Morbihan : Une mère accuse son ex de viol sur leur fille et refuse la garde alternée

JUSTICE Le parquet a ordonné que la mère de la fillette puisse la garder le temps de l’enquête

Camille Allain
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Le commissariat de police de Lorient (Morbihan), où une mère a déposé plainte pour viol contre le père de leur fille.
Le commissariat de police de Lorient (Morbihan), où une mère a déposé plainte pour viol contre le père de leur fille. — C. Allain / 20 Minutes
  • Une mère a refusé de remettre son enfant à son ex-compagnon dans le cadre de la garde alternée.
  • Après une plainte classée sans suite à l’automne, la mère a porté plainte pour viol contre son ex. Sa fille de six ans et demi a exprimé ses douleurs.
  • Menacée de perdre la garde, la mère a finalement obtenu gain de cause. Le parquet a ordonné que la fillette reste auprès de sa mère le temps de l’enquête qui vient de s’ouvrir.

« Je ne remettrai pas ma fille chez son violeur. Je prends mes responsabilités ». Les mots sont volontairement durs, la colère est froide. Manon (le prénom a été changé) est en colère. La semaine dernière, elle a été convoquée par la gendarmerie dans le cadre d’une enquête d’enlèvement parental. Son ex-conjoint a porté plainte contre elle pour non-représentation d’enfant et saisi la justice pour que leur fille de six ans et demi lui soit remise dans le cadre de la garde alternée. Depuis leur séparation, Manon l’a toujours fait, ou presque. Mais cette fois-ci, elle refuse. Car le 17 avril, elle a porté plainte au commissariat de Lorient ( Morbihan) contre son ex, qu’elle soupçonne d’avoir violé leur fille. « On m’a menacée de perdre la garde si je ne la remettais pas lundi. Tout ce que je demande, c’est que mon enfant soit protégée », témoigne Manon.

Lundi, le parquet de Lorient a ordonné que l’enfant lui soit confiée, le temps de l’enquête. Un soulagement pour cette mère. Depuis plus de six mois, cette dernière dit avoir vu le comportement de sa fille changer. Plus distante, plus froide, parfois violente, sa petite n’est plus celle qu’elle a connue. Manon ne l’explique pas, jusqu’à des révélations faites par sa fille lors d’une toilette intime, où l’enfant évoque les gestes de son papa. « Elle ne voulait plus aller chez son père, ça la rendait malade », résume sa mère. Manon porte plainte et décide de garder l’enfant pendant plusieurs semaines avant d’être contrainte de reprendre la garde alternée en décembre. « J’étais sous le choc. Je ne voulais pas surinterpréter ce qu’elle m’avait dit. Mais elle l’a répétée à la psychologue et aux gendarmes. Et cela expliquait le changement de comportement ».

« Elle avait peur d’aller chez son père »

En février, la fillette s’exprime de nouveau lors d’un atelier de philosophie pour les enfants. « Elle a expliqué devant des gens qu’elle ne connaissait pas qu’elle avait peur d’aller chez son père ». L’enquête sociale et l’expertise psychologique du père auraient dû permettre d’y voir plus clair. Mais rien n’a été fait et la plainte a été classée sans suite.

Fin mars, sa fille va pourtant verbaliser de nouveaux maux, explique sa mère, laissant penser que son père l’aurait violée. Sa mère porte immédiatement plainte et décide de ne pas remettre sa fille à son père. « Nous étions suspectées d’avoir le coronavirus toutes les deux. Le médecin en a attesté ». Dans une colère froide, le père se présente à son domicile et menace la mère, tente de rentrer dans la maison. « Ma fille a peur qu’il vienne la chercher ».

« Les faits, il les conteste depuis le début »

Contactée, l’avocate du père évoque « des raisons infondées ». « Les faits, il les conteste depuis le début », insiste Me Coralie Capitaine. L’avocate accuse la mère de « monter un stratagème ». « Cela va se retourner contre elle », poursuit l’avocate qui décrit son client comme « très affecté » par la situation. « Il veut simplement voir sa fille et il en est privé depuis six semaines », explique son conseil.

Lundi, le parquet a statué et permis à la mère de garder sa fille auprès d’elle. Un soulagement pour l’avocate de Manon, qui s’interroge cependant sur la lenteur de l’enquête. « Il s’était passé dix jours depuis les révélations de l’enfant et rien n’avait été fait. On a pourtant des éléments à creuser, des choses qui interrogent », témoigne Me Anne-Claire Lejeune.

L’avocate s’interroge aussi du cadre dans lequel l’enfant a été entendue à l’automne après la première plainte. « Elle parle assez peu. Et quand elle a été entendue, c’était au sein de l’hôpital où travaille son père ». Lundi, le parquet de Lorient a ordonné l’ouverture d’une enquête à la suite de la plainte déposée par Manon. Cette dernière a également vu les charges qui pesaient sur elle être levées.