Pendant le confinement, les femmes continuent à assurer en cuisine, selon un sondage

INEGALITES Une étude, réalisée par l’Ifop, montre que les hommes sont peu nombreux à se mettre aux fourneaux pendant le confinement

Romarik Le Dourneuf

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Malgré le confinement, les hommes sont peu nombreux à se mettre aux fourneaux
Malgré le confinement, les hommes sont peu nombreux à se mettre aux fourneaux — pixabay
  • L’élaboration des repas durant le confinement est principalement une activité féminine dans 77 % des couples, selon un sondage Ifop.
  • Si 21 % des hommes interrogés déclarent participer davantage à la cuisine ces dernières semaines, la situation globale évolue peu.
  • Des signes de changements apparaissent toutefois, notamment chez les plus jeunes.

Maman aux fourneaux, papa au boulot… Si la société évolue, certains schémas ont encore la peau dure. Et le confinement ne change pas la donne, selon un sondage Ifop* pour le magazine Darwin nutrition dévoilé ce mercredi.

Plus de restaurant, de cantine en entreprise, de sandwich pris sur le pouce… Depuis le début de la crise liée au coronavirus, le nombre de repas à préparer à la maison s’est multiplié. Et si 21 % des hommes vivants en couple disent participer davantage à l’élaboration des repas qu’avant le confinement, cette tâche reste avant tout à la charge des femmes.

Plus visible dans les banlieues aisées

Selon l'Ifop, l’un des principaux enseignements est donc le fait qu’en dépit du temps de présence équivalent des hommes et des femmes au domicile, le temps consacré à la préparation des repas n’est pas égal. Durant le confinement, 71 % des femmes estiment que cette tâche leur incombe le plus souvent, contre 21 % qui voient une répartition égalitaire, et seulement 8 % qui considèrent que leur conjoint en fait plus qu’elles.

Si ce sont dans les banlieues aisées que cette part est la plus importante (78 %, soit dix points de plus que la moyenne du reste de la France), la différence de revenus des conjoints joue aussi un rôle prépondérant. Ainsi, 77 % des femmes qui gagnent moins que leur conjoint sont en charge de la cuisine, contre 62 % pour celles qui gagnent plus. « Notre hypothèse est que l’homme considère que son temps est plus légitime que celui de sa femme, puisqu’il rapporte plus d’argent », explique François Kraus, directeur Politique et actualités à l’Ifop.

Les hommes n’ont pourtant plus d’excuses

L’âge est aussi un élément important. Plus les couples sont âgés, et plus le repas est préparé par Madame (85 % chez les 65 ans et plus, contre 56 % chez les moins de 24 ans.) Pour François Kraus, c’est le constat de l’évolution de la société : « Il semble que chez les jeunes, plutôt diplômés et en couple depuis peu de temps, ce modèle est contesté, là où les personnes plus âgées l’ont intégré. »

« La question des repas fait partie du noyau dur de la division sexuelle du travail dans les foyers, et le confinement crée les conditions d’une mise en cause de la répartition traditionnelle », reprend le responsable de l’Ifop. Selon lui, la situation a enlevé aux hommes l’excuse de la non-disponibilité : « Traditionnellement, l’homme s’occupe de la voiture, d’emmener les enfants aux activités ou d’aller au magasin de bricolage. Les activités de cuisine des hommes sont le plus souvent spécialisées et techniques : le barbecue ou le grand repas du week-end, qui sont plus “légitimes” socialement. Or, empêché de toutes ces sorties, l’homme n’a plus d’excuses pour échapper aux devoirs liés à la maison, dont la cuisine au quotidien. »

L’élaboration des repas, une source de tensions

Confinement oblige, la gestion des repas crée des tensions au sein des couples, selon l’étude Ifop. Tensions qui apparaissent notamment chez les jeunes (entre 52 et 53 % des couples entre 18 et 34 ans, contre 31 % chez les plus de 65 ans).

« Les schémas ne sont pas encore cadrés, la répartition des tâches se fait selon les compétences, la disponibilité. On fait beaucoup de choses à deux. Il y a plus de sources de frictions. On ne s’inscrit pas dans les modèles des générations de 1950-1960 », analyse François Kraus.

Il y a (ura) une évolution

Et si le modèle où la femme est en charge des repas est encore loin d’être chamboulé, les résultats du sondage peuvent laisser espérer une évolution liée au confinement. Par exemple, dans les banlieues aisées, qui regroupent les plus fortes inégalités de répartition pour les repas, 29 % des hommes déclarent y participer plus qu’avant le confinement. C’est davantage que tous les autres types de communes.

On retrouve cette tendance chez les couples dont l’ancienneté de la relation est inférieure à 3 ans (31 %). Et François Kraus de prévoir : « On pourrait avoir un effet générationnel, de structure. En général, il reste toujours des traces de ces moments de crise. »

* Sondage réalisé du 24 au 27 avril 2020 auprès d’un échantillon de 3.045 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, via un questionnaire auto-administré en ligne.