Coronavirus à Toulouse : La crainte d’un « trou d’air phénoménal » dans la capitale de l’aéronautique

TURBULENCES La crise du coronavirus frappe Airbus et, à Toulouse,  où la dépendance économique à l'aéronautique est forte, l'inquiétude monte 

20 Minutes avec AFP

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Un avion dans le ciel de Toulouse. Illustration.
Un avion dans le ciel de Toulouse. Illustration. — REMY GABALDA/AFP
  • A Toulouse, les turbulences traversées par Airbus pour cause de coronavirus inquiètent bien au-delà des usines de l’avionneur.
  • La capitale de l’aéronautique entretient une vraie dépendance au constructeur.
  • Les nombreux sous-traitants sont fragilisés en premier lieu, mais aussi la santé économique de la Ville rose toute entière.

« Quand Airbus éternue, c’est tout Toulouse qui s’enrhume ». L’adage bien connu dans la capitale européenne de l’aéronautique n’a jamais eu une actualité plus brûlante. Avec la crise du coronavirus, Airbus, le fleuron local dont l’économie de la Ville rose est si dépendante, a réduit d’un tiers ses cadences de production et ne cache plus que les difficultés sont devant avec des avions toujours cloués au sol et un trafic aérien durablement bridé. D’autant que l’écosystème toulousain et occitan travaille aussi pour le rival Boeing, qui a déjà annoncé la suppression de 16.000 emplois.

« Les achats d’Airbus s’élèvent à quelque cinq milliards d’euros par an pour les sous traitants en Occitanie. Au total, dans l’aérospatial, la sous-traitance représente environ 86.000 emplois », souligne Alain Di Crescenzo, le président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) régionale.

« Des entreprises vont disparaître »

Et chacun s’attend à une tourmente. « On sait qu’on a trois à cinq ans compliqués », affirme Philippe Robardey, le président de la CCI de Toulouse. Celui qui est aussi le patron Sogeclair, une société d’ingénierie de haute technologie aéronautique, est persuadé que « des entreprises vont disparaître ». Notamment celles qui étaient déjà fragilisées avant la crise et travaillent essentiellement pour l’aéronautique commerciale. « Et d’autres vont devoir se restructurer ou sortir du secteur », ajoute-t-il.

« Tous les emplois ne seront pas préservés », si l’aéronautique ne redémarre pas rapidement, craint lui aussi Yann Barbaux, le président d’Aerospace Valley, le pôle de compétitivité de la filière aéronautique.

Christophe Cador, patron de Satys, une entreprise de Blagnac spécialisée dans la peinture des avions parle d’un « trou d’air phénoménal » dans lequel il va falloir « être capable de s’adapter et prêt à repartir ». Sa société travaille à « 50-60 % » de sa capacité en ce moment.

D’autres secteurs menacés par contagion

A Toulouse, le choc pourrait s’étendre au-delà du secteur aéronautique. A l’hôtellerie, la restauration ou aux services par exemple. « On a un ratio global industrie et service de 2,5, explique Philippe Robardey. Si 20.000 emplois étaient menacés dans la filière, 50.000 au total pourraient l’âtre à leur tour ».

D’où les alarmes données en haut lieu par les grands élus comme Carole Delga (PS), la présidente de la Région et Jean-Luc Moudenc (LR), le président de Toulouse Métropole, qui demande le lancement d’un nouveau programme aéronautique en soulignant « les enjeux en termes de souveraineté française et européenne ».

Un message déjà en partie entendu. Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a annoncé l’examen d’un plan de soutien à l’aéronautique et à l’industrie automobile. Dimanche, Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics a indiqué que « l’Etat sera là pour Airbus », en cas de besoin. Par contagion, c’est toute la Ville rose qui pourrait en avoir besoin.