenues sur 5.479 incarcérées dans les 19 établissements de la région ont été testées positives au Covid-19. Elles sont désormais considérées comme guéries. Pour les personnels, quatre d’entre eux sur environ 4.000 ont été atteints par le coronavirus. Deux sont aujourd’hui guéris et deux autres toujours en quatorzaine à domicile. Ce bilan, beaucoup plus faible que ce qui était craint au début de l’épidémie, s’explique, selon les services pénitentiaires, par les mesures sanitaires prises dès le début du confinement. Les cas symptomatiques de Covid-19 ont par exemple été isolés pour permettre leur suivi médical de manière renforcée et éviter la propagation du virus aux autres détenus. Les cas « contact » ont également été pris en charge, assure la DISP de Lyon.

Parmi les mesures sanitaires, des masques ont également été donnés, mais à certains personnels seulement. Si à compter de lundi, tous les agents doivent être équipés de masques, jusqu’à présent, seuls ceux en contact avec des détenus symptomatiques ou ayant des contacts prolongés avec des prisonniers, en étaient dotés. Cette protection jugée insuffisante pour les détenus, non dotés de masques et pour les personnels et pour les avocats, avait incité le barreau de l’ordre des avocats à saisir la justice pour obtenir davantage de mesures de protection au sein la prison de Lyon Corbas. Cette requête a été rejetée fin avril, le juge des référés du tribunal administratif ayant estimé en substance que, sans pouvoir exclure le risque qu’un détenu tombe malade, cette prison n’avait pas négligé les mesures nécessaires pour réduire le risque de contamination.

Quels changements en prison dès lundi ?

La principale évolution concernera les parloirs, de nouveau autorisés dès le 11 mai. Les détenus pourront donc de nouveau recevoir la visite de leurs proches. Des règles strictes vont cependant s’appliquer pour permettre le respect des règles de distanciation sociale. Les détenus ne pourront voir qu’une personne en parloir. Ce visiteur « devra porter un masque et attester qu’il n’est pas malade ou n’a pas été en contact récent avec un malade. Sinon, l’accès lui sera refusé tout comme en cas de symptômes », détaille la DISP de Lyon. Sur le terrain, les parloirs seront organisés de manière différente selon la taille des locaux prévus pour les parloirs. S’ils sont trop exigus pour permettre la distanciation, des séparations (hygiaphone, parois plexiglas…) pourront être installées. Dans certaines prisons, les parloirs seront organisés dans des salles collectives (gymnases…). « La mise en place de parloirs au sein d’espaces suffisamment importants pour garantir la distanciation sociale permet de veiller au respect scrupuleux des gestes barrière au sein de nos établissements », insistent les services en réponse aux critiques du syndicat des personnels Ufap-Unsa.

« La région pénitentiaire Aura prévoit de tenir les parloirs famille non pas dans les structures prévues pour cela, mais en préemptant les gymnases ou salles polyvalentes des établissements pour y organiser de vastes parloirs en commun. Le summum est atteint au centre pénitentiaire de Grenoble où les familles seront reçues entre autres dans une salle du 4e étage en plein cœur de la détention », dénonce le syndicat, qui craint une propagation du virus dans ces cas-là. « Après deux mois sans s’être vus, il paraît qu’il sera interdit aux détenus et leurs visiteurs de se toucher et qu’ils seront contraints de respecter les gestes barrières », s’agace encore l’Ufap/Unsa. Il demande notamment l’installation de plexiglas de séparation dans les box parloirs habituels et la tenue des parloirs en ces lieux. Des mesures auxquelles ne compte pas donner suite l’administration pénitentiaire. « Ne pas autoriser les contacts physiques c’est la base même de la distanciation. La température est un symptôme parmi d’autres du Covid-19. Un visiteur peut très bien avoir été contaminé dans le bus en venant à la prison et donc ne pas avoir de signes de la maladie. C’est pourquoi nous imposons le port du masque aux visiteurs », ajoute la DISP de Lyon.

Quid des activités habituelles ?

Le 11 mai marque une reprise des parloirs très attendus par les détenus. Mais pour les autres activités qui ponctuent habituellement leurs journées, à savoir les activités culturelles ou les cours, il leur faudra encore attendre. Le retour à une vie en détention plus « normale » se fera progressivement en fonction de l’évolution sanitaire en France.