Déconfinement : Révisions en français et en maths, sport… Que prévoient les profs pour la reprise de l’école ?

EDUCATION « 20 Minutes » a interrogé des enseignants pour savoir comment ils allaient concevoir leur temps de classe

Delphine Bancaud

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A l'école Jules Ferry de Pessac en mai 2020.
A l'école Jules Ferry de Pessac en mai 2020. — UGO AMEZ/SIPA
  • A partir de ce mardi, les professeurs des écoles retrouveront une partie de leurs élèves. Pour ceux du collège des départements classés « verts », il faudra attendre le 18 mai.
  • Après deux mois d’école à la maison, impossible de faire la classe comme avant le confinement.
  • Une approche qui sera recentrée sur les savoirs fondamentaux et la révision de notions déjà vues précédemment.

Ce sera un jour forcément mémorable. A partir de ce mardi, les professeurs des écoles retrouveront une partie de leurs élèves. Ils seront « plus de 1,5 million, sur un total de 6,7 millions d'écoliers en maternelle et en élémentaire », a déclaré dans Le JDD le ministère de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Pour ceux du collège des départements classés « verts », il faudra attendre le 18 mai. Mais ils n’auront pas école tous les jours, le gouvernement ayant fixé la jauge maximale à 15 enfants par classe. Et avec le début des vacances fixé le 4 juillet au soir, le temps d’école sera finalement très court.

Après deux mois d’école à la maison, impossible de faire la classe comme avant le confinement. D’ailleurs, la circulaire publiée lundi dernier, qui fixe les conditions de reprise pédagogique, insiste bien sur la nécessité d'« écouter » les élèves à leur retour. D’où l’importance de soigner leur accueil, comme va le faire Samuel, professeur des écoles : « Je compte les rassurer en leur disant que nous allons mettre en place un maximum de choses pour assurer leur bonne santé. Je ne vais pas effectuer un bilan personnalisé de chaque élève, même si chacun va pouvoir s’exprimer, expliquer comment il a vécu cette période, en nous présentant ses créations et ses occupations, par exemple », indique-t-il à 20 Minutes. Sandra, enseignante en grande section de maternelle, compte aussi y aller en douceur : « La première journée sera destinée à échanger avec les élèves sur leur vécu du confinement, l’exprimer par le dessin. Mais aussi à discuter de leurs connaissances de la maladie et à leur apprendre des nouvelles règles de vie commune et des gestes barrières ».

« L’école va plutôt ressembler à une sorte d’étude dirigée »

Un travail relationnel d’autant plus important que les enseignants ne connaîtront pas tous leurs élèves, comme l’explique Julie, professeur des écoles dans les quartiers nord de Marseille : « Le choix a été fait de regrouper les élèves par niveau de classe. Leurs enseignants ne travaillent pas de la même manière, n’en sont pas au même point dans les programmes. Il est donc impossible de faire classe normalement. Pour nous, l’école va plutôt ressembler à une sorte d’étude dirigée, avec des élèves qui font leurs devoirs avec l’aide d’un enseignant ». Même constat pour Alice : « On nous dit qu’il ne faut plus penser en termes de classe, mais de groupe, car on va se répartir les enfants présents chaque matin, de notre classe ou niveau, ou au petit bonheur la chance, avec des élèves qu’on ne connaît pas forcément ». Difficulté supplémentaire : il y aura une rotation des élèves : « Ils viendront une semaine sur deux, donc on fera avec eux ce qui sera donné en parallèle avec l’autre partie de la classe à la maison », prévoit Sandrine.

Pas question de reprendre le programme là où on s’était arrêté. « Il s’agira surtout de consolider les acquis et de les remettre le plus possible dans le bain », annonce Gwenola. « Je vais privilégier les fondamentaux. Lecture, compréhension, confiance en soi. Les remettre en ordre de marche. Les faire se projeter sur des rituels. Recréer le lien entre les apprentissages et le quotidien. Et surtout, désamorcer toutes les peurs », projette aussi Laure. Impossible aussi, selon Samuel, d’aborder toutes les disciplines : « Ce sera forcément plus recentré sur les savoirs fondamentaux : français et maths ». « Les enfants seront en semi-autonomie et nous pourrons aider individuellement ceux qui ont des difficultés. Une partie de la journée pourra être utilisée pour des moments plus collectifs, mais respectant les gestes barrières : projet d’arts plastique, lecture d’histoire ou autre », prévoit de son côté Vanessa.

« Il faut que je réinvente totalement mon métier »

Et pour certains profs qui ont innové pendant le confinement, cela sera l’occasion d’exploiter leurs initiatives originales, à l’instar de Manon : « Pendant le confinement, j’ai fonctionné avec des escape games : ce sont des énigmes que les élèves doivent résoudre pour trouver la solution (par exemple, retrouver un personnage qui s’est perdu, sauver des personnages qui ont été enlevés par un méchant…). Ce fonctionnement permet aux élèves de s’amuser tout en révisant les notions, il s’agit d’une motivation supplémentaire. Pour la reprise, je pense continuer ».

En maternelle, où les travaux collectifs sont habituellement très nombreux, les enseignants vont devoir repenser leurs approches pédagogiques : « Il faut que je réinvente totalement mon métier. J’ai des élèves qui ont 3/4 ans ; selon le protocole, ils vont devoir rester assis sur des temps longs, ce qui n’est pas adapté à leurs besoins. Il va également être complexe d’enseigner à 1 mètre de distance. Pour beaucoup d’activités, il faut être proche de l’élève (écriture, graphisme…) Je pense préparer une barquette pour chaque enfant avec du matériel individuel. Pour l’EPS, je ferai sans doute du yoga, qui ne nécessite pas de contact avec les autres », prévoit déjà Lydia. Idem pour sa consœur Sandra : « Je vais axer sur la révision des notions effectuées à distance les premières semaines, pour remettre tous les élèves à niveau avec une différenciation, un programme plus individualisé, pour ceux qui sont en avance. Par la suite, je proposerai du pré-CP : connaissance des lettres de l’alphabet, copie en écriture cursive, encodage de mots inconnus, phonologie, connaissance des nombres ainsi que des temps de motricité réguliers pour remédier à la difficulté de rester assis sans se déplacer ».

Des cours d’EPS totalement repensés

Le contenu des cours au collège sera aussi bien différent : « Il est évident qu’il va falloir rassurer les élèves quant à l’absence des cours pendant deux mois. Je compte bien leur expliquer qu’on ne tiendra plus compte du programme et que tout ce qui se fera sera des révisions de l’année en cours. Il n’y aura donc plus à proprement parler de cours par matière, mais plutôt une aide aux devoirs interdisciplinaire », anticipe Coralie. Elise, prof d’espagnol, va aussi tenter de remotiver en douceur ses élèves : « Je pense les rassurer sur leurs connaissances en faisant principalement des révisions : ils sont nombreux à avoir l’impression d’avoir tout oublié, d’être nul et de ne plus savoir rien faire… Aucun intérêt d’aborder de nouvelles thématiques ! », juge-t-elle. Et les cours d’EPS ne ressembleront pas à ce qu’ils étaient, au vu des contraintes sanitaires. « Je pense axer mes séances sur des défis par équipe, en organisant des Olympiades : un coureur réalise une distance, l’autre réalise un lancer, le suivant un défi physique. Le but sera qu’un minimum d’élèves pratiquent en même temps, mais qu’ils soient motivés par la compétition même si celle-ci se fera à travers un chronomètre différé », dévoile Pierre-Emmanuel.

Reste à savoir ce qui est prévu pour la majorité des élèves qui resteront à la maison. « Ayant une conscience professionnelle, je continuerai, tout comme pendant le confinement, à envoyer le travail pour la semaine par mail (vidéos sportives YouTube, vidéos éducatives, fiches de sons et d’écriture, manipulations mathématiques…) », indique Albane, professeur en maternelle. Mais certains enseignants ne voient pas trop comment ils vont pouvoir se démultiplier : « Nous ne pouvons pas assurer une classe en présentiel et une autre en distanciel. Les parents seront redirigés vers la plateforme du Cned dans un premier temps. Nous réfléchissons à une classe virtuelle en visio me filmant en train de faire classe pour les ateliers d’écriture, par exemple, pour les élèves qui sont chez eux… », indique Sandra.