Coronavirus à Marseille : Les contaminations en baisse dans les quartiers Nord, mais des « foyers d’infection intrafamiliaux »

CORONAVIRUS Des médecins demandent aux autorités des moyens pour isoler des malades du Covid-19 dans les quartiers Nord de Marseille où les contaminations intrafamiliales persistent à cause de logements exigus

Adrien Max
— 
Les quartiers Nord de Marseille.
Les quartiers Nord de Marseille. — GERARD JULIEN / AFP
  • Les contaminations au Covid-19 sont en baisse dans les quartiers Nord de Marseille, comme ailleurs dans le département.
  • Mais des médecins alertent sur des contaminations intrafamiliales à cause de la promiscuité des logements, souvent surpeuplés.

Des contaminations au Covid-19 en baisse, mais des inquiétudes autour de foyers de contamination intrafamiliaux. Des médecins de la cellule NordCovid, une cellule de dépistage et d’accompagnement pour les habitants des quartiers Nord de Marseille, demandent que les autorités mettent en place des solutions d’isolement pour les malades.

« A chaque cas positif que nous détectons, nous convoquons la famille, ou nous allons la visiter, pour faire des tests aux autres membres. A chaque fois il y a une, deux, voire trois personnes du même foyer qui sont positives », constate le docteur Slim Hadiji, membre de cette cellule.

Crise du logement

Pour lui, la seule solution pour éviter toute autre contamination réside dans l’isolement du malade. « C’est la crise du logement dans ces territoires qui a de telles conséquences. Parfois il y a trois enfants dans une même chambre. Comment les isoler ? On a réussi à isoler un patient dans une chambre, mais les autres dorment à quatre ou cinq dans le salon », relate le docteur.

Philippe de Mester, directeur de l’Agence régionale de santé Paca a pourtant assuré mardi à l’AFP que « les personnes malades du coronavirus et qui ne peuvent pas se confiner efficacement dans leur logement seront mises à l’abri et à l’écart dès le déconfinement ». L’ARS a identifié deux endroits pour les accueillir, un à Martigues, l’autre à Marseille.

Foyer pour SDF

Sauf que le lieu prévu à Marseille est un foyer censé normalement accueillir les malades du Covid-19. « Déjà que ces personnes vivent mal le fait d’être positif, beaucoup sont réticents à s’éloigner ainsi de leur famille même si elles savent que c’est pour le bien de tout le monde. Alors quand elles apprennent qu’elles vont dans un centre pour SDF, ça sonne péjorativement pour elles. Un accueil dans un hôtel, pas un 5 étoiles, mais avec au moins du wifi, serait la moindre des choses. Mais les autorités ne mettent pas de moyens, elles ferment les yeux. Elles se renvoient encore la balle pour savoir qui va payer entre la ville, la métropole, le département. Franchement, j’ai un peu honte de les orienter vers ce lieu », regrette Slim Hadiji.

Le terme de « cluster » a été remis en question par l’ARS, Philippe De Mester a expliqué que si début avril, les cas étaient très nombreux, « aujourd’hui on est sur 4 à 6 % de positivité dans ces territoires, comme dans le reste du département ». Mais le docteur Slim Hadiji persiste. « Bien sûr qu’il y a des clusters. En France, à partir du moment où deux personnes d’une même famille sont contaminées, on parle de cluster. L’ARS ne peut pas mentir sur ça, à chaque fois qu’une personne est positive ils sont informés et ils peuvent recouper les informations, notamment les adresses. C’est ce qu’on fait et on s’est aperçu qu’une dame testée positive à l’IHU avait la même adresse qu’une famille où il y avait six cas positifs. Elles habitants sur le même palier », relate-t-il.

Des contaminations en baisse

Selon le docteur Slim Hadiji, les contaminations au Covid-19 dans les quartiers Nord diminuent. « Effectivement elles diminuent, reste seulement les contaminations intrafamiliales. C’est grâce au respect du confinement dans les quartiers Nord. Parfois certaines personnes ne savaient même pas que leur voisin de palier était contaminé tellement elles restent enfermées », avancent-ils.

Et lorsqu’une personne est contaminée chez elle, la cellule met tout en place pour qu’elle ne sorte pas de chez elle. « On a un tissu associatif très important. On porte environ tous les deux trois jours devant la porte un sac de marchandises pour que la personne respecte totalement le confinement », explique Slim Hadiji. Un rôle rempli par les autorités dans beaucoup d’autres pays.