Déconfinement à Marseille : « Aucune commune de France n’a fait ça », inquiétudes autour de la réouverture des écoles

DECONFINEMENT Les enseignants et parents d’élèves s’inquiètent de l’absence de concertation pour la réouverture des écoles à Marseille, le chef de l’opposition démissionne de la cellule de crise

Adrien Max

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Des enfants livrés à eux-mêmes dans la cour d'une école, à Marseille.
Des enfants livrés à eux-mêmes dans la cour d'une école, à Marseille. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • La mairie de Marseille a envoyé un dossier de presse annonçant que tout était prêt pour la reprise scolaire.
  • Les enseignants, comme les parents d’élèves regrettent de ne pas avoir été concertés.
  • Benoit Payan, chef de l’opposition démissionne de la cellule de crise Covid-19 pour dénoncer ce manque de concertation et cette précipitation.

« De la concertation ». Dans son allocution sur la prochaine rentrée scolaire, le président de la République Emmanuel Macron a souhaité rassurer maires, professeurs, élèves et parents d’élèves en leur assurant que chaque décision serait prise en concertation. Ce qui ne semble pas être le cas à Marseille.

La ville a pourtant envoyé lundi un dossier de presse intitulé « Déconfinement : la ville de Marseille prête pour la reprise scolaire ». Dans ce dossier, les différentes mesures prises censées garantir la sécurité des enfants. Parmi elles, « la désinfection des cours de récréation et de toutes les écoles », « un marquage au sol pour la distanciation des parents », « thermomètres frontaux et 250.000 masques stockés », « l’aération des salles de classe à chaque récréation par le personnel municipal ainsi que le nettoyage des espaces communs, et les toilettes, trois fois par jour », « les élèves seront accueillis deux jours par semaine, lundi et mardi ou jeudi et vendredi », « les horaires d’accueils seront étalés, comme ceux des services de la cantine ». Sans oublier le dépistage de tous les agents municipaux.

« Il y a de quoi être inquiet »

Une annonce qui a poussé Benoit Payan, chef de l’opposition à la mairie, à « démissionner de la cellule de crise Covid-19 ». « On s’est quittés jeudi en nous disant qu’on allait avancer ensemble, que la décision serait concertée, et le lundi après midi je découvre ce dossier de presse. Il y a de quoi être inquiet », estime-t-il. Selon lui certaines écoles sont prêtes, mais d’autres ne le sont pas du tout. « Personne n’a été consulté, pas même les syndicats d’enseignants, de parents d’élèves. On ne peut pas prendre la décision de rouvrir des écoles à l’aveugle comme ça », s’inquiète-t-il.

Il pointe notamment l’incertitude liée au personnel municipal, dont une grande partie de la stratégie de déconfinement repose sur leur épaule, et aux nombres d’élèves dans les classes. Sans parler du dépistage des agents. « Il y a environ 400 tests quotidiens qui sont faits depuis une semaine alors qu’il y a 12.000 agents à la ville de Marseille », pointe-t-il du doigt. Il regrette également la décision du maire de rouvrir les cantines, une masse de travail très importante pour le personnel municipal pour éviter tout risque.

« On est obligé de les croire sur parole »

Chez Sandrine Gil, présidente du mouvement des parents des Bouches-du-Rhône (MPE13), l’inquiétude prime également. « Le problème c’est qu’il n’y a eu aucune consultation. On ne sait pas ce qu’ils ont fait ou ce qu’ils n’ont pas fait, ce qu’il y aura, ou ce qu’il n’y aura pas. On est obligé de les croire sur parole. Ça fait mal au cœur, aucune commune de France n’a fait ça. On s’est tellement fait balader, ils ne savent pas nous rassurer, juste envoyer des communiqués de presse », considère-t-elle. Elle aussi s’inquiète de l’énorme charge qui reposera sur les agents municipaux : « Ils vont devoir désinfecter tout le temps, on ne sait pas s’ils ont accepté de le faire donc on ne sait pas si ce sera fait. Ils devront aussi se répartir entre les tâches de ménages et les tâches pédagogiques. »

Selon un sondage réalisé sur son site, MPE 13 avance que de 60 à 65 % des parents ne mettront pas leurs enfants à l’école dans les Bouches-du-Rhône. Et Séverine Gil compte sur les enseignants pour alerter en cas de dysfonctionnements, comme c’était déjà le cas avant le confinement, pour les enfants qui retourneront à l’école.

Décision politique ?

La journée de lundi, où aucun élève ne sera accueilli, servira effectivement à vérifier que toutes les mesures ont bien été prises. « Une vérification absolue sera faite, le ministre de l’Education nationale et le Premier ministre ont été clairs : si les mesures ne sont pas appliquées, l’école n’ouvre pas », prévient Virginie Akliouat, secrétaire départementale du syndicat d’enseignants SNUipp-FSU 13.

Son syndicat n’a pas été consulté, non plus, par la mairie de Marseille. « Ce n’est pas une source d’inquiétude, mais de lassitude. Parce qu’on a l’habitude. A chaque fois qu’on a tiré la sonnette d’alarme, nous n’avons eu des réponses que purement politique » circulez, tout va bien ", embraie-t-elle.

Pour Benoit Payan cette précipitation ne peut être qu’une stratégie politique. « Nous étions dans la concertation ce qui nous a permis d’avancer sur un certains nombres de sujet. Mais apparemment le déconfinement redonne envie à certains proches de Gaudin de repartir dans la bataille électorale alors que tous les indicateurs sont au rouge. C’est la santé des enfants et la nôtre qui est en jeu », prévient-il.