Déconfinement : Apéros, dîners… Comment l’épidémie va bouleverser nos retrouvailles

LE MASQUE ET LA SUZE Après plusieurs semaines de confinement, retrouver des amis dans un appartement ou dans un jardin public, ce n’est plus si naturel

Lucie Bras

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Restaurant en quarantaine à Amsterdam.
Restaurant en quarantaine à Amsterdam. — Robin VAN LONKHUIJSEN / ANP / AFP
  • Le déconfinement devrait avoir lieu la semaine prochaine en France, et avec lui, les retrouvailles avec les proches qui vivent à moins de 100 km de chez soi.
  • Une nouvelle phase qui entraine dans son sillage une nouvelle question : comment éviter de propager à nouveau l’épidémie tout en retrouvant des moments sociaux ?
  • « On vit dans un monde infectieux, on est toujours entouré de germes, vouloir le risque zéro, c’est impossible », estime François Bricaire, infectiologue et membre de l’Académie de médecine.

Le déconfinement approche en France. Et avec lui, c’est un peu de la vie d’avant qui revient : les apéros entre amis, les invitations à dîner, les retrouvailles avec des proches qui vivent dans le fameux périmètre de 100 km. Pourtant, en quelques semaines, tout a changé et l’on s’inquiète d’un retour en force de l'épidémie de Covid-19. Peut-on vraiment retrouver sa vie sociale d'avant confinement ? 20 Minutes a posé la question à plusieurs experts.

Ni modèle, ni feuille de route… Pour nos spécialistes, le déconfinement va surtout reposer sur du bon sens. « Au cas par cas, il faudra que chacun se pose systématiquement les mêmes questions », affirme Michèle Legeas, enseignante à l’EHESP, spécialiste de l’analyse et de la gestion des situations à risques sanitaires. Le premier réflexe, pour François Bricaire, infectiologue, membre de l’Académie nationale de médecine, c’est de réfléchir à la situation de son département : est-il rouge ou vert ? « Si une circulation virale persiste, vous pouvez théoriquement être porteur du virus et contaminer des gens qui ont respecté le confinement », prévient-il.

Le retour en grâce du pique-nique

Deuxième conseil : évaluer les risques en fonction des fragilités des proches. On sait que les personnes âgées, malades, en surpoids ou atteintes d’un cancer, sont plus fragiles que les autres. Il faut donc adapter son comportement pour préserver leur santé. Dans le cas contraire, si tous les participants sont en bonne santé, le risque sera limité, notamment pour les personnes qui ont respecté le confinement à la lettre depuis le 17 mars.

Autre préconisation : privilégier, si possible, les grands espaces aux apéros en appartement confiné. « Pourquoi ne pas organiser un pique-nique dehors, où l’on peut respecter une distance. Tant qu’on ne sait pas ce que le déconfinement va donner, il vaut mieux prendre des précautions », explique Samira Fafi-Kremer, cheffe du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg. Elle rappelle toutefois que les parcs et jardins seront fermés dans les départements les plus touchés. Alors les rassemblements auront lieu dans les maisons ou appartements. « Il faut éviter qu’il y ait trop de monde », alerte Michèle Legeas : « ce qui va remettre le virus en circulation, c’est la multiplication des gens qui se croisent ».

Pas de risque zéro

Lors de la présentation de son plan de déconfinement à l'Assemblée, Edouard Philippe a expliqué que les « rassemblements organisés sur la voie publique ou dans des lieux privés seront limités à 10 personnes ». A plusieurs dans une pièce fermée, la contamination est plus probable si l’un des convives est contaminé. Seule solution : appliquer les fameux gestes barrières pour limiter les risques de contamination : se laver les mains, tousser dans son coude, garder ses distances, porter un masque, éviter bises et embrassades. « Si l’on respecte ces gestes, on est protégé. Une fois qu’on l’a compris, il faut l’intégrer dans le quotidien », explique Samira Fafi-Kremer.

Evidemment, ces gestes sont limités lors d’un dîner ou d’un apéritif (comment manger des chips avec un masque ? Vous avez trois heures). « Vous n’allez pas dîner avec un masque, ni regarder votre voisin et lui dire " non, reste à un mètre de moi " », raille François Bricaire. « Il faut accepter un certain degré de risque. On vit dans un monde infectieux, on est toujours entourés de germe, vouloir le risque zéro c’est impossible », tranche-t-il. « Va-t-on se confiner pendant 10 ans, 20 ans ? Non, la solution, c’est de faire attention, maintenez les mesures barrières et ne soyez pas non plus hyper angoissés. »

Vous avez dit anxieux ?

Pour se faire une idée de ce qui est possible, et ce qui n’est pas recommandé, Michèle Legeas propose d’imaginer « la situation qui correspond à un bar : plusieurs personnes, dont des inconnus, en train de boire un verre, proches les unes des autres. Cette situation-là, on ne doit pas la retrouver », explique-t-elle.

Enfin les experts conseillent de pas se forcer. Pour les grands anxieux, le retour à la vie sociale peut être compliqué. « C’est chacun son rythme, chacun a ses propres craintes », confirme la virologue Samira Fafi-Kremer, qui conseille d’éviter autant que possible les mesures de protection excessives : « Plus on se contraint avec des mesures strictes, moins on les respectera », analyse-t-elle. « Si vous avez la trouille, vous restez chez vous. Si vous êtes un peu plus acceptants, après tout, il n’y a pas de raison de ne pas retourner voir ses enfants, ses parents et quelques membres de sa famille », conclut François Bricaire. Détournant un autre slogan tiré d’une campagne de prévention, Michèle Legeas résume : « le déconfinement est à consommer avec modération ».